Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SERENDIPITY

Two of us* : sur Inséparables d'Alessandro Piperno - une lecture critique d'Alexandre

6 Septembre 2012, 16:26pm

Publié par Seren Dipity

    Lire Piperno ? On peut imaginer être sur une terrasse à Rome face à un ami volubile qui raconte une histoire prenante, disgressant du regard sur les fesses rebondies de passantes romaines, sans pour autant dériver de son propre raisonnement.9782867466250.jpg

    Lire Piperno ? Cela ressemble à un rêve où enfermer dans une voiture tombée à l'eau on observe la montée des eaux dans l'habitacle. C'est un rêve, rien ne peut nous arriver, mais cela reste très oppressant.

      Lire Piperno est une expérience, que l'on apprécie ou pas, parfois éprouvante, mais qui incontestablement ne laisse indifférent.

 

        Alors Alessandro qu'as tu as nous en dire de tes inséparables ? Sans doute préciserais-tu au préalable que ton nouveau roman posséde un frère jumeau. L'ainé s'appelle Persécution [voir ICI]. Il est paru en Septembre 2011 aux éditions Liana Levi. Il a obtenu le prix du meilleur livre étranger** et des commentaires de presse dytirambique. Accordons lui un ou deux paragraphes.

 

        Léo Pontecorvo est un professeur de médecine reconnu de la haute société juive romaine. Un soir en regardant le journal télévisé lui et sa famille apprennent que la petite amie de l’un de ses fils l’accuse d’avoir tenté de la séduire. Elle a douze ans, c'est une onde de choc.

        Rien dans l'existence de Léo ne l’a préparé à se battre. Depuis toujours il s’est déchargé sur sa mère et sa femme, Rachel. Au lieu d’affirmer son innocence, Pontecorvo se replie sur lui-même. Enfermé dans sa cave, refusant tout contact avec l'extérieur, il se remémore comment le piège s’est refermé sur lui…

 

        Léo a eu deux fils avec Rachel. Depuis le drame elle s'est reconstruite. Elle a ouvert un cabinet de pédiatrie dans la cave de la maison et a surmonté ses difficultés financières.

        Vingt cinq annnées séparent les frères Pontecorvo, les inséparables Filippo et Samuel, de cette funeste soirée où la réputation de leur père a été souillé publiquement.

        Filippo est marié avec Anna qui lui a apporté un confort matériel sur lequel repose sa paresse et grâce auquel il cultive son goût pour le dessin. Anna est une shoté (« Givrée » en argot juif). Dès leur rencontre dans un aéroport son exhubérence et son caractère versatile se sont affirmés. Rien d'étonnant alors qu'après lui avoir longtemps reproché son oisiveté elle s'offusque de son récent succés dans son oeuvre artistique qui le hisse sur les feux des rampes.

        Samuel, le cadet, est écrasé depuis son enfance par l'admiration vouée à son frère. Il est devenu un financier brillant dans le commerce du coton après l'obtention de son MBA à Londres et une petite carrière dans la banque. Samuel, le fils modèle, va bientôt se marier avec Silvia, la belle fille parfaite, qui se convertit au judaisme et noue une relation intime avec Rachel. En facade tout semble parfait. Pourtant derrière le crépis les murs se fissurent. Sa sexualité connait quelques revers et sa carrière est compromise.

   

Dans ce roman magistral, ponctué de mystérieux dessins, le sexe est présent presque à chaque page. La psychologie des personnages est explorée dans les moindres détails. Les références culturelles voyagent entre les Simpson et la mythologie. Les dialogues sont souvent cocasses (tout comme il est cocasse d'introduire son roman par deux citations l'une de Baudelaire l'autre d'André Agassi).

- D'accord. Et à ton avis quelle serait la façon raisonnable d'affronter la vacherie d'une bite qui se lève toujours sauf quand elle devrait ?

- Et bien, avant tout s'interroger sur quelques faits. Par exemple, qui a dit qu'elle est obligée de se lever quand, comme tu dis, "elle devrait le faire"? Qui a dit qu'elle doit le faire ? Le problème est peut-être qu'elle n'aime pas faire ce qu'elle doit. Que c'est une anarchiste. Une libertaire. Une anticonformiste... Quelqu'un comme toi.

-  Je te préviens que je suis le seul autorisé à faire de l'anthropomorphisme avec mon attirail. A lui prêter des sentiments humains et des choix conscients. Tu devrais te contenter de le recevoir de temps en temps.

 

Signé Alexandre

 

Inséparables, Alessandro Piperno, Editions Liana Levi, trad. Fanchita Gonzalez-Batlle.

 

_________________

* Pour des raisons évidentes.

** Inséparables vient de recevoir le très prestigieux Prix Strega (l'équivalent de notre Goncourt, en mieux).

Commenter cet article