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SERENDIPITY

Jackpot! : sur La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt - une lecture d'Alexandre

29 Mars 2012, 21:42pm

Publié par Seren Dipity

Jocelyne, quarante sept ans, a des yeux noirs, des « seins petits », une « bouée de chair ». Jocelyne sait qu’elle n’est pas jolie, pourtant dans le reflet de son miroir, ses rêves trouvent à sa nudité de la beauté. Sa beauté lui fait oublier les « vilaines choses ».

Jocelyne habite Arras, tient une mercerie (un peu ennuyeuse), a deux amies jumelles (Danièle et Françoise propriétaires du salon Coiff’Esthetique), est mariée depuis vingt et un ans à Jo (Jocelyn).72191172.jpg

Jo travaille à l’usine Häagen-Dazs, gagne 2400 euros, rêve matériels (un écran plat, une Porsche Cayenne, une cheminée dans le salon, la collection complète des James Bond), travaille beaucoup pour se rapprocher de ses rêves matériels (télé, voiture et tutti quanti) et rêve (aussi) d’une femme plus belle et plus jeune (il ne l’avoue pas à Jocelyne).

Jocelyne et Jocelyn ont deux enfants (trois en fait). Un garçon (Romain), une fille (Nadine) et un cadavre (Nadège). Les enfants grandissent, battent des ailes et s’éloignent. Parfois ils meurent.

Jocelyne aime Jo avec tous ses défauts, aime son père (à la mémoire de six minutes), aime ses enfants (même si entre eux, parlent pas toujours la même langue), aime sa vie telle quelle (même si celle-ci ne colle pas parfaitement à ses fantasmes de jeunesse, ses ambitions de carrière de styliste…).

Danièle et Françoise, quant à elles, rêvent de changer de vie, chaque samedi, suspendues à leurs bulletins du loto lorsque les « boules tourneboulent ». A force de persuasion, les jumelles convainquent Jocelyne de jouer une grille chez le buraliste. 2 euros qui font 18.547.301 euros et 28 centimes et basculent l’existence de Jocelyne dans l’incertitude. Que faire ? Une liste, la liste de ses envies ? Mais est-ce vraiment là l’importance ?

Grégoire Delacourt parle de rêves et de regrets.

Les rêves et les regrets sont autant de boutons de mercière accumulés dans une boîte. Parfois la boîte tombe, les boutons s’éparpillent et l’on met bien du temps à les trier.

S’asseoir sur certains de ses rêves, accepter ses regrets, on en est tous là.

La liste de mes envies parle d’amour et de mensonge sans se noyer dans le sentimentalisme.

« On se ment toujours. Parce que l’amour ne résisterait pas à la vérité ».

L’aimé n’est pas forcément celui qu’on a fantasmé, mais celui qui nous a ému à un moment donné, avec qui on compose son existence, à qui on se donne. L’émotion arrondit les angles, fait pardonner certains défauts, certaines vacheries, jusqu’à une certaine limite. La limite franchie, on se demande à quel point on s’est menti.

Le petit surplus de références culturelles qui ponctuent ce récit n’entache pas la lecture de ce texte sensible, émouvant. La question de la fortune « subite » interroge sur ce qui est essentiel.

Ce court roman (peut être un peu trop) n’est ni profond, ni superficiel, délicat.

 

Signé Alexandre.

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