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SERENDIPITY

Hey hey, my my (Rock'n'roll can never die)* : sur Le Tournant de la rigueur de Milan Dargent - une lecture critique de Stéphane

7 Avril 2013, 11:08am

Publié par Seren Dipity

Un petit roman sur le rock, ça fait toujours du bien. Un roman sur les années 80 aussi. Pas très étonnant de la part de l'auteur de Soupe à la tête de bouc et Le Club des caméléons, Le Tournant de la rigueur c'est un peu tout ça : la musique, une génération.9782842637637-0-1528216.jpg

Nous sommes en 1983, à Lyon. Depuis quelques années, deux frangins rêvent de rock. La gauche a pris le pouvoir, tout semble possible. Le groupe naît, Les Futuristes : "Guillaume mit fin au débat par une idée de génie : puisque les Sex Pistols chantaient No Future, on s'appellerait Les Futuristes. [...] Un joli contre-pied à la doctrine punk, quoi de plus punk?"

Dans leur chambre, des garçons rêvent rock, vibrent rock, vivent rock. Nous les suivons dans leur début d'ascension, avec en arrière fond les désillusions de la politique nationale, miroir de celles des musicos amateurs. Leurs galères, leur rêve fou de gloire. Leur refus déontologique de céder à la facilité, de renier leur religion binaire pour assurer la première partie, dans un stade tout de même, d'un groupe FM. Le Rock : ses légendes, ses gloires, ses mythes, ses héros, ses rebelles. Sa fin, en 85 : le Live Aid.
 

Ça m'a rappelé les livres de Klosterman, Fargo Rock City et Downtown Owl ICI. Ça m'a rappelé les émissions de radio amateur - un ami punk faisait une émission le vendredi soir, dans un bled paumé, avec un ami corbeau (fan de Cure), un soir j'avais apporté une cassette avec Ziggy Stardust de Bowie, histoire de réconcilier tout le monde et de remonter le niveau... ahahahah! Ça m'a aussi rappelé qu'un mec partageait tous ses enregistrements faits dans les années 80 à Lyon et autour, pour une station de radio (j'ai vérifié, la radio ne s'appelait pas Belvédère comme dans le roman mais Bellevue - la même? sans doute puisque Radio Belvédère n'apparaît pas sur google...)

Y a de la nostalgie là-dedans, évidemment. Mais de l'ironie aussi, et une certaine lucidité. Chanter My Generation When I'm 64**? Why not.

"Il y a un âge où certaines choses sont si lointaines qu'elles restent floues, comme irréelles; un âge où l'on regarde ce grand-père voûté qui traverse avec difficulté le passage piéton sans jamais imaginer que lui aussi, naguère, disait Fuck you à tous les vieux cons." Plus que tout, il y a l'esprit rock qui ne vous quitte jamais ("Tout devient cubique, quand on aime Blondie.") même quand on devient fonctionnaire et pantouflard.

"Le rock, art par essence du tourment adolescent, si vous n'y preniez garde, vous maintenait dans une adolescence permanente. Il empêchait de grandir. Il bouchait l'horizon. Son ennemi, c'était l'adulte. Et ce soir de juillet 1985, sous les yeux du monde, il régressait d'un cran, au point de réduire les spectateurs à des petits bébés qui allumaient leurs briquets et se tapaient dans les mains quand le maître l'ordonnait - ce n'était plus de joints dont ce public avait besoin, mais de tétines... Des années de fanatisme à collectionner l'intégrale de David Bowie pour en arriver là, à cette version de Heroes du Live Aid, si peu héroïque. Heroes, une chanson on ne peut plus intime, une mélopée méditative qui ne doit pas quitter les quatre murs de votre chambre, livrée ainsi à la foule obéissante d'un stade embrigadé, ça la foutait mal. Heroes, votre chanson à vous, votre jardin secret, soudain transformée en un putain d'hymne."

 

En fermant le roman, je pense à Alan Sillitoe (auteur anglais étiqueté Angry Young Man) dans Samedi soir, dimanche matin : "Once a rebel, always a rebel." et j'ai envie d'y croire, même si je dois être le seul.

 

Signé Stéphane. 

 

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* Neil Young, même en acoustique et seul à la guitare est rock.

Alt titles : Rock'n'roll suicide de Bowie

** My Generation, titre des Who. When I'm sixty-four, titre des Beatles. ("Hope I die before I get old...") Mais si vous ne le saviez pas, ce roman n'est pas pour vous!

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