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SERENDIPITY

Brave new world/ Le Meilleur des mondes : sur Room d'Emma Donoghue - une lecture critique de Stéphane et Nicolas

8 Septembre 2011, 14:04pm

Publié par Seren Dipity

Jusqu'à maintenant, c'est le roman le plus bouleversant que j'ai lu de la rentrée.

 

C'est aussi le livre qui a provoqué une secousse existentielle : suis-je en traindonoghue de devenir un lecteur-auditeur plus qu'un lecteur-manuel? Oui, je sais, je relis la phrase et je sens bien que ce n'est pas très clair. Tous les jours, le matin et le soir, j'écoute des livres lus. En deux ans, cette autre pratique de la lecture m'a permis de découvrir des textes incroyables. Au départ, c'était pour remplacer ma lecture traditionnelle, assis, dans le train (ce qui était devenu Rémi-Juliennesque en voiture). Et, un jour, j'ai relu The Great Gatsby de Fitzgerald en l'écoutant. Et la musique du texte m'a sauté aux oreilles. L'expérience Max Brooks fut mémorable également, avec les multiples intervenants de cette histoire orale.

D'autres bons moments ont suivi, bien entendu, mais je vous épargne la liste.

Et, il y a quelques jours, je commence à écouter Room de Donoghue qui est sorti chez Stock. Le choc du livre, c'est d'abord l'histoire : un enfant de cinq ans, Jack, nous raconte son quotidien dans la pièce où il vit avec sa mère - très vite on comprend qu'ils ne sortent jamais, qu'ils sont enfermés ici depuis des années. Rapidement, et pour ne pas trop en dévoiler : quand il devient difficile de cacher la vérité à Jack, sa mère lui explique le Monde et cherche un moyen de s'évader...

Emma Donoghue a raté le Man Booker Prize de quelques voix (c'est La Question Finkler [ICI] qui l'a remporté - je me demande encore pourquoi) et une petite polémique a entouré la sortie du livre : elle s'est inspirée du fait divers sordide de l'affaire Fritzl, en Autriche.

Si certains ont peur du sujet, qu'ils se rassurent : le roman n'est jamais triste, larmoyant ou glauque. Emma Donoghue a eu l'excellente idée de prendre Jack comme narrateur. Gràce à lui, elle peut utiliser avec beaucoup de talent et d'efficacité  ce qu'on appelle l'ironie dramatique. Le lecteur comprend et sait davantage de choses que le personnage. Ici, ça donne une expérience de lecture inouie : vous passez de la tendresse à l'horreur en quelques secondes.

 

Room, c'est ça - l'expérience qui viole l'innocence.

 

Mon titre, Brave new world/ le Meilleur des mondes, est une des références culturelles citées dans le roman. Il y en a peu, et (donc) toutes ont du sens (Alice de Carroll revient souvent; les peintures au début du roman forment un décor chargé d'implications). Car outre un plaisir de lecture rare, avec des moments dramatiques dignes des romans policiers ou d'aventures , Room vous invite aussi à re-voir le monde et bouleverse vos conceptions du bien, du juste et de la liberté même.

J'ai cherché sur internet à savoir qui lisait, qui portait la voix de Jack - en vain. Ce qui est sûr, c'est que la voix de Jack, je l'entends encore.

 

IINDISPENSABLE.

 

Signé Stéphane.

 

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Pour moi c’est l’une des pépites de la rentrée. Un très beau roman, au style qui touche directement au plus profond.

Jack est un petit garçon comme les autres. Il aime sa mère d’un amour inconditionnel, il a fait de tous les objets qui l’entourent des amis, il adore Dora l’exploratrice qu’il regarde à la télé.

Jack nous raconte son quotidien, l’organisation de sa vie dans sa chambre univers. Mais bien vite, quelque chose nous semble étrange. Déjà, la présence fantomatique de Grand-méchant-Nick, puis cette impression d’enfermement. En effet, au cours du récit nous découvrons que sa mère et lui ne sortent jamais de cet espace, que Jack y est même né. Leur seul lien avec l’extérieur, c’est Grand-méchant-Nick qui les ravitaille et qui tous les dimanches apporte le « cadeau du dimanche ».

Le quotidien est réglé comme du papier à musique jusqu’au jour où sa mère lui révèle qu’il existe un monde dehors, que tout ce qu’il voit à la télé n’est pas que de la fiction. C’est un grand bouleversement pour ce petit être qui fête son cinquième anniversaire au début du livre. Sa mère lui dévoile également son projet d’évasion. Vont-ils réussir ? Je vous laisse le découvrir.

 

Un magnifique roman qu’il faut absolument lire. D’un sujet pas forcément gai, l’auteur arrive à faire un bel hymne à la vie, à la découverte du monde, à la liberté malgré l’enfermement. L’amour entre les deux personnages principaux est très touchant. Le dévouement de cette mère pour rendre la vie de son enfant plus belle nous fend le cœur. À consommer sans modération.

 

 

Signé Nicolas, libraire dans le 9-3.

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Marie-Cécile 15/01/2012 02:01


Quel enchantement que ce livre! Merci pour vos conseils, Stéphane. J'ai lu Room aujourd'hui et cela m'a bouleversé, cela faisait très longtemps que je n'étais pas restée accrochée à un livre
comme cela. J'avais terminé Blue Gene, mercredi, qui m'a énormément plu. Je vais me plonger dans le nouveau Nicolo Amanitti maintenant! J'ai hâte de découvrir vos prochaines suggestions