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SERENDIPITY

Two hearts* : Esprit d'hiver de Laura Kasischke - une lecture critique de Gaëlig, Pierre & Stéphane

9 Septembre 2013, 14:28pm

Publié par Seren Dipity

A mon avis, Esprit d’hiver n’est pas le plus grand roman de Laura Kasischke qui avait signé des romans incroyables ces dernières années avec A moi pour toujours, En un monde parfait (ICI) et surtout le dernier Les revenants (ICI).

Avec Esprit d’hiver, nous entrons dans un huis-clos angoissant. Une mère et sa fille adolescente sont bloquées dans leur maison en cette journée de Noël, le blizzard empêchant tout mouvement à l’extérieur. La fille a d'étranges comportements et la mère est en prise à des sortes de crises d’angoisse… Avec pour trame de départ, cette phrase avec laquelle la mère s’est réveillée le matin :

« Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. »

Pour cela, rien à dire, Kasischke est la reine de ces ambiances mêlées d’étrangeté, de malaise diffus, asphyxiant.

Je suis plus réservée quant à la langue employée pleine de répétitions, qui servent les effets de tension et de malaise mais qui, à la longue, m'a agacée.

Malgré tout, Esprit d'hiver est un huis-clos hyper efficace. Je suis curieuse d'avoir vos avis, alors n'hésitez pas!

Signé Gaëlig

 

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Contrairement à Gaëlig, je ne suis pas un habitué de Kasischke. Evidemment, ça change la donne. Lire le nouveau roman d'un auteur qu'on aime se fait toujours à l'aune du reste de l'oeuvre.

J'ai immédiatement été séduit par l'ambiance et l'écriture de Kasischke. Et pour ne pas être influencé, je n'ai pas lu l'article de Gaëlig quand je l'ai reçu

Ca débute comme ça :

"Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut : Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux."

Le lecteur, dans l'ombre de Holly, ne va cesser de se demander ce qu'est ce "quelque chose". Assez rapidement l'évocation de la Russie sera explicitée : sa fille, Tatiana, quinze ans, a été adoptée, en Russie, treize ans plus tôt. Nous aurons les détails parfois terribles de leurs deux séjours à l'orphelinat Pokrovka n°2 au cours du roman, disséminés au gré des flashbacks de plus en plus angoissants et précis de Holly.

C'est pourtant le jour de Noël, un jour de fête et de réunion de famille. Son mari parti à l'aéroport chercher ses parents, Holly tente de rattraper le temps perdu pendant cette inhabituelle grasse matinée, et s'affaire dans la cuisine. Tatiana ne semble pas disposée à l'aider et ne fait que quelques apparitions étranges, par son comportement, son mutisme, ses remarques et ses changements incessants de tenues.

Quand les chutes de neige se transforment en tempête et recouvrent complètement la ville, la maison devient un huis clos étouffant. Au rythme de la sonnerie prémonitoire "A Hard Rain's A-Gonna Fall" (Dylan) qui ne cesse d'envahir le silence, la journée défile. Les invités annulent les uns après les autres et son mari est coincé à l'extérieur. Holly et Tatiana se retrouvent seules. Désespérément seules. Les comparaisons morbides et terrifiantes de Holly se multiplient; ses fixations irradient le récit sous forme de répétitions et allusions obscures; ses frustrations explosent; ses angoisses deviennent de plus en plus claires mais le "quelque chose qui les a suivis depuis la Russie", lui, ne le sera qu'à la toute fin du roman.

Une maîtrise du récit hallucinante et une langue qui peut effectivement agacer mais qui est toujours au service du récit et contribue à l'efficacité de l'ensemble.

Signé Stéphane

Laura Kasischke, Esprit d'hiver (Mind of winter), traduit par Aurélie Tronchet. Ed Bourgois.

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C'est un matin de Noël qui démarre mal, panne d'oreiller, en retard pour aller chercher sa famille à l'aéroport, puis vient le blizzard qui empêche les convives de venir. Holly, jeune femme dans la quarantaine, se retrouve seule avec sa fille adoptive Tatiana ramenée de Sibérie il y a 15ans. Le malaise s'installe avec Holly qui s'est réveillée avec cette horreur à l'esprit, « quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux » et Tatiana qui n'est pas comme d'habitude. Le récit se poursuit avec une description réaliste des procédures d'adoption ainsi que des événements qui ont marqué la vie d'Holly, son héritage génétique, ses épreuves, ses doutes

Extraits:

« Parfois l’âme pouvait être derrière le corps, peut-être, mais parfois elle pouvait être à côté ou en dessous, ou au-dessus, mais oui, actuellement, elle se trouvait à l’intérieur. Un livre, par exemple, avait son âme dans le creux entre les deux pages du milieu. C’était typique des choses pliables. Comme les papillons qui avaient l’âme où leurs deux ailes se rejoignaient. »

« Personne ne naît sans héritage.
Comment avait-elle pu croire pendant toutes ces années, qu'il en était autrement?
Holly aurait dû savoir mieux que quiconque que les gènes sont le destin.
Que le passé réside en soi.
Qu'à moins de le trancher ou de se le faire amputer par opération chirurgicale, il vous suit jusqu'au jour de votre mort. »

« Tout était secret. Le pays tout entier était un secret, et la Sibérie en était son centre. »

Pour aller plus loin :

http://www.lecourrierderussie.com/2012/06/06/alexandre-guezalov-faut-arreter/

Sur la mutation 185delAGBRCA1, on peut lire un excellent article dans la revue «  Books » de septembre 2013 .

 Pour les fans de « people », c'est à cause de cette mutation du gène BCRA1, qu' Angelina Jolie s'est faite enlever les deux seins.

Pour les plus sérieux, à lire absolument le  Legacy de Harry Ostrer.

A mon humble avis :

Magistrale, un huit clos avec une femme et son enfant, ou l'on traite de la vocation de l écrivain, du déterminisme, du poids de l'héritage, de l'identité. Une  fin qui surprend par son originalité.

Laura Kasischke sait nous  faire entrer dans son monde. Et c'est pour moi une des définitions du talent !

 

Signé Pierre

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* ICI Evidemment, le titre offre plus de résonnances à la lecture du roman. C'est le jeu ma pauv' Lucette!

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