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SERENDIPITY

Thieves in the temple* : sur Les Voleurs de Manhattan d'Adam Langer - une lecture critique d'Alexandre

26 Février 2012, 15:24pm

Publié par Seren Dipity

Qu’est-ce que c’est que ce livre ? Un roman d’aventure, une série noire, un postiche éditorial, une photographie de la superficialité, une fantaisie jasper-ffordienne ?adam_Langer_voleurs_003.jpg

Premier point, il s’agit véritablement d’un page turner, autrement dit un ouvrage tellement excitant qu’on ne peut pas décrocher, grâce à une écriture qui taille plein gaz, sème des détails recroisés plus tard, et ne s’empêtre pas dans des chapitres de 50 pages.

Allons-y pour un résumé parmi d’autres.

Le narrateur, auteur de nouvelles systématiquement refusées par les éditeurs, est serveur dans un bar avec Faye une artiste aux cheveux roux qui travaille sur ses propres contrefaçons de tableaux célèbres, dégradés, déchirés ou percés, autrement dit des contrefaçons détournées.

Ian Minot sort avec Anya Petrescu qui a écrit un livre sur sa jeunesse à Bioucarest, en passe de devenir un phénomène littéraire après son passage sur une émission télévisée animée par la très en vue Miri Lippman. Sur son plateau on croise d’empressants éditeurs new-yorkais prêt à signer de gros chèques d’avaloirs.

Pour le moment la scène éditoriale est tenue par le phénomène Blade Markham pour son récit autobiographique Blade par Blade. Phénomène bling-bling et argot. « C’est pas la croix du Christ. C’est le T de véri-T, yo ».

Non seulement Ian n’aime pas Blade Markham mais en plus il ne croit pas une seconde en la véracité de son histoire. Dans un accès de rage et de dépit, Ian va se faire virer de son emploi après avoir déchiré le livre Blade par Blade que lit un client du bar, « L’homme Confiant ».

Ce que ne sait pas encore Ian, c’est que « L’homme Confiant », Jed Roth, écrit aussi et va lui proposer de rédiger à quatre mains une pseudo-autobiographie rocambolesque où il est question de bibliothèque incendiée, de voleurs de manuscrits rares, de l’unique exemplaire du Dit de Genji… mais CHUT ! Ça c’est la deuxième partie du roman. La deuxième partie ou le roman en lui-même ???

Mais alors qu’est-ce que c’est que ce livre ?

En vérité, Les voleurs de Manahattan est une sorte d’ovni complètement loufoque. Sa construction en trois parties, 1) réalité, 2) fiction, 3) mémoires, m’inspire l’image des matriochkas. On soulignera l’ajout par l’auteur d’un glossaire de termes choisis et utilisés le long de la narration, qui sont des références culturelles littéraires (une atwood, par exemple, est le nom féminin désignant une tignasse de cheveux bouclés, à l’image de l’auteur Margaret Atwood).

En fin de compte qu’est-ce que c’est que ce livre ?

Disons qu’aujourd’hui nombre de lecteurs ne lisent plus que des récits vécus, pour la facilité d’une certaine approche sensationnaliste de la vérité, au détriment des romans (qui pourtant s’efforcent de réinscrire une certaine réalité par la fiction).

La tentation est donc grande pour les éditeurs de publier des documents de vies vécues pour assouvir le voyeurisme du lectorat et faire du fric (des daisies écrirait Adam Langer). La tentation est grande de publier sans vérifier les sources, même si l’histoire a prouvé que certains sont des usurpateurs.

Alors si deux auteurs complémentaires décidaient par une arnaque littéraire de décrédibiliser certains éditeurs, de remettre à leur place les malhonnêtes et de réintroduire un peu de sens critique ?

Malheureusement pour Ian Minot l’affaire est plus complexe encore.

« Adam Langer livre le portrait plein d’esprit d’une société superficielle et d’un monde décadent d’éditeurs qui ne savent plus à quel auteur se vouer ». (Un éditeur).

 

Signé Alexandre

 

Adam Langer, Les Voleurs de Manhattan ( The Thieves of Manhattan), traduit de l'américain par Laura Derajinski (encore elle!), Gallmeister, collection Americana.

______________

* Prince

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