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SERENDIPITY

It's hard to be a saint in the city* : sur Les Anges de New York de RJ Ellory - une lecture critique de Stéphane

16 Mars 2012, 23:18pm

Publié par Seren Dipity

Frank Parrish écoute Tom Waits, Gil Scott Heron et cite volontiers Jackson Browne. Il aime aussi Bukowsky et "connait son Cormac McCarthy". Des artistes qui composent assez bien le personnage.ellory-photo1.jpg

"La picole ne nous définit pas, ma petite dame, elle ne fait qu'accroître la richesse déjà considérable de nos vies."

Frank Parrish est immédiatement attachant par son arrogance et sa fragilité. Il aime boire, ce qui a provoqué pas mal de déboires dans son couple et dans sa vie. Mais il aime son boulot et ses enfants, même s'il merde pas mal dans les deux cas. Malgré tout, ça compense pas mal.

Autoportrait du flic en pochtron finissant :

"Eh bien, c'est très simple. J'ai l'air d'un loser agressif, déglingué, alcoolique, avec une vingtaine d'années de carrière au compteur... et vous pouvez ajouter à ce mélange explosif mon dangereux manque d'estime de soi et mon goût pour les femmes faciles et le whiskey hors de prix, et vous vous retrouvez avec quelqu'un à qui vous ne voulez pas vous frotter. Et comme j'ai dit, même si ce n'est qu'une apparence, je crois que vous allez découvrir que c'est exactement qui je suis."

Frank Parrish est flic, pas parce que son père l'était mais "malgré" son père. Un héros, son père : le flic le plus médaillé de la ville de New York. En réalité le plus pourri de tous. Frank Parrish le sait, les autres non.

Frank Parrish, comme souvent dans les romans de Ellory, est amené à parler. Ses romans sont des confessions**. La parole est souvent vitale, au sens fort du terme (comme pour Shéréazade) chez Ellory, c'est le secret de sa fluidité.

D'ailleurs, le roman s'ouvre sur une scène où la parole de Frank Parrish est testée : il doit dissuader un camé installé en face de sa copine dans une baignoire de taillader davantage la fille. Dans cette scène inaugurale, Parrish échoue et le sang coule. Six mois auparavant c'est le sang de son coéquipier qui a coulé.

Dans Les Anges de New York, Franck Parrish est obligé de se rendre, tous les jours, dans le bureau d'une psychothérapeute (ce qui dans le bouche de Parrish devient "psycho-the-rapist" - en français, ça donne "psychothéra-pute") avec qui il va avoir des conversations qui vont rythmer le roman. Ces dialogues sont d'ailleurs un des premiers plaisirs du roman. Frank Parrish dégaine plus vite que son ombre :

"Parfois les gens éprouvent le besoin de parler.

- Parfois les gens éprouvent le besoin de se faire uriner dessus. Ça veut pas dire que ça leur fait du bien."

"Eh bien, je suis contente que vous soyez venu aujourd’hui, Frank.

- Hé! docteur, si je laissais tomber avec les filles après le premier rendez-vous, je ne tirerais jamais mon coup."

Il y a des dizaines de petites phrases comme ça. Frank Parrish est le fanfaron de service mais derrière la hâblerie parfois suicidaire du flic bourru se cache les angoisses et les cauchemars du père et du flic, hanté toutes les nuits par le spectacle des crimes passés.

"Putain, qu'est-ce qu'il y a d'autre? Mon boulot et moi, nous ne faisons qu'un. [...] Vous commencez à croire que les morts vous parlent. Vous vous imaginez que le visage de leur assassin est imprimé sur leur rétine, et que si vous pouviez vous approcher suffisamment, vous le verriez. Vous commencez à parler tout seul... tout d'abord dans votre tête..."

L'intrigue n'est pas lancée par le meurtre d'un petit dealer qui n'intéresse pas grand monde. Par contre la découverte du corps de la jeune sœur du dealer et, un peu plus tard, d'une autre victime qui présente des ressemblances troublantes, et d'une autre, suffisent à lancer Frank Parrish sur les traces d'un prédateur... Mais, même si l'enquête possède l'efficacité d'un page-turner, l'intérêt n'est pas uniquement là. Frank Parrish est le cœur et la vieille carcasse qui fait vibrer le roman avec l'autre grand personnage de cette fresque policière : New York et sa police.

Ellory dit qu'il n'écrit pas de romans policiers mais des drames humains. C'est ce qui lui permet de s'offrir Frank Parrish : avouons-le, le flic qui déconne pas mal et qui boit autant, c'est du déjà-vu, non? Et pourtant, Parrish prend très rapidement de l'épaisseur et devient unique. Le lecteur doute des certitudes du flic, le condamne dans ses réactions - on est dedans, on y croit et on y est bien.

C'est tout ce qu'on demande et on est, encore une fois, diablement bien servi.

 

Signé Stéphane

Les Anges de New York (The Saints of New York), traduit par Fabrice Pointeau, Ed. Sonatine.

_______________

* Bruce Springsteen! ICI

Ca fera aussi plaisir à Decaunes!

** voir notre entretien avec Ellory, en 2009 :

http://seren.dipity.over-blog.fr/article-la-classe-anglaise--entretien-de-rj-ellory--37180594.html

L'entretien avec Decaunes qui a été réconcilié avec le polar par Ellory :

http://www.dailymotion.com/video/xn9dvm_entretien-r-j-ellory-antoine-de-caunes_creation

Commenter cet article

serendipity 17/03/2012 08:00


Patience... Je suis en pleine écoute et il y a, je crois, 16 cds (le roman fait 730 pages!) mais je confirme : c'est un Grand Roman Américain, de ceux qui permettent d'appréhender la psyché et la
mythologie du pays.

muller 16/03/2012 23:55


Un grand roman américain... mais qu'est-ce donc que ce grand roman américain ?