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SERENDIPITY

I want you (she's so heavy)* : sur Sex Toy de Jean-Marie Gourio - une lecture critique de Stéphane

3 Septembre 2012, 21:48pm

Publié par Seren Dipity

Avez-vous déjà suffoqué en lisant un livre? Avez-vous déjà été obligé de lever le nez pour souffler, inspirer, souffler?

Sex Toy a été une lecture très, très éprouvante. Peut-être même la pire dont j'ai fait l'expérience (avec, sans doute, American Psycho ou Last Exit).

Je dis souvent qu'on lit avec ce qu'on est, ce qu'on a. Aurais-je été si ébranlé si je n'avais pas trois enfants, dont une aînée de 11 ans qui rentre au collège demain? Non, bien sûr que non.sex-toy.jpg

Pour tout dire, je l'ai commencé sans trop savoir (j'avais fait une demande en juin sur une description rapide). Je n'ai pas lu le courrier des éditions Julliard qui accompagnait le livre. Jean-Marie Gourio, c'était suffisant, non? Merde, ce type m'a fait pleurer de rire dans mes toilettes** avec ses Brèves de comptoir.

 

 J'ai ouvert le livre, sans même lire la quatrième de couv'. Voilà ce que j'ai lu :

En exergue, une comptine :

"Promenons-nous dans les bois

Pendant que le loup n'y est pas"

Puis l'ouverture :

"J'ai fait un malaise dans un café. Le patron a appelé les pompiers. Ils m'ont emmenée à l'hôpital. Aux urgences, ils ont commencé à me faire chier. Mon nom. Mon âge. Mon adresse. Le téléphone de mes parents. Si j'avais des papiers sur moi. J'ai raconté n'importe quoi. Ils ont voulu me mettre dans une pièce à part je crois pour me déshabiller pour voir si j'avais des coups parce que comme une conne j'ai dit que j'avais été violée. Je sais même pas pourquoi j'ai dit ça. Pour les faire chier."

Didrie a treize ans. Elle boit, toute la journée. Dès le matin, dans le bus, jusqu'à épuisement ou jusqu'au malaise. Elle zone avec ses copains qui boivent eux aussi, et passent leur temps sur internet à la recherche de pornos de plus en plus hard.

Didrie vit avec son père (un suicidé sur liste d'attente, chez France Telecom), sa mère (qui veut un autre enfant, comme certains, qui préfèrent les chiots aux chiens), son frère aîné qui lui aussi surfe sur le net "de la main gauche" comme dirait Coluche.

Et sa petite soeur. Sa petite soeur est la seule personne qui compte vraiment, la seule qui la fait s'accrocher à la beauté de la vie. Et son petit copain, depuis un mois (une éternité), Frankie, qui lui parle des vents avec poésie, Frankie, avec qui elle partira vivre d'amour et d'eau fraîche (de l'eau? pas si sûr). De toutes manières, d'alternative, il n'y en a pas. "Avec bac plus 5, on fait des frites au McDo."

Alors autant se brûler les ailes en planant toujours plus haut, sous l'indifférence la plus totale : "On aurait pu crever dans le parc, personne aurait rien trouvé à redire. On était de trop, partout où on mettait les pieds. Au lycée, ils attendaient que de nous virer. A la maison, mes parents attendaient que de me faire enfermer chez les barjes. Ici, les gens attendaient avec impatience qu'on crève. Mais c'est nous qu'on allait les crever tous. A commencer par le loup."

Le loup, c'est le pervers qui rôde sur internet, les forums de tchat, qui renifle les culottes des petites filles, qui traque les prépubères pour tuer leur innocence et grandir son expérience. Un jour, avec ses copains d'ivresse, par jeu, par ennui, Didrie devient Sex Toy. Grâce à elle, ils vont faire sortir le Loup du bois et le châtier. Et foutent le feu à la forêt.

Peu importe ce qu'on dira de ce roman. Invraisemblable, diront certains pour se rassurer que non, décidément non, nos enfants ne sont pas tous comme ça. Impossible, on peut quand même protéger nos enfants d'internet. Inconcevable, que le binge drinking soit pratiqué dans nos parcs et nos jardins. Irréelle, la facilité avec laquelle ces ados se procurent de l'alcool.

Peu importe, vraiment. 

Tout est faux, tout est fiction, donc tout est potentiellement vrai.

L'enfance est courte, fragile - comme l'innocence; l'adolescence n'est que fracas. Comme la langue de Didrie : sèche (sans jeu de mots), tendue, rapide. Efficace. Certains passages dans l'appartement familial sont particulièrement douloureux. 

 

Quelle claque, quelle souffrance.

 

Signé Stéphane

 ___________________

* Petit rappel, j'ai décidé de donner un titre des Beatles à chacun de mes articles - encore une fois, on s'amuse comme on peut.

Cry baby cry m'est d'abord venu, plus doux, plus délicat. Trop, peut-être.

** Faire un sondage serait intéressant : que lisez-vous aux toilettes?

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site internet 24/07/2014 13:30

des phrases courtes et des mots très chocs qui reviennent souvent font de sextoy un livre éprouvant à lire

serendipity 09/09/2012 19:45


L'interview de Gourio chez Ruquier. L'excès critiqué par les deux "juge-tout" est bien entendu voulu. Nauséeux? Ouais. Mais la vie selon Didrie est nauséeuse.


http://www.telleestmatele.com/article-video-on-n-est-pas-couche-08-septembre-2012-jean-marie-gourio-sex-toy-invite-de-laurent-ruquier-109888404.html