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SERENDIPITY

Lost in the trees* : sur Cheyenne en Automne de Willy Vlautin - une lecture critique d'Alexandre

6 Avril 2012, 14:03pm

Publié par Seren Dipity

Charley devient un ami. Un frère. Ou un fils. De le connaître rend heureux. De le quitter attriste.COUV_VLOTIN_CHAYENNE_willy-vlautin1.jpg

Charley, 15 ans, aime courir. Pas seulement pour incorporer une équipe de football. Sa façon de fuir. Même s’il l’aime son père. Son père aime avant tout ses plaisirs. Les femmes. La fête. L’alcool. Les emmerdes qui vont avec. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Ils sont arrivés à Portland, en Oregon, une semaine avant. Pour un boulot de cariste, un boulot sans lendemain de plus. En laissant quasiment toutes leurs affaires dans l’état de Washington. Mis à part quatre chaises, des gamelles, des casseroles, des poêles, leurs fringues, la télé, le lit de son père. Dans deux cartons et un sac poubelle, deux coupes, des bouquins et des photographies. Loin du Wyoming et de sa tante Margy. Loin de sa mère qui vit on ne sait où. Loin de Spokane. Loin de ses copains. Pour un quartier des années 40 en piteux état, le Delta Park. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Par-delà les entrepôts, en passant sous les ponts, par-delà les ateliers, casse automobile et autre magasin de pièces détachées de pièces automobiles, un champ de courses. Avec les chiens, les chevaux sont les animaux préférés de Charley. Même si en dehors de la télé il n’en a jamais aperçu qu’au rodéo. Après quelques pompes, Charley court sur le chemin du retour.

En rentrant il tombe nez à nez avec une femme. La quarantaine. Une rousse pas très jolie. Le bout des seins pointant sous son tee-shirt. Culotte noire transparente. Lynn est mariée. Enfin séparée. Son mari vient des Samoa. Un balèze « à ce qui paraît » déclare son père.

Lorsque Charley court, invariablement, le champ de course. Il y rencontre Del. Un vieux, vulgaire, pervers, lunatique, roublard qui tue ses chevaux aux courses. Se sont des quater horse poussés à bout, soignés à moindre sous, dopés, revendus. Parmi eux, Lean on Pete. Les chevaux sont pas comme les chiens, faut pas s’y attacher. Tout le monde lui dit, rien n’y fait. Charley s’y attache à Lean on Pete. D’autant plus quand Del l’embauche comme lad.

Charley se trace une nouvelle vie avec son travail. Il a de l’argent et peut se nourrir à satiété. Des hamburgers, des sodas. Il a toujours faim Charley et le frigo n’est pas toujours plein. Mais le Samoa jaloux n’entend pas se faire piquer sa femme sans réagir. En pleine nuit, des coups sur la porte, le père de Charley ouvre, une bagarre éclate…

Cheyenne en automne est un roman initiatique. Sa langue n’est pas poétique, épurée. Les phrases sont rarement composées de plus de dix mots. S’enchaînent, filent, fusent, invitent le lecteur aux moindres faits et gestes du quotidien de Charley, à sa table, dans son lit, partout. Ce n’est pas un mauvais garçon, il ne se drogue pas, fume pas, boit pas. Tout ce qu’il veut c’est courir, entrer à l’école, s’entraîner au football, manger et s’occuper du cheval, son ami, son confident. Ce sont les circonstances qui le valdinguent d’aventures en mésaventures. Quand il dérape, vole, fait une connerie, il se sent minable et court.

willy-home.gifIci, les chevaux sont traités comme les hommes, exploités, sacrifiés sur l’autel du profit. Loin des grands espaces de liberté. Normal que Charley se prenne d’amitié pour Lean on Pete, d’une certaine manière, l’animal est son double.

Cheyenne en automne est un road novel dans une Amérique miséreuse des laissés pour compte. De rencontre en rencontre, d’adultes, de vieux, d’adolescents et d’adolescentes, paumés, drogués qui vivotent dans des maisons crado, des caravanes, des foyers d’accueil, des ranchs en ruine. Une Amérique métissée de sang indien, mexicain ; Amérique des petits boulots, de l’obésité, de la malbouffe. Une Amérique des trahisons, souvent violente et parfois emplie d’humanité. D’état en état, sur plus de deux mille kilomètres, Charley SDF se démerde pour survivre et avancer avec en ligne de mire le Wyoming.

Un roman tendre et désespéré, écrit à la première personne, d’une voix pure.

 

Signé Alexandre

 

Cheyenne en Automne ( Lean on Pete), traduit par Luc Baranger. Ed 13ème Note.

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* Willy Vlautin est aussi chanteur, au sein du groupe Richmond Fontaine :

http://www.youtube.com/watch?v=3mBWHXCPoGg

Voir aussi son dernier roman publié en France, Plein Nord, ICI

Et le site de l'auteur :

http://www.willyvlautin.com/

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