Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SERENDIPITY

Classe Iconomique 2 : sur Das Kapital de Berberian, Torturez l'artiste de Goebel et Dagsson - une lecture critique de Stéphane

21 Juin 2009, 21:42pm

Publié par Seren Dipity

Si vous aimez les livres qui dérangent un, beaucoup, passionnément, à la folie -ne cherchez plus, vous êtes chez vous.

Les liens entre les lectures continuent de se tisser. J'ai parfois l'impression que ces échos se font à mon insu mais je me méfie trop de la psychanalyse pour le penser très longtemps.

Voici mes récentes lectures :

Joey Goebel, Torturez l'artiste ! (Ed. 10/18) vo : Torture the artist!, trad par Claro
Viken Berberian, Das Kapital  (Ed. Gallmeister) vo : Das Kapital, A Novel Of Love and Money Markets, trad par Claro.
Dagsson Hugleikur, Et ça vous fait rire? (Ed. Sonatine) trad par Mona Claro (eh oui, je suis désolé : quand c'est pas monsieur, c'est madame...)

C'est vrai que vu comme ça, on a l'impression que je vais encore faire un article sur Claro mais non. Il se trouve que que j'avais lu Das Kapital avant de penser à faire un article sur Claro. Et le Goebel, sa sortie en poche m'a fait regretter de ne pas l'avoir lu chez Héloise d'Ormesson.

Dans l'ordre de lectures, Viken Berberian et sonDas Kapital à lui. C'est publié chez Gallmeister, dans leur nouvelle collection, Americana. On en reparlera avec Olliver Gallmeister lui-même puisqu'il a gentiment accepté de répondre à quelques questions. Il peut être utile de savoir, surtout pour Das Kapital, que Americana est l'un des premiers romans de Don DeLillo (le 1er?).
Voici le début du roman :

"Il rêva que le monde touchait à sa fin. Mais il savait que c'était un rêve et non un cauchemar."
Bienvenu dans le monde des traders. Wayne, qui signe ses emails de $$$, aime le pognon mais surtout il aime jouer à gagner plus et plus de pognon. De l'argent qui, même acquis sur les marchés et la misère des autres, semble rester virtuel. C'est le jeu qu'il aime. Gagner. Faire perdre. On pense à Patrick Bateman de American Psycho, tant Wayne semble aussi invulnérable et intouchable. Mais $$$ ne tue pas, il préfère provoquer la chute des bourses. Mais il y a Alix, l'étudiante marseillaise qui ébranle celui qu'on appelle aussi le "sinistre".
C'est écrit à un rythme d'enfer, c'est parfois drôle - mais, publié en 2007, le roman n'est pas que subversif, il est devenu prémonitoire.

Kerviel l'a lu dix fois en prison.

Non je déconne.
Il sait pas lire.
Il sait que compter.


Voyez la presse consacrée à Das Kapital :
http://www.gallmeister.fr/das_kapital


Vint ensuite le Joey Goebel. Et j'ai failli intitulé cette rubrique Satiété du divertissement, société du navrant en hommage. L'idée de départ est excellente. Une sorte de Citizen Kane du divertissement a décidé de se racheter une morale après avoir inondé le marché américain d'infâmes divertissements. Mourant, il créé la Nouvelle Renaissance, une école privée où quelques artistes en herbe sont envoyés pour y développer leur talent et offrir, enfin, des séries, des chansons, des films, des écits de qualité. Mais pour produire ces oeuvres intelligentes, il a été remarqué que l'artiste devait être malheureux et souffrir. Donc...

Voici la première phrase :

"Je suis vraiment désolé d'avoir à te le dire mais tu ne seras jamais heureux."

Ainsi va grandir et souffrir Vincent, jeune prodige de 7 ans qui va révolutionner le bizzness sous la houlette de Harlan, manipulateur vicelard, bourreau révolté, ancien punk, ancien critique énervé. C'est évidemment bourré d'allusions et de critiques de la culture mainstream américaine. C'est grinçant, drôle, intelligent et sacrément bien écrit et construit.

L'un des leitmotivs du récit est le détail, pour chaque personnage du roman, de données essentielles : leur programme TV, leur artiste et leur film préférés. Ca permet de situer à qui on a affaire. J'avoue que quand je vais chez des connaissances pour la première fois, c'est un peu ce que je fais : je regarde si il y a une bibliothèque, une vidéothèque et une discothèque. Et je regarde ce qu'il y a dedans.
Et je m'en vais en courant.
Naaaann, c'est pas vrai.
Pas toujours.

Je viens d'écrire à Joey Goebel pour qu'il me donne les siens, on verra bien s'il répond.
Voici les miens, tels qu'ils apparaissent dans le roman :
Mon programme télé préféré est Les Nuls-L'Emission, mon artiste préféré est Pat Metheny et mon film préféré est Il était une fois en Amérique.

Si vous n'êtes pas encore convaincus qu'il faut lire cet excellent roman, sachez que 10/18 qui vient de le publier en poche VOUS REMBOURSE si vous n'êtes pas satisfaits. Cool, non?

 

L'auteur est un gai luron, visitez son site:

http://www.joeygoebel.com/

Et une nouvelle, in English, pour la route :

http://www.theedwardsociety.com/surrealist.php

Toujours à propos de Goebel, sachez que son dernier roman, The Anomalies, vient de paraître (toujours chez Héloise D'Ormesson). Comme le monde est vraiment petit, la couverture est signé d'un dessinateur que j'adore et dont j'avais acheté deux dessins lors d'une expo, Rocco. Ca ressemble à ça :




J'ai lu, juste pour le plaisir de commencer, les premières pages du roman et je sens que ça va me plaire. Imaginez une octogénaire qui se promène avec des bottes de cowboy et un tee-shirt des Sex Pistols. Bah voilà. Avec un truc pareil, il était sûr de me séduire.

Il reste le livre Et ça vous fait rire? de Hugleikur Dagsson. Difficile de citer un livre de dessin. Voici la quatrième de couv' :

 

 

Hugleikur Dagsson nous vient d'Islande.

En Islande, la nuit dure dix-neuf heures l'hiver.

En Islande, il n'y a pas de nuit l'été.

En Islande, la boisson nationale est la «Black Death».

En Islande, le plat national est composé de viande de requin faisandée.

En Islande, ce livre est un best-seller
 

Et voici quelques dessins (dont le premier). Ca vous donnera une idée du genre d'humour. Attention, ça décoiffe. Soyez patients et indulgents : il faut un certain temps pour s'adapter au livre.
Vous vous souvenez de la phrase de Bergson pour le rire : du mécanique plaqué sur du vivant... Chez Dagsson, c'est du mécanique plaqué sur du mort!


En bonus, pour ceux qui en redemandent  :

http://www.youtube.com/watch?v=0Z_zX_6oQyk
http://www.youtube.com/watch?v=_0KYoeiT9wg&feature=related



Signé Stéphane

Commenter cet article