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SERENDIPITY

Le Fabuleux Destin de Scarlett Johansson : sur La Première chose qu'on regarde de Grégoire Delacourt - une lecture critique de Stéphane

19 Mars 2013, 21:22pm

Publié par Seren Dipity

Ça débute plutôt bien :

"Arthur Dreyfuss aimait les gros seins."9782709642866-0-1559125.jpg

Et ça continue!

Arthur Dreyfuss* est mécanicien, dans un garage multimarques (symbole important). Il vit seul dans une petite maison, dans une petite ville, dans une petite vie. Un soir, on sonne à sa porte, il ouvre. C'est Scarlett Johansson, en chair et en os. Et en seins.

Arthur Dreyfuss l'a fait entrer. Dans sa petite maison, dans sa petite vie.

La Première chose qu'on regarde, c'est Les Fabuleux Destins d'Arthur et de Scarlett... Car ces deux là en ont vécu des choses pas drôles avant de se rencontrer. Ils vont en vivre des belles après leur rencontre. Et la référence au merveilleux film de Jeunet ne vient évidemment pas de ses passés aux cicatrices si douloureuses des personnages. C'est bien sûr dans le montage et la narration qu'il faut chercher : digressions (im)pertinentes, notices biographiques expresses, détails géographiques superfétatoires, recettes insérées dans le récit. Et un ton, une façon de voir le monde, une goût pour les petits riens qui font la sève de la vie. Les lecteurs de La Liste de mes envies retrouveront cette patte Delacourt : "Saluer la grâce ordinaire, par exemple. Ennoblir la simplicité."

Pour être honnête, à un moment de ma lecture, je me suis demandé si Grégoire Delacourt n'abusait des formules (il est publicitaire, les formules, c'est son gagne-pain) :

"Comme beaucoup de gens malheureux qui veulent se perdre pour qu'on les retrouve."

Mais il continue :

"Des histoires de veines mal coupées, de médicaments mal dosés. Des appels, toujours; des cris. Et pour finir, un filet de voix qu'on ne comprend pas et qui s'égare.

Arthur Dreyfuss, magnifique en marcel et en caleçon Schtroumpfs, ouvrit une nouvelle Kro, la lui offrit cette fois, et posa à nouveau sa question : Qu'est-ce que vous faites ici, Scarlett?

_ Je veux disparaître quelques jours."

Et plus je lisais, plus je trouvais que non. Vraiment. Non. Grégoire Delacourt est malin, doué et d'une sensibilité incroyable. Car les mots, et les formules, non seulement sonnent juste mais elles sont toujours pertinentes, au coeur du coeur de ces personnages cabossés.

"Arthur possède un don très beau. Il ne le sait pas vraiment, mais il sait réparer tout ce qui est cassé."

scarlett-johansson-9.jpgGrégoire Delacourt nous emmène dans cette histoire rocambolesque et on se dit, ça ne va pas tenir. Erreur. Il est malin, je l'ai dit, et il arrive à nous surprendre, à nous toucher avec cette histoire au début fantaisiste. Impossible, évidemment, de révéler quoique ce soit de ce roman où l'on croise Elyzabeth Taylor, Angélina Jolie, Ryan Gosling "en mieux" et bien d'autres personnages haut en couleur.

D'une fausse légèreté, La Première chose qu'on regarde parvient aisément à faire naître ce sourire que Grégoire Delacourt a souhaité faire apparaître sur mon visage de lecteur, dans sa dédicace. Et ce sourire n'empêche pas des moments plus graves, sur le deuil, la perte, les silences, l'oubli. Des moments justes, tendres, profonds.

Touchant, délicat, surprenant - La Première chose qu'on regarde possède toutes ces qualités. Celles que j'avais trouvé dans le Fabuleux film de Jeunet, et ça, c'est un énorme compliment.

A ne pas rater.

 

Signé Stéphane

_____________________

* La première surprise, c'est le nom du personnage : Arthur Dreyfus(s)? L'auteur de cet excellent roman sorti en 2012, Belle Famille, aurait-il une double vie de garagiste?  (La question est d'ailleurs posée dans le roman, par une bibliothécaire...) J'ai rencontré Arthur Dreyfus (avec un seul S, donc) à l'occasion du Prix Landerneau, et pendant toute ma lecture de La Première chose qu'on regarde, je le voyais...  En garagiste, il n'est pas très bon Arthur, par contre en lecteur de Jean Follain, ce poète oublié cité en permanence ici, là oui, c'est jouable... Point commun avec le vrai Arthur Dreyfus : sa capacité à nous surprendre.

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