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SERENDIPITY

What's up, Doc? : sur Karoo de Steve Tesich - une lecture critique de Stéphane

16 Août 2013, 23:43pm

Publié par Seren Dipity

J'ai commencé Karoo au mois de juin 2012 et je l'ai fini aujourd'hui.

Non pas que j'aie été particulièrement lent ou économe pour faire durer le plaisir, ou que ma relecture de certains passages m'ait retardé*.

Après de multiples péripéties, je sors de la lecture de Karoo de Steve Tesich. Mes amis de Serendipity n'avaient pas attendu, eux, et tous ceux qui avaient fait l'expérience Karoo l'avaient classé en haut de leur top10 de l'année 2012. Il sera donc présent cette année encore, dans ma liste.

Que dire qui n'ait été dit sur Karoo? Chef d'oeuvre, Incontournable, Oeuvre monumentale... Tout est vrai - si la vérité a encore un sens après Karoo.

De morceaux de bravoure en scènes mémorables, Tesich tisse un roman d'une force inouïe avec, au centre de cette symphonie tonitruante au rythme implacable (construction et découpage redoutablement efficaces), le gargantuesque Saul Karoo, script doctor pour Hollywood,capable de ré-écrire un mauvais scénario et d'en faire un succès. Un "putain de génie" pour les uns, un "monstre" pour les autres.

Le spectacle est au coeur de Karoo. Hollywood, évidemment, incarné par l'ogre Cromwell ("Je vais te dire les choses en toute honnêteté, Doc, il y a des jours où j'aimerais bien être le fils de pute sans pitié que tout le monde dit que je suis. Ce serait beaucoup plus reposant pour moi."), mais tout est spectacle : Saul Karoo est incapable d'une relation, d'une conversation sans spectateur, sans la médiation d'un tiers - ce qui n'est pas sans rappeler la théorie de René Girard, dans Mensonge romantique et vérité romanesque, qui s'intéresse justement à l'identité, la vérité et notre rapport à l'autre (des thèmes centraux dans Karoo). Si j'avais le temps je creuserais sur cette voie. Mais peu importe, restent les voix de Saul Karoo, les changements de tons, de genres, de narration, les réflexions sur les arts, la filiation, les rapports humains - tout ça avec une acuité et un naturel parfois cruels.

"Il sait aussi que le pardon qu'il recherche embrasse trop de péchés pour être accordé par une petite vieille dame au peignoir élimé.

Mais même si tout ne se passe pas comme il le voudrait, tout n'est pas perdu pour autant.

Un petit peu de vie frétillante naît entre eux.

Et autre chose aussi.

En levant les yeux vers elle, il saisit l'instant.

Un aperçu bref, c'est tout ce qui lui est accordé, mais cela suffit.

Dans les yeux vulnérables de sa mère, de cet unique coup d'oeil, il voit que l'ensemble des souvenirs et des moments d'un seul jour de sa vie, ou de la vie de n'importe qui, s'il est suffisamment exploré, dépasserait en volume les oeuvres complètes de n'importe quel auteur ayant jamais vécu. Des ailes entières de librairies, pour ne pas dire des librairies entières, seraient nécessaires pour abriter un seul jour de la vie de n'importe qui, et même alors on ne rendrait pas justice à cette vie.

Et pourtant, se dit-il, dans sa valise, en bas, au milieu de ses tee-shirts, de ses caleçons et de ses chaussettes, dans ce magazine se trouve l'histoire de Leila. Et celle de Billy. Et la sienne, aussi.

La vie, semble-t-il, n'est pas dépourvue de sens, elle est au contraire tellement pleine de sens que ce sens doit constamment être annihilé au nom de la cohésion et de la compréhension.

Au nom d'une bonne intrigue."

Karoo, traduit de l'anglais par Anne Wicke (traductrice de Franzen, Kasischke, Rick Bass, Craig Davidson, etc) -  lecture audio de Thibault de Montalembert.

Signé Stéphane

________________

* J'avais tout juste commencé quand ma formidable représentante Gallimard me l'a demandé pour ses vacances. J'étais en rupture, je lui ai donc donné mon exemplaire, tout en sacrifice que je peux être parfois - en fait, j'étais persuadé de recevoir une livraison qui est arrivée trop tard. Moi aussi j'étais en vacances. Je suis parti sans Saul Karoo, qui ne m'en a pas voulu. Et les mois ont filé avec ce fieffé menteur qui me défiait de le laisser choir. J'ai repris au début, il y a quelques jours, en livre audio, dans une lecture parfaite. Chaque moment libre y a été consacré, entre une et trois heures d'écoute, tous les jours. Du plaisir pur.

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serendipity 29/05/2014 15:36

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powered.com 29/05/2014 15:03

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