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SERENDIPITY

Houston, ton univers impitoyable : sur Marée Noire d'Attica Locke - une lecture critique de Stéphane

22 Juillet 2011, 23:16pm

Publié par Seren Dipity

Il fallait au moins ça : le générique d'une des pires (ou des meilleures, c'est selon) séries américaines des 70's. Mais si, souvenez-vous : Dallas, ton univers impitoyabllllleeee!

J'avoue, j'ai hésité avec une autre chanson citée d'ailleurs dans le roman : une de Dylan, Only a pawn in their game (déjà croisée ici - dans l'article sur La Couleur des Sentiments, normal vu le contexte racial des deux romans.) attica-locke.jpg

L'autre ville du Texas, c'est Houston bien sûr. Nous sommes en 81. Le monde est sorti de la crise pétrolière et le Texas -Houston en particulier- vit un essor incroyable.

Attica Locke, dont c'est le premier roman, y intègre un élément qui était bien évidemment absent de la série : le problème racial. Jr Ewing était déjà bien assez méchant avec les autres blancs. Pas la peine d'en rajouter. Et le politiquement correct a fait le reste. Moi j'aurais bien aimé que Sue Elen trompe son gros con de mari avec un black : ça aurait eu de la gueule, non?

Mais je m'éloigne.

Jay Porter est un avocat un peu minable. En cadeau d'anniversaire pour sa femme enceinte, il organise une petite sortie en bateau. Mais rien ne va, du bateau au pilote. Et c'est pis encore lorsque des cris de femme brisent le silence de la nuit, vite suivis par des coups de feux. Jay Porter sauve une femme de la noyade. Pour éviter des complications, il décide de ne pas parler de tout ça à la police...

Le début du roman (la scène de la noyade et du sauvetage) est absolument formidable (extrait de l'ouverture) :

"Texas, 1981

Le bateau est plus petit qu'il ne le pensait. Et plus délabré.

Même dans le noir, Jay se dit que le rafiot mériterait un bon coup de peinture.

Ce n'est pas du tout ce qu'on lui a expliqué. Au téléphone, le type lui avait parlé d'une 'croisière au clair de lune'. Les lumières de la ville et tout le paquet."

Attica Locke me fait penser à Tracy Chapman : physiquement mais pas seulement. Comme Tracy Chapman avec son premier album, elle a frappé fort en faisant quelque chose de nouveau avec de l'ancien. Autant dire qu'Attica Locke est brillante. Faire un roman policier aujourd'hui et faire du neuf, ce n'est pas donné à tout le monde. En mêlant son récit d'un avocat un peu minable, englué dans son passé avorté de militant noir, aux affrontements sociaux (sur fond de problèmes raciaux) des dockers, elle va bien au-delà du roman policier simpliste. Le lecteur découvre le passé de Jay Porter au fil d'une histoire qui offre également une peinture très intelligente du fonctionnement souterrain des maîtres du pétrole du sud (Bush est là) et leurs pratiques malhonnêtes, et de leurs liens avec les sphères politiques.

"L'argent, en effet, a remplacé les lois Jim Crow."

L'écriture est tendue, efficace. Le personnage de Jay Porter est complexe et l'ensemble est une vraie, bonne réussite. Pas forcément le roman policier qui ravira les amateurs d'intrigue pure et dure, mais pour les autres... Une grande découverte.

Comme dit Ellroy (couv de l'édition anglaise) : "... the best bad town novel in some time"

 

Signé Stéphane.

 

Marée Noire, Black Water Rising, traduit par Clément Baude et publié dans la Série Noire, chez Gallimard.

 

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Marie-Cécile 23/07/2011 15:39



Bonjour,


Je voulais juste vous remercier de m'avoir donné l'adresse de votre blog il y a quelques semaines à la librairie. J'y vais régulièrement et ai lu tous les romans que vous avez conseillé
récemment, D'Acier, La fête du siècle, La vie très privée de Mr Sim et Sorry. Je suis enchantée, je trouve vos articles très motivants et je vais continuer de suivre vos avis.


Vous m'aviez parlé d'une nouvelle de Roald Dahl au sujet d'une femme qui accouche et qui est terrorisée à l'idée de perdre l'enfant... Je l'ai retrouvée dans Kiss Kiss et elle m'a plu mais je
vous conseille, dans la même veine, celle de Dino Buzzati, Pauvre petit garçon.


Merci,


Marie-Cécile