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SERENDIPITY

The Promised land* : sur Les Faibles et les forts de Judith Perrignon - une lecture critique de Cornélia

19 Septembre 2013, 14:19pm

Publié par Seren Dipity

Voici un vrai coup de coeur de la rentrée 2013 !
Cinq enfants et adolescents noirs se noient dans les tourbillons traîtres d'un fleuve du Sud des Etats-Unis, sous les yeux de leurs mères et grands-mères impuissantes, car toutes incapables de nager. Ce fait divers a inspiré à Judith Perrignon un magnifique roman à
plusieurs voix qui plonge le lecteur au coeur des "minorités" noires défavorisées. Trois générations de la famille touchée par le drame nous font partager les dernières heures avant la noyade de l'intérieur : la mère, désabusée par la misère tenace et ses déboires professionnelles et amoureuses, son fils aîné tout juste sorti de son premier contrôle policier et qui sombre par manque de perspective dans la petite criminalité et la drogue, sa soeur, en pleine découverte de la sensualité et qui cache les premiers signes d'une grossesse trop précoce, et puis la grand-mère, le personnage fort du roman, révoltée contre les injustices raciales qui persistent dans un pays où l'abolition de l'esclavage n'est pas arrivée jusqu'au fond des coeurs. C'est cette grand-mère qui fait le lien avec les générations précédentes, elle nous emmène dans sa propre jeunesse dans les années soixante dans ce même Sud et nous fait vivre les affrontements raciaux déclenchés par la très théorique ouverture des piscines publiques aux noirs, au coeur d'un été étouffant de chaleur. Cette grand-mère qui a soigné toute sa vie durant son grand frère blessé lors de ces échauffourées et handicapé à vie, verra ses petits-enfants emportés par les eaux du Mississippi sous le soleil incandescent sans le moindre moyen de les secourir.
Judith Perrigon fait preuve d'une grande maîtrise du rythme qui mène impitoyablement son
lecteur vers le dénouement tragique annoncé, elle fait monter une tension électrique tel qu'un orage dans la chaleur suffocante de la fin d'été. Elle met à nu la persistance des injustices et des préjugés, même dans la tête des bien-pensants* et appuie de son écriture puissante un cri d'indignation et un appel au sursaut sous une narration faussement neutre.
Ce roman m'a touchée profondément, j'ai eu des larmes de colère aux yeux en posant ce livre, qui se lit d'une traite ! A mon sens, un incontournable de la saison !
(* L'auditeur d'une émission de radio dans la dernière partie du roman évoque sérieusement la poids supérieur du squelette de l'homme noir comme raison de ses performances inférieures en natation !)

Signé Cornélia

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* Concert SOS racism, en 88 : ICI

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