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SERENDIPITY

Sea, sex and sun : sur Savages de Don Winslow - une lecture critique de Stéphane

10 Avril 2011, 15:31pm

Publié par Seren Dipity

A peine deux mois après mon retour de Tijuana, je repars. Tijuana 2, ze retour. La Californie du sud, à la frontière du Mexique, autant dire au bord du gouffre.

Je viens de découvrir un auteur incroyable. Encore une fois, j'avais repéré le type depuis quelques mois et la surabondance de livres à lire m'avait empêché d'assouvir ma curiosité (quelle vie de libraire de fous!) Mais Savages arrivait, je le savais, je l'avais noté depuis des semaines et là, plus question de procrastiner.

C'est Jules et Jimrevu à la sauce tex mex, trempé dans du western et grillé au roman noir. Oliver Stone est en train de bosser sur l'adaptation (avec Don Winslow) J'ai appris qu'une petite communauté de fans surveillent le bonhomme. Sur la quatrième de couv', une mise en garde de James Ellroy himself : "Réveillez-vous, les gars! Don Winslow, c'est le top!"

Eh bien, vous savez quoi? Ouais, je pense qu'il a raison le bougre. J'écrivais, en janvier, que Gillian Flynn avait écrit un des livres de mon Top10 2011. Venait ensuite Nunn avec Tijuana Straits. Des polars (?), vous allez me dire. Et alors? Y a encore des gens pour sous-estimer un genre aussi varié et riche de trouvailles?  Et c'est ma faute, hein, si aucun des romans de littérature dite blanche ne mérite, pour le moment, le top10?

savages-don-winslow.jpg

 

Par où commencer?  Par le début comme le recommandait Barthes*? Ou par les autres Seuils** comme le recommandait Genette***? La première phrase, qui, ici, est ce qu'il y a de plus proche d'un génial riff à la Keith Richards pour une chanson des Stones (par ex, Can you hear me knocking? iciou de Slash pour les Guns,  ça )?

Ou par la couverture? Jolie cette couv, tellement Sea, sex and drugs... couleurs new-age fluo et douces à la fois...

Mais, en réalité, si jolie que soit cette couv', croyez-moi, elle n'est là que pour un truc : vous préparer au choc de la première phrase.

Une première phrase qui fait office de premier chapitre.

Une phrase, un chapitre - radical, violent. 

 

Et là, le riff qu'il nous faut, c'est les Beatles (John) : Revolution !

 

Cet incipit est le (premier) choc du livre, le riff d'intro qui tue (littéralement?) et qui va revenir dans le roman, comme tout bon riff qui hante une oeuvre : 

"Fuck you."

 Et ce n'est que le premier des 290 chapitres qui composent et dynamisent (dynamitent !) ce roman génial.

Un western noir contemporain qui brasse toutes les cultures (littérature, musique, cinéma, sports, humour, politique, etc), tous les langages (SMS, acronymes, allusions, jargon des gangs, scientifique, poétique, théatral, sitcom, cinéma, etc) et, last but not least, des personnages incroyables. Il y a Jules et Jim (et Catherine, donc) : ce sont O. (Ophelia), Ben (le "gentil Ben") et Chon (militaire de retour d' "Irak'n'roll".) Il y a Lado "diminutif de "Helado", qui signifie en espagnol "froid comme la pierre" ", l'homme de main dont la main ne tremble jamais, même quand elle est prolongée par une tronçonneuse. Et il y a la Reine : la patronne du cartel. Une MILF qui sait être impitoyable... Et pleins d'autres petites frappes...

La vie est belle à Laguna Beach : les deux amis ont créé un petit business qui tourne du feu de Dieu. De l'hydro, une variété très qualitative de cannabis ("Responsable de plus d'orgasmes sur la côte Ouest que le docteur Johnson. [...] Vous filez ça au pape, il jouerait au frisbee avec des capotes qu'il balancerait de son balcon à une foule de fidèles en adoration. Leur dirait d'y aller. Dieu est bon, tirez votre coup.").

Avec ça, la vie est belle. Sea, sex and sun.

Mais le Cartel de Baja ne va pas laisser passer un business pareil : ils veulent leur part. Le deal est simple : refuser n'est pas une option. Certains y ont, littéralement, perdu leur tête.

Le flic véreux qui leur dresse le portrait du cartel conclut : "Vous voulez mon conseil, les garçons? Et la fille? Vous allez me manquer, votre pognon va me manquer, mais courez.

Courez vite et loin."

Pourtant, à la proposition (genre l'offre qu'on ne peut refuser),  Ben et Chon répondent : Fuck you. La classe.

Je n'en dirai pas beaucoup plus sur l'intrigue (O. est enlevée...) parce qu'une partie du plaisir vient du développement de cette guerre. Une petite partie : tout le reste, c'est la langue, la construction et l'humour.

Meilleur passage? Probablement celui là :

"Ben veut la paix.

Donnez sa chance à la paix, imaginez qu'il n'y ait pas de pays. Ouais, imaginez qu'il n'y ait pas non plus de Mark Chapman et voyez où ça vous mène."

Avec une note du traducteur, Freddy Michalski, sur Chapman : assassin de John Lennon. Ajoutons que la phrase "Donnez sa chance à la paix" (Give me peace a chance, en anglais) est une chanson de Lennon contre la Guerre du Vietnam, et que le reste de la phrase ("imaginez...") vient d'Imagine. J'ai ri quand j'ai lu ça. Si on m'avait dit un jour qu'une phrase sur l'assassinat de Lennon me ferait marrer...

Saluons d'ailleurs l'excellent travail de traduction de Freddy Michalsky(et, pour une fois -c'est trop rare, selon moi- le recours aux notes de bas de page pour expliciter les allusions, références et jeux de mots du texte.) Il avait déjà traduit Winslow pour ce qui semble être l'autre grand roman de l'auteur : La Griffe du chien (Point Seuil).

"C'est l'Ouest sauvage désormais, avec la guerre civile du Cartel de Baja qui fait rage au nord de la frontière."

Qui sont les sauvages du titre? Un indice : de chaque côté de la frontière.

Et je ne vous ai rien dit sur le final...

Courez vite... chez votre libraire!

 

Signé Stéphane.

________________________________

* Voir l'article de Barthes, Par où commencer?,  dans Essais IV.

** Seuils, Gérard Genette, Ed. du Seuil - sur le paratexte.

*** Oui, j'me la pète mais en réalité, ce sont les premières choses qu'un lecteur regarde : couv', quatrième de couv', début du roman - non?

Bonus :

Dix minutes d'intros :

http://www.youtube.com/watch?v=qM5zfltU7ek&feature=related

Et encore dix minutes avec les 30 meilleures intro rock

http://www.youtube.com/watch?v=gGVLDdoUSqU

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