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SERENDIPITY

"La justice est aveugle (et l'injustice aussi)" : sur Persécution d'Alessandro Piperno - une lecture critique d'Alexandre & Stéphane

17 Août 2011, 12:35pm

Publié par Seren Dipity

Léo Pontecorvo dîne auprès de sa femme et ses deux fils, télévision allumée, quand le présentateur annonce la nouvelle. La petite amie de son cadet, une gamine de douze ans, l'accuse d'avoir tenté de la séduire. Léo devrait se lever et clamer son innocence, au lieu de quoi l'homme se tait. D'ailleurs tout reste coi la pièce, la maison, même la ville. persecution.jpg
Et paradoxalement c'est dans cette immobilité silencieuse qu'on apprend ce qui est arrivé à ce professeur émérite en pédiatrie, issu de la bourgeoisie juive romaine, carriériste et médiatique. Du comment Léo s'est laissé enfermé dans cette impasse. Des moindres détails de sa vie privée, familiale et professionnelle. Du pourquoi il ne se bat pas. Car l'homme qui se tait, se terre.
La diégèse* de ce livre énigmatique, illustré de mystérieux dessins, est prise en charge par un narrateur omniscient qui se permet tantôt d'interpeller le lecteur , tantôt d'apostropher le professeur avec certaines familiarités.
Un coup de poing magistral et virtuose, une analyse psychologique et sociologique méticuleuse et dense.
 
Signé Alexandre.
 
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Comme j'aime à le répéter, je ne m'intéresse que rarement à la biographie des auteurs que je lis. Je me contente de ce que Roland Barthes appelait des biographèmes**, des détails ou des points qui font sens. Tout ce qu'il faut savoir d'Alessandro Piperno est qu'il est un spécialiste de Proust. Certains diront que c'est déjà pas mal et ils auront raison.
Persécution est un roman vertigineux. L'écriture de Piperno est, comme le dit Alexandre, méticuleuse et dense. Rassurez-vous, pas de phrases fleuves comme chez Marcel mais une langue riche, pleine de nuances et de finesse (où se déploie l'analyse psychologique). Proustien encore dans cette construction du récit pierre par pierre, passé et présent constamment mêlés et alternés pour brosser un tableau complet.
Sans partager un enthousiasme total comme Alexandre, Persécution reste une vraie découverte et une démonstration littéraire.
Signé Stéphane
 
Ca débute comme ça :
"C'est le 13 juillet 1986 qu'un désir inconfortable de n'être jamais venu au monde s'empara de Leo Pontecorvo."
 
Et, cadeau des éditions Liana Levi, un entretien de Piperno :
 
 ag12 001
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* « La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit. », Gérard Genette, Figures III (voir aussi ICI)
** "Si j'étais écrivain et mort, comme j'aimerais que ma vie se réduisît, par les soins d'un biographe amical et désinvolte, à quelques détails, à quelques goûts, à quelques inflexions, disons des « biographèmes » dont la distinction et la mobilité pourraient voyager hors de tout destin et venir toucher, à la manière des atomes épicuriens, quelque corps futur, promis à la même dispersion ; une vie « trouée », en somme."
Genette et Barthes : les grandes années de Poétique du Seuil are back!

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