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SERENDIPITY

Michèle* : sur "Oh..." de Philippe Djian - une lecture critique de Stéphane

19 Septembre 2012, 22:55pm

Publié par Seren Dipity

Philippe Djian sort pour la rentrée littéraire : "Oh... Ouah... Yeah..."

Ah! Hahaha!!! Il n'y croit pas, son éditeur non plus, mais ça serait chouette qu'il vienne semer le trouble dans cette grande messe des lettres. Hihihihi!

D'ailleurs il a commencé.9782070122141

Djian est venu sur le plateau de La Grande Librairie et y a foutu un peu le bordel. C'est déjà ça! Face à Busnel qui le questionne sur son roman, il recadre : oh... le pitch, y en a pas de nouveaux depuis Shakespeare...

Le père de Michèle est en prison pour un carnage (78 victimes) dans un club Mickey... Oôôôh, quand même...!!! s'exclame Busnel!

Bah, oui... C'est gros, c'est con. Ça n'a pas de sens (encore que). Mais c'est pour le fun (Djian aime Bret Easton Elis alors le fun, ça le connaît -oh yeah, baby! quelle blague!) Il dit que, de ses années américaines, il a gardé l'idée de l'entertainment. Il a le sens de la gaudriole et du sensationnel.

Mais ça, on s'en fout puisque...

... il est là pour la langue.

Et là, la pauvre Amélie Nothomb (21ème saison, toutes ses dents) apprend, au passage, qu'il ne connaît pas son travail... Oh, s'écrit-elle in petto : tout ça pour rien?

Bah, ouais, c'est moche, hein? Barbe bleue, ce soir, c'est lui! Il va tous les bouffer. Oh, ça oui, pour l'entertainment, on peut lui faire confiance à Philippe!

N'empêche, il m'a bien fait marrer. Ou plutôt, c'est l'embarras de Busnel qui m'a bien fait marrer! Il a fait court, finalement avec Djian. On sentait bien que l'interview avait été préparé mais s'orientait pas sur la langue mais sur l'histoire... Alors forcément...

Bref.

Donc, l'histoire? En quelques mots**, Michèle se fait violer chez elle. Troublée et sonnée, elle se relève et pense que son fils (quel branleur celui-là) doit venir avec sa nouvelle copine et le chiard qui n'est même pas son petit-fils (ou fille, je ne sais plus, mais de toutes manières, on s'en fout de l'histoire). Bref, elle doit finir de préparer le repas (je ne sais plus ce qu'ils mangent, mais on s'en fout). Et après, on découvre la vie assez perturbée de Michèle : sa mère est une vieille cougar (oui, je sais! mais on s'en fout) qui veut se marier avec un jeune trou d'uc', son père est mourant (le tueur de Mickey, Donald & Cie), son fils est un crétin, son ex-mari n'est pas si ex, son amant en passe de devenir un ex-amant, etc, etc, etc.

Mais tout ça, on s'en fout.

Reste quoi?

Reste la langue.

Oh...

Ca débute comme ça :

"Je me suis sans doute éraflé la joue. Elle me brûle. Ma mâchoire me fait mal."

Première personne, donc. Et une femme. Mais d'entrée de jeux, la voix est blessée. Et pourtant c'est par cette mâchoire douloureuse et ce visage abîmé que Djian vous entraîne dans un vertige SM soft (pour ceux qui aiment les oxymores genre viol consenti et désiré). C'est le bon sens un peu cynique et le sens de la formule qui pique qu'on remarque chez Michèle. A propos de son agression : "J'ai connu pire avec des hommes que j'avais librement choisis."

Malgré tout, la voix de Michèle - la langue de Djian - reste simple, presque lisse dans le bon sens du terme. Fragile. C'est d'ailleurs le vernis du personnage; sa mère lui reproche sa quête d'une "version aseptisée du monde" - sans faire de la psychologie de comptoir, on peut imaginer que ça compenserait pas mal avec sa filiation du mass murderer à la sauce Disney.

Le vernis lisse de Michèle (et de sa voix) craque après l'agression. Mais le processus est lent, et la langue de Michèle (et sa sexualité) est à l'image de cette mue, tantôt simple et calme, tantôt complexe et mordante.

"J'ai une sainte horreur de cet étalage de sentimentalisme qui nous saisit, l'un ou l'autre, ici et là, à l'occasion d'un souvenir ou d'un verre et qui nous rend, stupidement, presque larmoyants. Stupidement, car sans aucune espoir d'amélioration. Aucun espoir de se racheter de son côté, aucune chance d'effacer la tache - en cela il rejoint mon père, cette aptitude à être damné, car leurs actes irréparables les ont à jamais privés de rédemption, les ont bannis."

Mais, à part ça, c'est quoi le pitch?

Demandez à Djian, si vous l'osez.

 

Signé Stéphane. 

 

___________________

* Prénom du personnage central du roman. Ce titre-là était facile et s'imposait. (Pour les nouveaux, voir la note de bas de page, ICI)

** Puisqu'il faut bien passer par ça, non? Un clin d'oeil perso : un jour, une cliente m'a demandé de lui conseiller des livres mais sans lui parler des histoires. J'ai hésité un moment -la demande était peu commune, mais je sais maintenant qu'elle me testait. Cette jeune femme est devenue une cliente régulière. Une précision, elle travaille dans le cinéma - comme Michèle.

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