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SERENDIPITY

I believe I can fly! : sur Birdy de William Wharton - une lecture critique d'Alexandre

19 Mai 2012, 21:44pm

Publié par Seren Dipity

Birdy s’est envolé quelque part. Il ne parle plus, ne marche plus au mieux sautille, dort sur deux jambes dos au mur, accepte de s’alimenter seulement nourri à la cuillère. On fait appel à son ami d’enfance Al avec l’espoir que le sergent gravement blessé et fraîchement rapatrié parviendra à déclencher l’électrochoc qui ramènera Birdy à la raison, à la normalité.birdy.jpg
 
Alphonso derrière les bandages qui dissimulent son visage sait bien lui que Birdy se prend pour un oiseau mais il n’a pas envie de le dire au psychiatre. Le psy est extrêmement intrusif à se demander qui est en consultation.
 
Face à Birdy un long monologue. Al évoque leur rencontre, les pigeons, un vol plané, un costume de plumes, une fugue, les petits boulots et les chiens, l’école et les filles, leurs parents, les balles que la mère de Birdy planquait chaque fois que l’une d’elles tombait dans son jardin par dessus les rambardes du terrain de base-ball. Il parle aussi de lui, de la guerre et de la folie qu’il y a rencontrées. De ses blessures d’enfance. De son père et de ses origines siciliennes.


En italique un autre monologue (intérieur), celui de Birdy le garçon-oiseau, l’oiseau-garçon, qui ne rêve que de voler. Une paire de jumelles nous est tendue, observons à travers elles son univers illuminé. Quand Birdy acquiert un couple de canaris. Comment il leur construit une drôle de volière. Des menus détails du quotidien de ses oiseaux, la reproduction, la nidification, et peu à peu lorsqu’il entre en osmose avec ses locataires. Birdy parle pinson, pense pinson et rêve, rêve infiniment de voler.
 « To read it is to fly »

 Schizophrénie…

L’instructive postface de Matthew du Aime nous apprend que ce roman a été signé sous un nom d’emprunt (comme les bandages cachent le visage d’Al). Celui qui se dissimule sous le pseudonyme de William Wharton a effectivement eu comme ami d’enfance un dénommé Alfonso Filipone, qui a inspiré l’allure et certains aspects de la personnalité d’Al. « Alfonso était physiquement puissant et capable de violence. Une fois adulte, parrainé par son père, il allait devenir mafioso ». « William Wharton, comme Birdy, a élevé des pigeons puis des canaris pendant son adolescence ».
 
Toujours d’après Matthew du Aime, le dialogue entre Birdy et Al est inspiré du réel.

« Mais c’est Al qui était enfermé, et William Wharton qui venait lui rendre visite ».
 Guerre

« Alfonso avait été blessé au ventre sur une île des Philippines pendant la guerre du Pacifique ». Et son histoire réelle emprunte à l’horreur.

 L’horreur fictive on la vit sur une quarantaine de pages dans un effroyable instant de guerre.

 « Je ne sais pas comment avoir peur avec dignité. J’ai peur jusqu’à la moelle de mes os prêts à être broyés. Je vois de la viande hachée partout, ma viande hachée de mille façons différentes ».

La guerre mélange le réel à l’irréel.

Les barreaux de l’hôpital psychiatrique renvoient à la cage des oiseaux.
La cage des oiseaux renvoie l’homme à la société.

Mais à la fin les pilotes nidifieront à l’air libre.

On ne tarde pas à se rendre compte que Birdy est un livre étrange et singulier. Ce texte est dense (trop dense pour cet article qui exige de conserver du mystère). Fort pour celui qui entre en empathie avec Al et Birdy.
 
Ce texte peut vous soulever.

 

Signé Alexandre

 

William Wharton, Birdy - traduction de Matthew du Aime et Florent Engelmann, Ed. Gallmeister.

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