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SERENDIPITY

Le riz au lit : sur L'Echappée Belle d'Anna Gavalda - une lecture critique de Stéphane

3 Novembre 2009, 21:50pm

Publié par Seren Dipity

Le nouveau roman de Gavalda...
_ n'est pas un roman.
C'est ce que nos amis anglais appellent a novella. Plus gros qu'une nouvelle mais pas assez pour être un roman et...
_ n'est pas même nouveau.
C'est un texte commandé en 2001, pour le Noël de quelques lecteurs. Mais Anna l'a entièrement revu et augmenté. Je n'ai pas le texte initial, donc je ne peux pas comparer. Ce qui est sûr, c'est que la fin (excellente) a fait parti de la révision : la bande originale qui accompagne ce dénouement contient des morceaux post 2001. Des bonnes chansons, d'ailleurs. Anna Gavalda a une bonne discothèque. Je ne vais pas encore vous faire le coup de Springsteen... et pourtant! Deux morceaux dans cette longue liste de titres qui accompagnent les personnages. J'aime beaucoup ce passage. Et c'est pour ce genre de détails que j'aime Anna. Elle sait qu'une vie bien vécue, c'est une vie avec une belle BOV : bande originale de vie*.


Depuis notre rencontre en 2000, je reçois chaque nouveauté avec une petite dédicace. Comment voulez-vous ne pas aimer une fille comme ça?
Quand j'ai reçu L'Echappée belle, j'avais un livre en cours de lecture. Mais dès le lendemain soir, je m'installe bien au chaud dans mon lit douillet. Et j'ouvre le livre...
Et là, quelques petits grains de riz tombent des pages ouvertes.
C'est pas terrible, ça?
Si, c'est terrible. Les grains de riz dans le lit, ça gratte. Nan, j'déconne. J'ai trouvé l'idée adorable. Ce sont tous les grains de riz que la clique des frères et soeurs ne jetteront pas à ce mariage triste où ils sont invités. Ils se cassent avant la cérémonie, ils vont rejoindre le quatrième laron qui manque à l'appel. Et ils vont s'offrir un dernier week-end de gosses, tous les quatre enfin réunis, comme un pied de nez à la vie d'adultes, monotone et routinière.
Tout le reste, c'est du Gavalda pur jus (du bon vin, des personnages vrais et attachants, de la complicité et de la légèreté) C'est une bonne recette et elle fonctionne. Parce que Gavalda, comme je le dis depuis dix ans (putain, 10 ans, Anna, ça nous rajeunit pas) sait y faire en relations humaines. Faut aimer les gens pour les regarder comme ça, avec curiosité et tendresse. Faut être une sacrée conteuse pour faire passer tout ça aux lecteurs.
Anna Gavalda, c'est ça.
Je me souviens, à la sortie d' Ensemble, c'est tout : une cliente était revenue me voir, pour me remercier de lui avoir conseillé le roman. Elle avait les larmes aux yeux, tellement elle avait été touchée par cette lecture.
Oui : à l'époque, il fallait encore faire découvrir Gavalda à certains. Aujourd'hui, non. Tant mieux pour Anna. La Consolante a peut-être un peu changé la donne. Je sais que des lecteurs n'ont pas été entièrement conquis. Il fallait les rassurer. Oui, le début est long et répétitif mais c'est fait exprès et ça a du sens dans l'histoire. Oui, après la page 200, vous aurez votre Gavalda que vous connaissez.
Faut tout faire, je vous jure.
J'vais pas vous faire la totale. Voilà le nouveau Anna Gavalda et, comme elle le dit, c'est une "petite cavale légère et court vêtue". Avec l'arrivée de l'hiver, je suis preneur. Au printemps, en terrasse, avec une bonne bière (une Leffe par exemple - à la tienne Nono!), je l'aurais été aussi.
Merci Anna.

L'exemplaire du livre était accompagné (en plus du riz) de ce petit mot de l'auteur...


Le blabla de l’auteur :
 
C’était en 2001, je venais à peine de terminer la rédaction de Je l’aimais quand France   Loisirs   m’a   commandé   une   histoire.  Un   cadeau   pour leurs  fidèles adhérents.
Comme j’étais toute courbaturée (baby-blues du manuscrit à peine envolé et tout le cinoche habituel de l’auteur en manque de ses personnages), j’ai décidé de me remonter le moral en troussant fissa une petite cavale légère et court vêtue.
 
J’écrivis donc cette escapade champêtre. Une journée gaie, tendre, bruyante, en compagnie de frères et sœurs qui enterrent leur vie d’enfants. Des gloussements dans l’habitacle, des jurons, beaucoup de mauvaise foi, de l’herbe, des aoûtats, des bouteilles de sancerre au frais et de la bonne musique tout du long (de Dario Moreno à Kathleen Ferrier en passant par Bambi et Patachou, de la pure compil’).
Je rendis ma rédac’, les fidèles eurent leur petit Noël et je passai à d’autres rêveries.
 
Sauf que, depuis 2001, chaque fois que je vais à la rencontre de lecteurs, il y a toujours un moment où l’on me demande quand ce fichu texte sera enfin réédité. Quand ? « Bah, j’élude dans le vague, un jour, peut-être… » J’en restais là. Je craignais que ça sente un peu le rossignol, cette idée de faire un livre neuf avec un autre qui existait déjà. Enfin, vous voyez le genre… Le genre de ce genre de pudeur- là… Seulement l’année dernière – Consolante oblige – je me suis vraiment échappée moi aussi, dans des dizaines de librairies de Lille à Toulouse en passant par Vannes et Aubervilliers et, chaque fois, toujours, cette même question revenait sur le tapis. En plus maintenant y avait Internet, et le texte était devenu hyper-cher, et c’était nul ce truc de spéculation, et ma voisine qui ne veut plus me le rendre et tout ci et tout ça.
 
Dans les derniers tours de ce marathon, je fis une ultime causette en médiathèque et là, assise au fond, à ma gauche, je m’en souviens, une dame qui n’avait rien manifesté ni posé aucune question a levé le doigt comme à l’école au moment où les chaises raclaient le signal du départ, m’a regardée droit dans les yeux, m’a tenue en joue et m’a intimée gentiment, mais fermement, de libérer enfin cette fratrie en goguette.
Parce que non, pas eux, ça ne leur ressemblait pas du tout d’être ainsi confinés, cotés, happy fewisés, éloignés, tenus. Tenus à distance. Distants.
Alors j’ai promis et lui ai demandé son prénom.
 
Je suis revenue à la maison, le temps a passé et les promesses aussi. Et puis l’autre jour j’ai emprunté son exemplaire à ma voisine, justement. Je me suis relue, j’ai ricané de bon cœur, j’avais oublié toutes ces bêtises, j’avais tout oublié. J’ai repris le texte, je l’ai retravaillé (à la manière d’une qui restaurerait son tableau : rentoilage, retouches, éclat des couleurs, jeux d’ombre et de lumière), j’ai choisi les grains de riz de la couverture et j’ai écrit un prière d’insérer pour cette main levée.
 
Pour Françoise. Françoise de Montpellier. Pour qu’elle sache que je ne l’avais pas oubliée.

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Ca, c'est du Gavalda pur jus de Sancerre, les amis.
C'est vrai que ça gratte, les grains de riz dans le lit.
Mais vous souriez.
A l'espièglerie d'Anna.



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PS : riz au lit... elle est bonne celle-là!!!


* Anna, si par hasard (ou par le truchement de Claude) tu lis ces lignes : vu la BOV, je me suis dis que tu devrais écouter Mina Agossi, si tu ne connais pas. Sa reprise de Third Stone d'Hendrix est une merveille. Et, puisqu'on en est là, sur l'album de Pyeng Threadgill, je préfère le morceau suivant le tien, Power Trip, et, après j'arrête -promis-, je suis un collectionneur de versions de My Funny Valentine... pour le moment, Rickie Lee Jones l'emporte pour la version chantée et Jacky Terrasson pour l'instrumental. Avec ça, tu étais certaine de m'avoir!

Signé Stéphane

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Leray Manon 09/08/2010 13:36



Quel plaisir de lire du Anna Gavalda!


Toujours cette fraicheur, cette joie de vivre, ces personnages comme monsieur et madame tout le monde dans lesquels on se reconnait et à qui on s'attache dès la première phrase, dès les premiers
mots.


Merci à cette grande auteur qui ne nous décoit jamais et qui nous emporte avec elle le temps de quelques pages...