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SERENDIPITY

Carry that weight : sur Le Monde à l'endroit de Ron Rash - une lecture critique de Stéphane

26 Août 2012, 12:21pm

Publié par Seren Dipity

La découverte de Ron Rash en 2009, avec Un Pied au paradis (ICI), avait été une merveilleuse surprise. C'est Isabelle Reinharez, la traductrice, et les éditions du Masque qui nous avaient offert ce cadeau mêlant la rugosité de la terre (si importante chez Rash) à une langue riche et poétique, et un art très efficace du récit.

Dans Le Monde à l'endroit (The World made straight en v.o., publié en 2006), nous9782021081749.jpg retrouvons ces qualités et la manière dont l'auteur parvient à entrelacer le destin des hommes et des terres qui les entourent, les nourrissent, les font et  les défont. Le roman s'ouvre sur les notes d'un médecin, en 1850, où sont consignées des informations sur des patients, leur maladie et le traitement. Ces extraits de notes seront parsemés dans le roman et auront, vous vous en doutez, leur importance dans cette histoire.

Le chapitre 1 s'ouvre sur le déclencheur de ce drame :

"Travis tomba sur les pieds de marijuana en pêchant dans Caney Creef." *

Sauf que la marijuana en question appartient à Carlton Toomey, géant brutal et légende locale :

"Non, sûr que je suis pas simplet, reprit-il. Y en a qui me reprochent tout le mal qui se fait dans ce comté, ça va de vendre de l'héroïne, jusqu'à voler leurs sucettes aux mômes. Y disent même que j'ai tué ma femme. Pour d'autres y a qu'un enfant du bon Dieu qui peut chanter le gospel comme moi. Je suppose que je suis quelque part entre les deux, comme n'importe qui d'autre."

Travis est un adolescent en rupture scolaire, un peu à la dérive. Les hormones aux aguets, une soif d'autre chose. " Le garçon était impatient. Leonard le voyait dans sa hâte à grandir, à sa façon de conduire, et même à sa façon d'avaler son petit déjeuner, comme s'il s'attendait à se ce qu'on lui arrache le bol à tout moment. Impulsif aussi, et cette combinaison lui avait presque valu d'être tué par Carlton Toomey."

Leonard est un ex prof devenu dealer de drogues et d'alcool pour les gamins du coin. Lui aussi est à la dérive - sa femme est partie en Australie, emmenant sa fille à l'autre bout du monde et il vit maintenant dans un mobil home miteux avec une junkie qu'il n'arrive même pas à toucher. Et lui est aussi auréolé d'un tas de légendes de bad boy et de tireur hors pair.

Lorsque Travis s'accroche avec son père et quitte la ferme familiale, il trouve refuge chez Leonard et découvre l'histoire du massacre de Shelton Laurel pendant la Guerre de Sécession. Travis Shelton se passionne alors pour cette tuerie qui impliqua ses aieux et se lance dans des études, bien décidé à prouver à son père qu'il est capable de faire quelque chose de sa vie.

Bref, et pour ne pas en dire trop, "Tout était déglingué, le monde n'était plus d'aplomb**. C'était comme d'être sur un manège à la foire, tout, autour de lui, bruyant, aveuglant et tourbillonnant. Et dans ce tourbillon les visages de Lori, de son père et de Léonard entrevus un instant puis disparus comme de minces volutes de fumée."

Plusieurs fois au cours du roman et à travers ses personnages, Ron Rash insiste sur le poids des mots et leur résonnnaces à travers le temps.

Ce roman-là résonne puissamment.

 

Signé Stéphane.

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* La suite ICI (site du Seuil)

** D'où, sans doute, le titre du roman... et mon titre originel pour ce papier (avant le pari Beatles) : Redresseur de sort.

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