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SERENDIPITY

Computer age* : sur Grand absent de Laurent Graff - une lecture critique de Stéphane

9 Février 2014, 10:29am

Publié par Seren Dipity

Le dernier roman de Laurent Graff, Grand absent,  s'ouvre dans un aéroport.

Ca débute comme ça :

"Le parking est plein, complet, toutes les places sont prises, sur trois niveaux. Pareil dans les autres terminaux de l'aéroport. C'est comme si les gens étaient partis et ne revenaient pas."

Laurent Graff aime les aéroports : lieux de partance et d'arrivée, de transit, de foule et d'anonymat, de mouvement et d'attente.

La balade du Grand Absent glisse de monde déshumanisé en monde asseptisé en monde domotique. La domotique généralisée, c'est ce robot dans le parking de l'aéroport, ce haut parleur dans la file d'attente,  le permis à points, cette "boîte de dialogue tombale", etc. La domotique, selon Graff, c'est l'humain sans l'humain.

L'univers de Laurent Graff n'est pas inquiétant par un futurisme dystopique (certaines inventions, comme cette boîte tombale et cette autre, la boîte à fictions**,  semblent être des prolongements incongrus et logiques des nouvelles technologies), il est inquiétant par cette vision qu'il nous donne de notre réalité automatisée.

La signalitique est omniprésente (rappelez-vous les pictogrammes utilisés sur la couverture du précédent livre de Laurent Graff, ICI) : elle raconte notre vie, nous montre la voie,  nous cadre, jusqu'à la saturation.

Laurent Graff nous tend un miroir déformant notre la réalité, sous forme de tests parsemés dans le texte :

"Test : dans quelle figure géométrique préfereriez-vous être enfermé? Le rectangle remporte le plus de suffrages, devant le carré, le cercle et en dernière position le triangle."

Mais n'allez pas croire que Graff fait dans le roman polémiste. Il est tout entier dans un univers de mots, dans un univers de mondes.

"Nombre de pensées restent en suspens comme autant de mondes possibles, divertissants."

Des mondes possibles, divertissants? Oui, la fantaisie est là, à nos portes : comme ces casinos qui possèdent leur Eros sous-sol, des lieux de prostitution autorisée parce sous terre.

Laurent Graff décline ce prisme des signes, des mondes possibles à travers des couleurs (les périodes sont nommées les "années grises", les "années blanches", etc. ) et à travers cette langue pointilliste qui tranche net le réel, l'action, la causalité.

"On va dans la queue pour effacer tout ça. Les histoires. On attend et c'est tout. On n'attend rien. La queue c'est l'attente. On est dans l'attente. Dans l'attente de rien. Et c'est tout."

Ce n'est pas désespéré, c'est engageant. Profitez de l'effondrement, ou du système, comme cette fourmi... "C'est bien beau de partir à l'aventure, mais finalement, même si l'on n'a pas l'esprit grégaire, la vie dans la fourmilière a du bon. Il y a d'autres façons d'être libre, si l'on veut."

Comme dans la chanson d'Hervé Cristiani : il est libre, Graff!***

 

Signé Stéphane

_________________________

* Sans doute le pire morceau de Neil Young, ICI, après avoir un temps hésité avec le Pretty vacant des Sex Pistols, LA.

** Quelle belle invention, qui vient revitaliser la fiction contemporaine! Lisez ces pages!

*** Sur une île déserte : ICI

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