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SERENDIPITY

Bone Rules! * : sur Sous le règne de Bone de Russell Banks - une lecture critique d'Alexandre & Stéphane

8 Décembre 2011, 11:10am

Publié par Seren Dipity

Le narrateur porte un mohawk, quelques percing, et s'oriente avec peu de repères. Mère et beau-père alcooliques, père absent depuis ses 5 ans, sa vie n'est pas un long fleuve tranquille. A 14 ans, Chappie est à fond dans la fumette. Comme il n'a pas beaucoup d'argent pour payer son herbe (sa came dit son alcoolique de beau-père) il chaparde chez lui des trucs à revendre. Quand son beau-père s'en aperçoit, c'est la crise. Une porte claque, l'ado s'installe chez son pote Ken qui vit dans une espèce de squat partagé avec une bande de bikers toxicomanes.9782742708581.jpg

Chappie n'est pas un si mauvais garçon, il désire recoller les morceaux avec sa mère. Pour lui faire un cadeau de Noël et comme il n'a toujours pas assez d'argent, il vole dans un magasin et se fait attraper. Un piège se referme. La grande bascule de son existence.

Chappie part pour de bon et sa route le mène d'aventures en événements violents, de rencontres (de très belles rencontres et de beaucoup plus mauvaises) en expériences spirituelles, entre folie magie transe et sagesse, des États-Unis à la Jamaïque.

« De toute évidence elle ne me reconnaissait pas, maintenant que mes cheveux avaient repoussé et que je n'avais plus ni mohawk ni anneaux dans le nez et les oreilles, toutes choses qui autrefois avaient permis aux gens de ne pas vraiment me regarder et de ne pas voir mon visage tel qu'il est – ce qui, bien sûr, était le but recherché. »

 

Ce propos de Chappie est assez révélateur. Mohawk, percing et marque corporelle sont des signes d'identité **. Sous le règne de Bone  parle de l'adolescence avec ses prises de risques, sa quête d'identité, son besoin d'auto-détermination, ses expérimentations.

Avec son voyage Chappie mue comme le serpent perd son ancienne peau pour grandir.

 

En animant ce jeune homme torturé, observateur, doué d'un don pour embobiner les adultes, qui à chaque choix pèse le poids ses actions, Russell Banks prouve sa maîtrise de l'art de rendre avec réalisme des situations romanesques extrêmes.

 

Signé Alexandre.

 

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J'ai lu Sous le Règne de Bone il y a des années. Dix-huit, en fait. Ce qui me fait mal, rien que le décompte. C'est un roman que j'adore. Pour être honnête, j'adore le souvenir que j'en ai. Bizarrement, il est un des rares romans que j'ai hâte de faire lire à mes enfants que je n'ai pas relus. En librairie, je le conseille volontiers aux 'jeunes adultes' qui ont l'air vaguement rebelle, vaguement en quête de quelque chose. Aux plus curieux (ou aux plus polis qui m'écoutent patiemment) j'explique que Bone appartient à une trilogie imaginaire de la jeunesse à la dérive qui commence avec Huckleberry Finn et passe par Holden Caulfield dans L'Attrape-coeurs.

Trois romans subversifs : par la fuite, par les rencontres, par les rapports que l'adolescence entretient (ou pas) avec l'autre (souvent les adultes) et par le langage. Surtout par le langage.

Je ne peux résister au plaisir de partager les trois merveilles d'ouverture de ces trois livres. Je n'ai pas le livre en français, mais voici l'ouverture (pompé sur un site de vente en ligne) :

"Vous allez sans doute croire que j’invente pour avoir l’air mieux que je suis en réalité ou plus malin ou pour me vanter d’avoir de la chance, mais c’est faux. En plus, bien des choses qui me sont arrivées jusqu’ici dans la vie — je vais en parler sous peu — me feraient plutôt passer pour quelqu’un de mauvais ou de carrément bête ou pour une victime de circonstances tragiques. (…) Quoi qu’il en soit, mon existence est devenue intéressante, disons, l’été de mes quatorze ans. J’étais à fond dans la fumette et comme j’avais pas d’argent pour m’acheter de l’herbe je me suis mis à fouiner tout le temps dans la maison pour dénicher des trucs à vendre — mais il n’y avait pas grand-chose."

Voici maintenant le début de Salinger :

"Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez me demander c'est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d'enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m'avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j'ai pas envie de raconter ça et tout."

Et maintenant le début de Mark Twain (traduction de Hoepffner) :

"Vous savez rien de moi si vous avez pas lu un livre qui s'appelle Les Aventures de Tom Sawyer, mais ça mange pas de main. Ce livre, c'est Mark Twain qui l'a fait, et il a dit la vérité vraie, en grande partie. Certaines choses, il les a exagérées, mais en grande partie il a dit la vérité. Ca fait rien. J'ai jamais connu quelqu'un qu'a pas menti une fois ou une autre (...)"


Après cette lecture, j'avais lu pas mal d'autres Russell Banks (à ce propos un nouveau arrivera en 2012) et même si Dérive des Continents et De Beaux Lendemains sont sans doute des romans plus forts, Bone a un impact sur le lecteur qui reste longtemps.

Mine de rien, Alexandre vient de me donner envie de relire ce grand roman et, peut-être plus significativement, de me prouver qu'on pouvait lire Bone après 25 ans. Mais Alexandre est un rebelle, comme moi.

Comme disait Alan Sillitoe dans cet excellent roman anglais de l'école des Enervés, Saturday Night & Sunday Morning : "Once a rebel, always a rebel."

J'aime beaucoup cette phrase et j'espère vraiment que when I'm sixty four, je penserai encore qu'elle a un sens fort.

 

Signé Stéphane.

 

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* Le titre anglais du Banks est The Rule of the Bone, traduction de Pierre Furlan aux éditions Actes Sud et repris en Babel.

 

** Allusion faite au livre du sociologue strasbourgeois David Le Breton publié chez Métailié Signes d'identité : tatouages, piercing et marques corporelles.

 

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Jean-Philippe 10/12/2011 23:16


un de mes romans préférés, le meilleur Banks avec De beaux lendemain

Jean-Marc 08/12/2011 17:29


Je crois que mes deux préférés restent De beaux lendemains et Affliction. Hasard, les deux ont été (fort bien) adaptés au cinéma.