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SERENDIPITY

Milan/Inter : sur Six femmes au foot de Luigi Carletti - une lecture critique de Stéphane

22 Mai 2013, 08:45am

Publié par Seren Dipity

Me faire lire un livre avec foot dans le titre, ce n'était pas gagné. Il fallait bien six femmes pour me convaincre d'entrer au stade San Siro (que je connaissais uniquement comme le lieu d'un des dix plus grands concerts de Springsteen & the E Street Band, en 2003 *- chacun son équipe, chacun son sport).
Six femmes et un auteur talentueux.
Une dream team!
Siffle l'engagement, Luigi!
 

Ca débute comme ça :

"Dans l'air, la touffeur d'un volcan sous pression. Le fumet sans pareil qui se dégage du magma humain et de ses spasmes corporels, de sa transe fervente et tonitruante. La fumée est dense et âcre, elle pique les yeux. Elle nimbe l'attente du brouillard explosif des champs de bataille."
Six femmes : Letizia, Lola, Anna Rosa, Renata, Guendalina, Gemma. Chacune a une raison d'être présente, plus ou moins importante, plus ou moins liée à la rencontre choc des deux équipes.

Alors par un dimanche de printemps glacial, 80 000 personnes sont réunies. Un bel échantillon de l'Italie d'aujourd'hui venue communier autour du saint ballon. Et sous la plume de Luigi Carletti, tout ça devient épique. (Je ne connais pas les vibrations qui habitent un stade autour d'un match mais j'imagine qu'elles sont proches en émotions de celles d'un stade autour d'un artiste...)

"La muraille humaine est prise de soubresauts, elle ondule, libérant une énergie monstrueuse, viscérale, qui ébranle le stade et retourne les sangs. Une humanité brute. En souffrance. Hommes et femmes, à l'unisson. La passion est une violence. L'indifférence n'est pas tolérée. Toute retenue est bannie."

Et aussitôt, l'auteur revient à ses compagnes de foot, ses joueuses : "Est-il possible de se sentir à ce point déplacée en compagnie de quatre-vingt mille personnes, toutes entassées dans un stade."

Nous sommes au coeur du sujet du roman, la foule - l'Italie toute entière, avec ses démons : corruption, machisme, problèmes d'immigration - et ces six femmes venues en découdre avec tout ça. Par deux fois j'ai pensé à Umberto Eco : pour sa remarque, dans Apostille au Nom de la Rose, sur le roman policier comme l'intrigue la plus universelle de tous les temps, et sur sa théorie du lecteur modèle construit par le texte même, dans Lector in fabula.

Car Luigi Carletti, apparemment comme dans son précédent roman Prison avec piscine (pas encore lu, mais ça ne va pas tarder) lorgne ici du côté du roman policier. Au détour des portraits alternés de ces femmes, le lecteur découvre qu'il y a des cadavres dans les placards, que des intrigues se mettent en place, des projets sont à l'origine de leur présence, des policiers sont en embuscade, et... je n'en dirai pas plus.

Et ici et là, Luigi nous donne des cartes, laisse entendre sinon les règles du jeux, au moins celles des enjeux :

"Il considère le football comme une formidable métaphore de la vie - ce sont ses propres mots. Car le football suppose avant tout une vision d'ensemble doublée d'une organisation tactique." Est-il bon de préciser que ces paroles sont celles d'un mort capable de prévoir les scores et le buteurs? Aah!

Et plus tard, comme en écho à l'ouverture du roman, une des six femmes s'interroge sur ses réactions "[...] elle avait peut-être besoin d'un moment tel que celui-là, d'un chaudron à émotions comme ce stade contenant trois fois la population de sa ville, pour réussir à regarder dans l'écume du présent. Pour regarder dans son coeur."

"Nos plans sont conçus pour faillir et pour amuser les dieux. Pour leur divertissement." Message subliminal à l'attention du lecteur? La lecture le dira mais l'information est là et elle participe donc à notre (énorme plaisir de) lecture. 

Un match à ne pas rater!

 

Signé Stéphane

__________________

* Reçu quelques jours plus tard, en DVD, par un trader italien...

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