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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 21:53

Michael Connelly a développé plusieurs personnages récurrents. Les deux principaux sont Harry Bosch, le flic, et l'autre Mickey Haller, l'avocat. Dans Le Verdict de plomb, les deux personnages apprenaient qu'ils étaient demi-frères. Volte-Face.jpg

 

Dans Volte-face, ils se retrouvent. Mais la vraie, grande nouveauté, c'est que Mickey devient, le temps d'un procès, avocat "pour le peuple", pour le procureur donc (Mickey Haller est habituellement un avocat de la défénse - et un sacré, même : lisez La Défense Lincoln ou Le Verdict de plomb). Il s'agit ici de re-juger, vingt-quatre ans après les faits un homme accusé d'avoir enlevé et tué une gamine de douze ans. Des récentes analyses d'ADN, inexistantes à l'époque, ont prouvé que le sperme trouvé sur la robe n'était pas celui de Jason Jessup, reconnu coupable et incarcéré depuis 1986. Avant d'accepter l'offre du District Attorney, il demande à avoir Harry Bosch comme enquêteur et Maggie McPherson, son ex-femme, comme assistante.

C'est en famille, donc, que le lecteur est embarqué dans ce procès/enquête (deux personnages, deux styles, deux types de polar) passionnant.  Michael Connelly revient une nouvelle fois au top. Dialogues percutants, personnages toujours aussi forts, construction narrative très bien rythmée, sens de la chute haletante - le grand Connelly vous tient dès le début et ne vous lâche plus.

"C'est une drôle d'affaire. Ca remonte à vingt-quatre ans et on commence avec le coupable déjà en taule et qu'il faut faire sortir. Ca n'est pas que  ça me rende malheureux, c'est juste un peu étrange, vous ne trouvez pas?"

Toutes les facettes de l'art de Connelly en un livre - que demandez de plus?

 

Signé Stéphane.

 

_______________

* Two hearts, Springsteen.

Par Seren Dipity - Publié dans : ROMAN POLICIER - Communauté : Chronique de nos lectures
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 13:58

Si vous aimez les films catastrophes avec fin du monde imminente, situation désespérée et héros qui se sacrifie, eh bien... ce roman est presque pour vous.

Euh... en fait, non. Désolé.9782070126019_1_75.jpg

La Fin des jours s'inscrit dans une longue tradition qu'on appelle la dystopie, l'inverse de l'utopie donc (la frontière est parfois fine, et le basculement de l'un à l'autre n'est jamais loin - le bonheur des uns faisant souvent le malheur des autres). De savoir qu'Alessandro De Roma est diplômé en philosophie, et prof de philo et d'histoire en Italie peut aider. La Fin des jours, situé dans un futur proche, à Turin, interroge le réel et le possible, le passé, présent et le futur - bref l'histoire, ou l'idée de l'histoire.

Dès l'ouverture brillante de ce roman surprenant, le narrateur Giovani Ceresa semble être en vigie :

 

"Turin, lundi 5 septembre

M. Barati a disparu depuis vendredi. Je suis passé et repassé sur la galerie, devant ses fenêtres, mais aucun signe de lui. Dans l'immeuble, tout le monde le connaissait : il vivait ici depuis au moins cinquante ans. Mais personne ne s'inquiète de le chercher."

 

Plus son univers est réaliste, plus la fiction dystopique s'éloigne de la science fiction (un genre qui n'a pas, en France, la noblesse de la littérature - voyez n'importe quel classement anglo-saxon des livres canoniques et vous y trouverez des oeuvres dites de SF ou de fantasy; alors qu'en France, vous les chercherez longtemps.)

Alessandro De Roma est un romancier habile, et j'aime à croire qu'il aime le jazz : comme dans les plus grands thèmes du répertoire, il organise magnifiquement son récit en lançant des thèmes subrepticement, les laissant planer et retomber, puis les reprenant.

Les habitants de Turin disparaissent les uns après les autres, surtout les personnes âgées. Quand ils ne se volatilisent pas, ce sont leurs souvenirs qui fuient. Il semble impossible, pour tout le monde de garder la moindre trace des jours qui passent. Rapidement, le lecteur, comme le narrateur, en arrive à penser que bientôt plus rien ne restera... Giovanni Ceresa décide de tenir un journal où il consigne son quotidien et ses observations. Une journée sans note, n'existe pas, ou plus. Moins de dix pages après l'ouverture, il nous dit n'être "encore qu'un débutant de l'apocalypse". Son seul ami est Winnie, un voisin récemment arrivé dans l'immeuble - mais quand? Six ans, six mois? Et est-ce un ami?

La société perd ses repères quand les écoles se vident, et avec elles, les magasins, les bureaux, les usines. La ville  de Turin devient le terrain crépusculaire de cette lente décrépitude d'une société à l'agonie, qui tombe rapidement aux mains des "Barbus" et autres "Apocalyptiques".

La géographie de la ville est revisitée par l'écriture nerveuse d'Alessandro di Roma :

"Passé ces frontières, il y a la périphérie : domaine de l'ingouvernable, méandre urbain, colique de la ville et écrin du désordre. La maison du peuple de la nuit, qui descend ici pour chasser les survivants, les idiots comme moi qui continuent à construire des bouts de monde pour les ingurgiter et se les vomir dessus. Moi, dans cette périphérie, je n'y vais pas, lâchement. J'attends que ce soit elle qui vienne à moi."   

Une solution radicale est imaginée, dans l'ombre, par des hauts fonctionnaires. Il est peut-être encore temps. "L'Europe veut que l'Italie continue à exister, à produire et, surtout, à consommer. L'Europe voit en nous le spectre de toutes ces craintes."

Giovanni Ceresa est, peut-être, un rouage de cette solution. Ce qui est sûr c'est qu'il est un des derniers à sentir l'urgence d'agir, à être humain. "On ne peut pas regarder l'apocalypse depuis son balcon. J'ai tué un homme. C'est la certitude que j'existe encore. C'est un acte qui a fait de moi un être nouveau. Quoi que j'ai été avant cela, je suis plus fort et plus misérable."

Le roman avance et prend des allures de roman policier, avant de reflirter avec le fantastique et l'eschatologie politico-philosphique courant dans le dystopie. Reste une expérience de lecture angoissante et intelligente, brillament orchestrée par De Roma.

 

Signé Stéphane

 

   

 

  Alessandro De Roma, La Fin des Jours (La Fine dei gironi), traduit de l'italien par Pascal Leclercq - Ed. Gallimard,  collection Du Monde Entier.

 

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* Chanson de Bowie - mais que devient-il? Reparti sur Mars?

Par Seren Dipity - Publié dans : PRINTEMPS ETE 2012 - Communauté : Chronique de nos lectures
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 21:44


Birdy s’est envolé quelque part. Il ne parle plus, ne marche plus au mieux sautille, dort sur deux jambes dos au mur, accepte de s’alimenter seulement nourri à la cuillère. On fait appel à son ami d’enfance Al avec l’espoir que le sergent gravement blessé et fraîchement rapatrié parviendra à déclencher l’électrochoc qui ramènera Birdy à la raison, à la normalité.birdy.jpg
 
Alphonso derrière les bandages qui dissimulent son visage sait bien lui que Birdy se prend pour un oiseau mais il n’a pas envie de le dire au psychiatre. Le psy est extrêmement intrusif à se demander qui est en consultation.
 
Face à Birdy un long monologue. Al évoque leur rencontre, les pigeons, un vol plané, un costume de plumes, une fugue, les petits boulots et les chiens, l’école et les filles, leurs parents, les balles que la mère de Birdy planquait chaque fois que l’une d’elles tombait dans son jardin par dessus les rambardes du terrain de base-ball. Il parle aussi de lui, de la guerre et de la folie qu’il y a rencontrées. De ses blessures d’enfance. De son père et de ses origines siciliennes.


En italique un autre monologue (intérieur), celui de Birdy le garçon-oiseau, l’oiseau-garçon, qui ne rêve que de voler. Une paire de jumelles nous est tendue, observons à travers elles son univers illuminé. Quand Birdy acquiert un couple de canaris. Comment il leur construit une drôle de volière. Des menus détails du quotidien de ses oiseaux, la reproduction, la nidification, et peu à peu lorsqu’il entre en osmose avec ses locataires. Birdy parle pinson, pense pinson et rêve, rêve infiniment de voler.
 
 

 « To read it is to fly »

 

 Schizophrénie…

 

L’instructive postface de Matthew du Aime nous apprend que ce roman a été signé sous un nom d’emprunt (comme les bandages cachent le visage d’Al). Celui qui se dissimule sous le pseudonyme de William Wharton a effectivement eu comme ami d’enfance un dénommé Alfonso Filipone, qui a inspiré l’allure et certains aspects de la personnalité d’Al. « Alfonso était physiquement puissant et capable de violence. Une fois adulte, parrainé par son père, il allait devenir mafioso ». « William Wharton, comme Birdy, a élevé des pigeons puis des canaris pendant son adolescence ».
 
Toujours d’après Matthew du Aime, le dialogue entre Birdy et Al est inspiré du réel.

« Mais c’est Al qui était enfermé, et William Wharton qui venait lui rendre visite ».
 
 

 Guerre

 

 « Alfonso avait été blessé au ventre sur une île des Philippines pendant la guerre du Pacifique ». Et son histoire réelle emprunte à l’horreur.

 L’horreur fictive on la vit sur une quarantaine de pages dans un effroyable instant de guerre.

 « Je ne sais pas comment avoir peur avec dignité. J’ai peur jusqu’à la moelle de mes os prêts à être broyés. Je vois de la viande hachée partout, ma viande hachée de mille façons différentes ».

La guerre mélange le réel à l’irréel.

Les barreaux de l’hôpital psychiatrique renvoient à la cage des oiseaux.
 
La cage des oiseaux renvoie l’homme à la société.

Mais à la fin les pilotes nidifieront à l’air libre.

On ne tarde pas à se rendre compte que Birdy est un livre étrange et singulier. Ce texte est dense (trop dense pour cet article qui exige de conserver du mystère). Fort pour celui qui entre en empathie avec Al et Birdy.
 
Ce texte peut vous soulever.

 

Signé Alexandre

 

William Wharton, Birdy - traduction de Matthew du Aime et Florent Engelmann, Ed. Gallmeister.

Par Seren Dipity - Publié dans : PRINTEMPS ETE 2012 - Communauté : Chronique de nos lectures
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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 22:42

Neuville est une petite bourgade bien tranquile. Si tranquile en fait qu'elle en est pratiquement invisible depuis des siècles. Ses habitants sont des gens simples, voire simplistes ou simplets. Mais la vie est belle, malgré tout. bartelt.jpg

Quelques années plus tôt, un couple de richissimes américains avaient dû poser leur avion et le bébé que madame portait dans son ventre à Neuville. Ils s'étaient attachés à l'endroit.

Quand Clébac Darouin, le gosse de riches tombé du ciel y retourne (au ciel), tous les habitants espèrent bien récupérer un peu de l'argent que le riche héritier avait promis de leur léguer. Sauf que...

Sauf que Clébac Darouin avait prévu une autre manière de les remercier, quelque chose de plus éternel : un tombeau pour chaque habitant, un tombeau chic et original, tout confort et stylé.

Ce cimetière baroque et fou va bouleverser la vie des habitants de Neuville.

 

Franz Bartlet est un magicien, un enchanteur. Il manie les mots et les situations comme personne. Son talent n'est jamais aussi flagrant que lorsqu'il s'attaque à la province et ses institutions, ses mesquineries lourdes et ses moeurs légères. J'avais découvert Bartlet avec Le Grand Bercail il y a une dizaine d'années et depuis je le suis dans ses recueils de nouvelles et ses romans toujours surprenants (chez Gallimard, au Dilettante et beaucoup d'autres éditeurs). J'ai retrouvé, une nouvelle fois, avec Le Testament Américain, le mélange étonnant de comédie de moeurs, vaudeville, intrigue et feux d'artifices de la langue qui m'avaient ravi dès ma découverte du bonhomme. 

Avec Bartelt, la poésie se frotte parfois au popotin - toujours pour le plus grand plaisir des dames et des messieurs, et surtout des lecteurs.

A ceux qui voudraient découvrir Bartelt, je recommande très vivement Le Jardin du Bossu qui donne une excellente idée du talent de cet écrivain prolixe.

 

Signé Stéphane.

Par Seren Dipity - Publié dans : PRINTEMPS ETE 2012 - Communauté : Chronique de nos lectures
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 18:43

Dans la lignée (ou sur la Ligne - autre nom de la frontière) de Don Winslow ou de Kem Nunn et tout juste après l'immense Clandestin de Caputo, la premier roman de Sebastian Rotella s'imposait. La Frontière encore et encore, donc.


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Succès salué aux Etats Unis, où le roman a été sélectionné, par le New York Times, dans les catégories meilleur roman policier et meilleur premier roman, Triple Crossing est brillant et palpitant. Journaliste d'investigation spécialiste des questions d'immigration illégale et des problèmes liés aux trafics, Rotella livre un western noir très documenté, où, dit-il, tout est vrai : situations, détails, comportements, langages, violence, corruption.

 

Valentin Pescatore est un jeune agent de la Frontalière chargé d'arrêter les clandestins qui tentent massivement de passer la ligne et d'entrer aux Etats Unis. Et quand ce n'est pas des familles entières habillés comme pour le bal, son job est d'empêcher les trafics divers : humains, marchandises, drogues. Il doit composer également avec certains agents patrouilleurs qui n'hésitent pas à recourir à la violence (on lui explique qu'elle est même attendue des illégaux), au racket et à des jeux avilissants. Valentin lui, reste humain et donne souvent argent ou conseil aux immigrants.

Ca débute comme ça :

" Brouillard sur la frontière.

L'agent de la Patrouille frontalière Valentin Pescatore conduisait sa Jeep Wrangler à toute vitesse, plein sud à travers la brume. Pour chasser la gueule de bois et l'envie de dormir, il avait acheté une canette de Coca au bord de la route. Il avala une gorgée; le gaz lui monta au nez. Il freina pour prendre un virage, soulevant un nuage de poussière. Des lièvres détalèrent devant ses phares."

Une sorte de voyage au bout de la nuit commence. Avancer à toute berzingue dans un milieu dangereux et flou va devenir le quotidien de Pescatore pendant des semaines. Il ne le sait pas encore.

Une nuit, Pescatore va courir après un traficant qu'il a déjà arrêté. Dans sa soif de revanche et dans son élan, il va franchir la Ligne, au sens comme au figuré, et se retrouvé au Mexique - loin de sa juridiction et donc hors la loi.

Dès le lendemain, les services internes l'interrogent. On lui propose alors, pour échapper à des poursuites, de travailler comme agent infiltré dans la Frontalière, pour corroborer les soupçons de rapports illégaux entre son chef, Garrison, et les trafiquants mexicains. Très vite Pescatore va se retrouver infiltré non plus au milieu des siens mais au milieu des Mexicains, dans la gueule du loup - dans le clan Ruiz Caballero, devenus les nouveaux grands manitous locaux après avoir "décapité et absorbé les cartels du nord-ouest du pays".
Triple Crossing est une plongée vertigineuse dans la jungle de Tijuana, "un grand souk déjanté." C'est aussi la découverte d'une nouvelle dimension du terrorisme et du banditisme, la "Triple Frontière" : "A l'intersection du Paraguay, du Brésil et de l'Argentine. C'est un peu le Tijuana de l'Amérique du Sud. Le cœur du plan des Ruiz Caballero."
L'enjeu est complexe, non seulement "les narcos mexicains ont repris la place occupée  autrefois par les Colombiens, notamment pour la distribution aux Etats-Unis et le trafic en Europe." C'est déjà beaucoup... "Mais Junior est aussi en train de développer un circuit alternatif avec de nouveaux alliés, qui pourrait le rendre plus riche et plus fort que ses concurrents". La première partie a justement pour titre AQM (autre que mexicain) et donne les prémices de cette mondialisation du crime et du terrorisme. Cette "triple frontière" abrite ce que Rotella appelle les United Nations of Crime, les « Nations unies du crime ». La dangerosité de cette nouvelle pieuvre est qu'elle combine les anciens pistoleros sans scrupules aux politiques costard-cravates situés aux plus hauts échelons de l'état, Mexique et autres pays de l’Amérique du sud mais aussi aux Etats Unis.
En plus d’une intrigue policière et politique très bien ficelée, le premier roman de Rotella regorge de personnages forts et de scènes inoubliables (Mendez, le flic incorruptible façon Eliot Ness qui traque sans merci le crime et la corruption, tout en lisant une biographie du juge italien Falcone qui lutta contre la mafia ; Buffalo, tueur efficace et obéissant mais pas sans scrupules ; Puente, jeune agent américaine dont la raideur sera attendrie par Pescatore) Passant de l'univers des truands de tous bords à celui des flics intègres, le romancier est aussi efficace dans l’action que dans les descriptions. Le passage dans la prison de Tijuana  - véritable mini-ville surpeuplée où les détenus sont armés, organisés et cohabitent avec leur famille - est assez surréaliste et pourtant fidèle à la réalité.

A découvrir absolument.

 

Signé Stéphane

Par Seren Dipity - Publié dans : ROMAN POLICIER - Communauté : Chronique de nos lectures
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