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SERENDIPITY

USA vs UNC sur Triple Crossing de Sebastian Rotella - une lecture critique de Stéphane

29 Avril 2012, 18:43pm

Publié par Seren Dipity

Dans la lignée (ou sur la Ligne - autre nom de la frontière) de Don Winslow ou de Kem Nunn et tout juste après l'immense Clandestin de Caputo, la premier roman de Sebastian Rotella s'imposait. La Frontière encore et encore, donc.

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Succès salué aux Etats Unis, où le roman a été sélectionné, par le New York Times, dans les catégories meilleur roman policier et meilleur premier roman, Triple Crossing est brillant et palpitant. Journaliste d'investigation spécialiste des questions d'immigration illégale et des problèmes liés aux trafics, Rotella livre un western noir très documenté, où, dit-il, tout est vrai : situations, détails, comportements, langages, violence, corruption.

Valentin Pescatore est un jeune agent de la Frontalière chargé d'arrêter les clandestins qui tentent massivement de passer la ligne et d'entrer aux Etats Unis. Et quand ce n'est pas des familles entières habillés comme pour le bal, son job est d'empêcher les trafics divers : humains, marchandises, drogues. Il doit composer également avec certains agents patrouilleurs qui n'hésitent pas à recourir à la violence (on lui explique qu'elle est même attendue des illégaux), au racket et à des jeux avilissants. Valentin lui, reste humain et donne souvent argent ou conseil aux immigrants.

Ca débute comme ça :

" Brouillard sur la frontière.

L'agent de la Patrouille frontalière Valentin Pescatore conduisait sa Jeep Wrangler à toute vitesse, plein sud à travers la brume. Pour chasser la gueule de bois et l'envie de dormir, il avait acheté une canette de Coca au bord de la route. Il avala une gorgée; le gaz lui monta au nez. Il freina pour prendre un virage, soulevant un nuage de poussière. Des lièvres détalèrent devant ses phares."

Une sorte de voyage au bout de la nuit commence. Avancer à toute berzingue dans un milieu dangereux et flou va devenir le quotidien de Pescatore pendant des semaines. Il ne le sait pas encore.

Une nuit, Pescatore va courir après un traficant qu'il a déjà arrêté. Dans sa soif de revanche et dans son élan, il va franchir la Ligne, au sens comme au figuré, et se retrouvé au Mexique - loin de sa juridiction et donc hors la loi.

Dès le lendemain, les services internes l'interrogent. On lui propose alors, pour échapper à des poursuites, de travailler comme agent infiltré dans la Frontalière, pour corroborer les soupçons de rapports illégaux entre son chef, Garrison, et les trafiquants mexicains. Très vite Pescatore va se retrouver infiltré non plus au milieu des siens mais au milieu des Mexicains, dans la gueule du loup - dans le clan Ruiz Caballero, devenus les nouveaux grands manitous locaux après avoir "décapité et absorbé les cartels du nord-ouest du pays".
Triple Crossing est une plongée vertigineuse dans la jungle de Tijuana, "un grand souk déjanté." C'est aussi la découverte d'une nouvelle dimension du terrorisme et du banditisme, la "Triple Frontière" : "A l'intersection du Paraguay, du Brésil et de l'Argentine. C'est un peu le Tijuana de l'Amérique du Sud. Le cœur du plan des Ruiz Caballero."
L'enjeu est complexe, non seulement "les narcos mexicains ont repris la place occupée  autrefois par les Colombiens, notamment pour la distribution aux Etats-Unis et le trafic en Europe." C'est déjà beaucoup... "Mais Junior est aussi en train de développer un circuit alternatif avec de nouveaux alliés, qui pourrait le rendre plus riche et plus fort que ses concurrents". La première partie a justement pour titre AQM (autre que mexicain) et donne les prémices de cette mondialisation du crime et du terrorisme. Cette "triple frontière" abrite ce que Rotella appelle les United Nations of Crime, les « Nations unies du crime ». La dangerosité de cette nouvelle pieuvre est qu'elle combine les anciens pistoleros sans scrupules aux politiques costard-cravates situés aux plus hauts échelons de l'état, Mexique et autres pays de l’Amérique du sud mais aussi aux Etats Unis.
En plus d’une intrigue policière et politique très bien ficelée, le premier roman de Rotella regorge de personnages forts et de scènes inoubliables (Mendez, le flic incorruptible façon Eliot Ness qui traque sans merci le crime et la corruption, tout en lisant une biographie du juge italien Falcone qui lutta contre la mafia ; Buffalo, tueur efficace et obéissant mais pas sans scrupules ; Puente, jeune agent américaine dont la raideur sera attendrie par Pescatore) Passant de l'univers des truands de tous bords à celui des flics intègres, le romancier est aussi efficace dans l’action que dans les descriptions. Le passage dans la prison de Tijuana  - véritable mini-ville surpeuplée où les détenus sont armés, organisés et cohabitent avec leur famille - est assez surréaliste et pourtant fidèle à la réalité.

A découvrir absolument.

 

Signé Stéphane

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