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SERENDIPITY

This boy : sur Moi et toi, et Je n'ai pas peur de Niccolo Ammaniti - une lecture critique de Pierre, Alexandre et Stéphane

13 Septembre 2012, 22:22pm

Publié par Seren Dipity

Souhaitons la bienvenue à

Pierre

lecteur curieux et ouvert

qui devrait profiter de sa

"mise en disposition" * pour lire

encore davantage et participer au blog...

 

 

Moi et toi9782221125830.JPG

 
Seul et différent, Lorenzo est un enfant "pas comme les autres". D'après son psy il  souffre d'un d'un "ego grandiose". Il est agressif, limite violent, et il le sait, sa technique pour affronter les autres et faire plaisir à ses parents : le mimétisme de Bates,  c'est à dire faire semblant d'être comme les autres, "Je me fondais comme une sardine dans un banc de sardines. Je me mimetisais comme un insecte branche parmi les branchages" encore mieux "imiter les plus dangereux", mais à force de mensonges et pour ne pas chagriner sa mère il fait croire qu'il part en vacances de neige mais en fait il se prépare une semaine dans sa cave . Seul et peinard, c'est sans compter sur l'arrivée de sa grande demie-sœur, toxico.
La confrontation et la cohabitation dans cette cave, donne lieu a un  subtile échange, je  ne vous raconte pas la suite...
 
Et aussi.
C'est quoi un Cercopitheque ?
Découvrir les Murratis, la  viande Simmenthal, jouer à Soul Reaver, en buvant de la Ferrarelle.
Mais vous pourrez aussi reconnaître que les K19 est une sacré histoire.
Le mimetisne Batesien.
Une fin surprenante.
 
 A mon humble avis.
 
Moi et toi, est un roman tout en finesse et en délicatesse qui nous racontent la rencontre de deux êtres inadaptés qui peinent à devenir adultes - troublant et magique. On se laisse emporter, merci pour ce beau roman, un peu court peut-être.

 

 

Je n'ai pas peur**
JE-N-AI-PAS-PEYR.jpgDans la chaleur étouffante de l'été 78, dans Les Pouilles italiennes. Un petit village Acque Traverse. Un groupe d'enfants avec leurs jeux, courses, concours, ballades en vélo et ses hiériarchies.
Michele a  9 ans il est le narrateur, c'est un enfant actif, avec une conscience. Avec ses amis Rackham, Salavatore, Remo, Barbara et sa soeur  Maria, ils s'amusent comme tous les enfants de son âge. Une course et puis un enchainement de circonstances, un mauvais gage, une punition pour son amie Barbara  "C'était un gage exagéré, il y avait quelque chose de sale".
Il raconte simplement son histoire, comment il trouve un petit garçon qui a presque son âge, dans une vielle maison abandonnée, au fond d'un trou "l'enfant était dans le trou, je l'imaginais mort dans la terre", il découvre  "le secret" du village.
Comment ses propres parents peuvent-ils être impliqués dans une histoire aussi horrible, et surtout pourquoi, "Il a des choses qui semblent une erreur quand on .. Le monde est une erreur Michele".
 
Et aussi.
C'est où Les Pouilles ?
Découvrir, Tiger Jack et son ami indien Tex Willer, la 127, la gullietta bleue, le pecorinno, les nazionali et les midle sorte.
Voir le film de Gabriele Salvatore Io non ho paura : L'été où j'ai grandi***.
Ne pas oublier le contexte des années 70 en Italie où les enlèvements et demandes de rançon faisaient partie de la vie courante.
Une fin tragique et  inattendue.
 
 A mon humble avis.
Je n'ai pas peur, est un roman où la voix nous emporte. La narration par un enfant est un exercice difficile et pourtant ici ça marche, on entend la voix hésitante et les sentiments contradictoires de Michele, tiraillé entre l'amour de ses parents et  l'envie de sauver ce garçonnet qui a le même âge que lui, il décrit son incompréhension d'un monde adulte méchant.
C'est une écriture poétique et tendre sur un sujet terrifiant, entre polar et horreur.
Décidemment M. Ammaniti est un grand de la littérature italienne contemporaine.
 
Signé Pierre.
 
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162 pages. Quand vous les tenez entre vos mains vous vous dites, ah oui il sera vite lu. Trop vite lu, pour ceux qui raffole des romans fleuves. Certes. Une à trois heures suffisent. Mais de celles qui marquent. C'est dur de tirer juste ce qu'il faut en écrire pour ne pas gâcher l'envie. 162 pages à la louche 30.000 mots. Lesquels empruntés ? Arracher quelques feuilles à un jeune chêne, c'est lui faire prendre un risque. Mais un jeune chêne, reste un chêne, contenant toute l'énergie de l'arbre adulte. Lire un livre c'est un peu voir grandir un arbre. On ne découvre qu'à la fin l'envergure de sa ramure.

Parfois 162 pages marquent plus que mille.

 

Moi et toi sort de la bouche d'un enfant, Lorenzo. Un enfant que depuis toujours on dit « différent ». Différent de quoi, différent de qui ? On a mis du temps à l'entendre, mais quand le psychiatre diagnostiqua une hypertrophie du soi. Les parents de Lorenzo tinrent le diagnostique pour grotesque.

Lorenzo le reconnaît pourtant. En dehors de son cercle familial tout lui semble anormal. Ses parents eux sont parfaits. Et sa maman chérie il ne veut surtout pas la blesser. Alors Lorenzo a décidé de jouer la comédie de l'enfant normal aux yeux de tous. Il a fait semblant d'avoir des amis. De se sentir bien à l'école. Un grand théâtre pour ses spectateurs favoris, ses parents.

Un jour Lorenzo intercépte une discussion au collège. Olivia et quelques uns de ses camarades partent au ski à Cortina dans le chalet des parents de cette dernière. Cortina, Lorenzo connait bien, très bien, chaque descente, les meilleurs bosses les raccourcis, et lui aussi aimerait être invité, il le mériterait même. Le début d'un gros mensonge. De ce qui sortent trop vite de la bouche qu'on a pas le temps de rattraper même plein shuss. « Olivia m'a invité au ski ».

Bien sûr que sa mère elle en a les larmes aux yeux, son fils a des amis, qui l'invitent au ski, il est normal...

Arrivé là, le mensonge, Lorenzo ne peut plus s'en défaire. Pour faire illusion, il monte un stratagème, il va passer sa semaine dans une cave. Seul caché avec de l'autobrozant sur le visage. Et quand il reviendra ni vu ni connu du mensonge.

Lorenzo a tout prévu pour occuper son temps sauf... sauf Toi.

Bon parlons du style maintenant. Ammaniti est un sacré malin avec les mots. En trois ou quatre (dans une ambiance pas sujette à la franche rigolade, faut reconnaître) il parvient à faire naitre un joli petit sourire sur le visage. Testé et approuvé. J'ai observé ma femme plongée dans sa lecture.

On pourra aussi dire qu'Ammaniti a le don de parler d'un sujet grave avec beaucoup de légéreté. Ce qui fait que lorsque le grave fend l'air, il transperce et laisse sans voix. Et pour maintenir la légéreté le ton de Lorenzo est particulièrement ajusté à l'innocence de l'enfance.

Pour être complet il faudrait parler de l'auteur avec une plus vaste connaissance. Alors Stéphane, qu'est ce que tu peux nous en dire d'Ammaniti ?

 

Signé Alexandre

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AMMANITI--cSimona-Caleo587

 

Peut-être l'ai-je déjà écrit ici, le thème qui me touche le plus en fiction, c'est l'enfance et/ou l'adolescence brisée : ce moment terrible et fascinant où l'innocence est perdue et le personnage bascule -souvent dans la douleur- dans le monde des adultes, ou en reste au seuil de ce monde.

A quelques exceptions près, tous les romans et écrits**** de Niccolo Ammaniti traitent de ce thème. Cela fait de lui un des mes écrivains préférés.

CQFD.

Je n'ai pas pris une note pendant ma lecture. Je n'ai pas pris le temps de m'arrêter pour placer un de ses post-it colorés qui accompagnent normalement toutes mes lectures. Un petit livre qui se lit d'une traite, à la langue simple et puissante. Cette cave et cette rencontre pour Lorenzo, pour Ammaniti, pour nous, ce sont à la fois le rite de passage et la vie même (l'image de la matrice utérine n'aura échappé à personne). Une nouvelle fois Ammaniti construit un univers avec une langue et des personnages singuliers et profondément humains.

Le grand roman de Niccolo reste bien sûr Comme Dieu le veut. Là, sa palette de romancier se déploie avec ampleur et brasse toutes les nuances de gris de nos vies - comme sa puissance narrative, et son humanité.

 

Signé Stéphane

__________________________

* Petite présentation :

"Pierre, 59 ans, je viens de l'industrie optronique, autodidacte, caricature de «l'homme de terrain » qui a fait le tour du monde sans jamais rien voir.
Maintenant en «Mise en disposition», je me pose et je m' apercois que la vie n'est pas faite que de trains, d'avions et d'hôtels.
Avec pour passion, entre autres, la littérature, et une tendance pour la contemporaine étrangère et le polar.
Je voudrais juste partager cette petite sensation qui nous transportent vers des univers différents, quand le roman vous portent, s'imprègnent en vous, lorsque l'on a un belle histoire, que l'on découvre les mondes d'un autre.    
Et une petite citation.. pour le plaisir.
« Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les cultures de tous les pays. »
Gandhi."

** Ce roman a été publié initialement chez Grasset en. Cette édition est aujourd'hui épuisée. Laffont, qui a récupéré Ammaniti l'an dernier, avec La Fête du Siècle, ICI, a eu l'excellente idée de le ré-éditer (d'autant plus excellente que les résonnances entre les deux romans sont nombreuses).

*** L'été où j'ai grandi était la traduction française de la belle adaptation à l'écran. Elle fait justice à l'oeuvre d'Ammaniti. Moi et toi est en cours d'adapation par Bertolucci.

**** Voyez : http://fr.wikipedia.org/wiki/Niccol%C3%B2_Ammaniti 

Oeuvres publiées en français :

Dernier réveillon et autres nouvelles cannibales (épuisé)

Branchies (épuisé)

Et je t'emmène (épuisé)

Je n'ai pas peur  (Prix Viareggio)

Comme Dieu le veut (Prix Strega)

La Fête du siècle

Moi et toi

 

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