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SERENDIPITY

New York city serenade* : sur Taxi Driver de Richard Elman - une lecture critique de Stéphane

3 Septembre 2013, 08:10am

Publié par Seren Dipity

La plus chouette couverture de la rentrée, c'est lui :

Une sérénade, alors? Un peu de ça, oui. Un chant en l'honneur de quelqu'un ou pour séduire quelqu'un, en soirée. Bon, c'est Taxi Driver, donc allons-y pour une variante : l'élégie crépusculaire.

Ca parlera aux afficionados. Quant à ceux qui ne connaitraient pas encore le film, déjà je vous plains mais bon, à la limite, votre lecture sera intéressante. Imaginez ça, arriver vierge devant ça... Comme disait Céline, on est puceau de l'horreur comme de la volupté. Ou quelque chose dans le genre.

Pour les autres, tout (ou presque) est culte. Bingo! l'éditeur est Inculte (cliquez). Le film de Martin Scorsese. De Niro et sa coupe d'iroquois. La réplique de Travis, "You talking to me?" (improvisée par De Niro et inspirée par, souvenez-vous ICI, Springsteen**). Le casting (Robert - on l'appelle Bob, la belle Cybil Sheperd, la jeune Jodie Foster, le proxo Harvey Keitel, le caméo de Scorsese en mari quitté et trompé). La tuerie finale. La palme d'or à Cannes en 76.

Et quarante après, hic et nunc : Inculte - Christophe Claro à la traduction (voir son blog LA et notre entretien ICI)- Yann Legendre pour la couv (voir son site ICI).

Pour les plus fanas du film (dont je suis), il y a eu le scénario du film, de Paul Schrader, pour ne rien rater. J'ai encore mon exemplaire, souvenir de mes années de fac.

Bref.

Le roman n'est ni à l'origine du film ni une novélisation du film. Il a été écrit en parallèle de l'écriture du scénario. C'est le carnet que tient Travis "pour [s']empêcher de péter un câble".

Ca débute comme ça :

"Tout ce qui m'est arrivé me semble déjà très loin, c'était un hiver, mon premier à New York, il y a environ deux ans. Il y avait encore une guerre."

Travis Bickle revient du Vietnam et découvre New York. "Pour moi une ville c'est pas juste des poivrots, des négros et des putes mais bon c'est à peu près à ça que se résume New York le matin. Bon, Dieu merci, j'avais vu pire." Même s'il s'enfonce dans la déprime et le dégoût, se sentant comme une bombe à retardement, Travis n'est qu'amour. Vrai.

"Je suppose que tout le monde veut de l'amour. Il s'agit vraiment que de ça, je suppose. Les meilleures putes ne vendent rien d'autre, et leur solitude est insupportable."

Devenir taxi de nuit est amour (et fuir le désoeuvrement), flirter avec Betsy est amour (et fuir les cinémas porno), tenter d'aider la jeune Iris est amour (et faire le ménage). Travis, comme son pays, n'est pas à une contradiction près. "Ce grand pays l'Amérique qui m'avait appris à tuer et dire Tu ne tueras pas."

Quand la déception s'ajoute au dépit et au dégoût, c'est le sang qui remonte par les égouts de New York, et cet appel là, Travis ne peut y échapper.

Cette sérénade est le chant du cygne noir Travis Bickle. Ecoutez le. Lisez Elman.

 

Signé Stéphane

_________________

* Dernier titre du deuxième album de Springsteen, The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, qui aurait aussi pu servir de titre à ce papier. Qui est aussi mon deuxième album préféré du Boss. Pour ceux qui pensent que Springsteen est juste le type au jean qui chante Born in the USA comme un gros con de redneck, ça donne ça :

http://www.youtube.com/watch?v=8EooiBaW1BA

** Justifiant à lui seul ce petit jeu de donner un titre de Springsteen aux papiers de la rentrée.

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