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SERENDIPITY

Petits papiers : sur Le Pilon de Paul Desalmand - une lecture critique de Stéphane

22 Décembre 2011, 18:57pm

Publié par Seren Dipity

    Quand j'ai découvert ce titre dans le maigre programme de novembre, j'ai immédiatement noté ça dans mon petit carnet des titres à lire! Ça fait quatre ans que j'illustre tous mes articles de présentation de la rentrée littéraire avec une photo du résultat de toute cette production... Le Pilon :

630Pilon.jpg

 

Alors un livre qui a pour titre Le Pilon, pensez donc! __pilon.jpg

Et j'ai bien fait car ce mince roman de 160 pages est une mine, un concentré du plaisir de lire, du plaisir des livres. Comme si Paul Desalmand avait extrait la substantifique moelle de tous les volumes passés dans la machine à broyer le papier.

Le Pilon est le récit de la vie d'un livre, un petit volume élégant (il se comparera à un moment à tous ces livres produits rapidement, en quantité industrielle - aussitôt vendu ou aussitôt recyclé).

Voici l'ouverture, et quelle ouverture!

(le chapitre 1 a pour titre Je me présente)

"Un roman doit commencer par une gifle et se terminer par un coup de poing, me dit un jour un frère de papier. Pour un autre, il faut impérativement un cadavre dans le premier chapitre. Tous se méprennent sur mon projet. Je souhaite uniquement raconter ma vie de livre d'une façon linéaire. J'ai donc tout banalement commencé par l'entrepôt à la sortie des presses pour continuer par les librairies et les bibliothèques où j'ai vécu, qui furent le lieu de longues discussions entre compagnons de rayonnage. Je m'y étais fait un ami. Plus que tout, mes lecteurs, puisque je ne vivais que par eux." 

Ce petit livre, dont on ne saura jamais ce qu'il contient ou qui l'a écrit, va avoir une belle vie. J'évoquais récemment la phrase de Blanchot, "Qu'est-ce qu'un livre qu'on ne lit pas", eh bien la réponse est peut-être ici, dans le parcours de ce paquet de feuilles reliées : "Quoi qu'il puisse m'arriver, j'estime ma vie réussie parce que j'ai été lu."

Une belle vie, oui, passant de mains en mains; de librairie en bouquiniste; de belles heures dans un fauteuil aux réjouissantes étagères en compagnie d'autres livres. Un livre picaresque donc, pourchassé par Thanatos, sauvé par Eros. Dans ces miscellanées du livre-objet, le lecteur trouvera beaucoup de clins d'oeil, d'allusions, de références discrètes. Une certaine mythologie du livre. Beaucoup, beaucoup* - mais pas tout :

"C'est exactement ça. Je souhaite que celui qui me lit pense : il aurait pu en faire plus. Je veux donner du champ à son imagination. Lecteur, qui t'empêche de l'écrire, ce chapitre qui  te paraît manquer ou cette anecdote indispensable? Mais est-ce que tu as la patte?" **

Paul Desalmand, la patte, il l'a.

Petits papiers donc, mais grand petit livre!

 

Signé Stéphane

__________________________

* Finalement, peu d'extraits cette fois et pourtant, le livre contient de très nombreux moments où je me disais in petto, "ah ça faut que je le note!" mais j'avançais encore et encore, sans pouvoir m'arrêter...

** A propos de ce défi lancé au lecteur, un client à qui j'avais conseillé de lire Le Pilon est revenu tout aussi enchanté que moi par sa lecture et m'a offert sa réponse très velue et pleine de griffes... Lui aussi, quelle pate! Je vais demander à ce monsieur Dubreuil, s'il m'autorise à poster son texte.

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warnerfox 15/02/2012 10:14


Un "petit" commentaire pour vous exprimer mon désaveu sur "le pilon". Cela commence par une histoire qui n'est pas racontée comme je m'y attendais. Du coup, je m'ajuste, et cela n'est pas grave.
Mais la multiplicité des rencontres sans vraiment les approfondir est frustrante et quand la plus belle, selon le livre, "la mignonne" ne dure que 3 pages, je commence à m'inquièter. Quand cela
devient intéressant et que le livre appartient à un Président, je me dis "ah ah", et puis non. Mais l'auteur explique : "si tu veux en savoir plus, lecteur, t'as qu'à l'écrire car tous le monde
peut écrire. Celui qui n'écrit pas est un fainéant". Là je dis stop : si tous le monde peut écrire (merci Levy, Musso et Cie), tout le monde n'est pas capable de raconter une histoire (et
personnellement je n'ai la prétention d'aucun des deux). Donc, une pirouette pourquoi ? parce que l'auteur ne sait pas quoi dire ?


Pourtant, il sait faire étalage de ses connaissances, de son savoir, de ses anecdotes, le livre n'est qu'un prétexte à cela (et je concède que souvent, ses anecdotes, ses citations, sont
pertinentes et amusantes...mais je voulais lire une histoire, pas un dictionnaire).


Viens là fin et ce discours sur l'Afrique : d'abord "le nègre" ? Vraiment ? (je cherche encore un jeu de mot, peut être en rapport avec celui qui écrit à la place d'un autre, mais je ne trouve
pas). Le "nègre" répété plusieurs fois. Heureux d'être expulsé et de rentrer chez lui ? Vraiment ? Dans une Afrique qui en est encore à être représentée par une jungle et une case. Vraiment ? Une
Afrique dont l'auteur dit qu'il faut la laisser se débrouiller toute seule. C'est à dire ? Après l'avoir dépouillée de tous ses biens ? Après l'avoir agressée, volée, dénaturée pendant plusieurs
siècles ? L'auteur tient là un discours paternaliste proche du colonialisme tout à fait édifiant. J'ai relu plusieurs fois ces dernières pages tant j'avais du mal à en croire mes yeux.


Et puis des lieux communs : l'Afrique c'est mieux que l'occident car l'Occident est corrompu par la compétition instaurée dès la maternelle. Vraiment ? Mais cela fait combien de temps que
l'auteur n'est pas allé dans une classe. Cela fait une éternité que les élèves n'ont pas, n'ont plus, l'esprit de compétition, qu'il n'y a pas / plus de classement dans les écoles, collèges,
lycées...qu'on ne récompense plus les premiers de la classe.


Une déception donc, et devant le flot de bonnes critiques, je tenais à faire partager mon avis.


PS : merci pour le blog en tous les cas, je prends plaisir à y piocher différentes lectures.

Seren Dipity 16/02/2012 09:46



Eh bien! Un commentaire plus long que l'article et presque aussi long que le livre même, c'est rare! J'imagine que nos attentes n'étaient pas similaires. D'ailleurs je n'en avais pas, ce qui est
toujours mieux.


Malgré tout, je trouve que cette vie de livre ne manquait pas de charme, y compris dans l'histoire picaresque de ce bout de papiers reliés.


Merci, en tout cas, pour le mot sur le blog même : après tout, je suis responsable du blog, et non du Pilon.


A bientôt, et bonnes lectures!