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SERENDIPITY

War (what is it good for?) : sur Le Corps Humain de Paolo Giordano - une lecture critique de Stéphane & Gaëlig

31 Août 2013, 08:42am

Publié par Seren Dipity

Le retour de Paolo Giordano pour son second roman était attendu. Quatre ans après le formidable La Solitude des nombres premiers (évoqué rapidement ICI), Prix Strega 2008, il confirme son talent avec Le Corps humain (Il corpo umano, toujours traduit par l'excellente Nathalie Bauer).

Le roman s'ouvre sur une citation en exergue d'Erich Maria Remarque, tirée de A l'ouest, rien de nouveau :

"Et même si on nous le rendait,

ce paysage de notre jeunesse,

nous ne saurions en faire grand-chose."

Même si le sujet de la citation (jeunesse) fait sens à la lecture du roman, on ne peut manquer se demander : Et à l'est, et à l'ouest, toujours rien de nouveau? Et cent ans après la Première Guerre mondiale, rien de nouveau?

Le roman débute comme ça :

"Au cours des années qui suivirent la mission, ses participants s'ingénièrent à rendre leur vie méconnaissable au point d'entacher d'une lumière fausse, artificielle, les souvenirs de leur existence précédente et d'en arriver à croire que ces événements ne s'étaient pas réellement produits ou, du moins, ne les concernaient pas."

Le roman peut ne pas vous attirez : un peloton de soldats italiens en poste en Afghanistan. Nous y suivons le quotidien du groupe Charlie, en passant d'un membre à l'autre. La mission qui est évoquée dès l'ouverture du roman et qui semble avoir fait tant de dégâts, viendra plus tard, après une présentation parfaite de plusieurs soldats, au gré des aller-retour passé/présent.

Ce procédé narratif n'empêche pas la quête permanente de l'oubli pour ceux qui en ont réchappé, même si "un soldat ne cesse jamais d'être un soldat". L'annonce du traumatisme, dès le début du roman, oriente évidemment notre lecture, créant chez le lecteur un sentiment d'attente coupable, comparable au souhait d'un enfant de devenir soldat. 

"A sa crainte sceptique de la mort se mêle une frénésie d'aventures qui l'emporte."

Les personnages sont forts, certains simplement évoqués à travers quelques traits et dialogues, comme le Colonel, veule et irresponsable, remarquant tardivement qu'il ne connaissait pas ses hommes morts dans la "vallée des roses". Quelques-uns bénéficient d'un traitement plus complet : le lieutenant Egitto, poursuivi par son passé; Cerderna apprenti Rambo avec une grande gueule et de gros bras; Zampieri, la femme soldat qui tente de légitimer sa présence par la perfection; Torsu, au corps ravagé par la dissentrie, bien après que les autres n'en souffent plus; Egitto, le médecin du peloton, dont on sait, dès l'ouverture du roman qu'il a payé cher ses erreurs...

Ensemble ils se retrouvent dans ce poste avancé, à essayer de passer le temps dans cette "enceinte de sable, exposée à l'adversité" - à mourir d'ennui en réalité.

La réalité? Parlons-en. Ils semblent tous fuir la réalité de la vie civile, ou leur passé, ou leur mère, ou leur famille. La réalité? "Du toc" dit un des personnages. Leur vie civile? Entre parenthèses, ou en chantier, ou en lambeaux.

Dans cet univers militaire, seul compte le corps. Le sien, ou le corps collectif, c'est à dire le peloton. D'ailleurs le titre recentre immédiatement le sujet. Le corps humain est le siège de tous les maux, ici. Physiques, moraux. Qu'il soit monnayé, sculpté, mutilé, malmené par la dissentrie, par l'angoisse, par la chaleur et le sable, par le feu.

Comme dans La Solitude des nombres premiers, Paolo Giordano excelle à montrer les failles, les tremblements intimes, la souffrance et la peur.

Un roman magnifique, un talent incroyable.

 

Signé Stéphane

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Quelques années après La solitude des nombres premiers, très beau et tendre roman sur l’adolescence, le jeune auteur italien revient avec tout autre chose…

Le destin d’un peloton envoyé en mission en Afghanistan. Une épreuve qui restera inscrite dans leur chair, dans leur corps et dont peu en ressortiront indemnes.

Comme pour La solitude…, Giordano signe un roman d’initiation, mais qui se situe plus à la fin de l’adolescence cette fois, vers l’âge adulte, et qui est bien plus sombre, brut et physique.

Et on en ressort absolument bouleversé…

Avis aux amateurs!

Signé Gaëlig

 

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