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SERENDIPITY

Germinal 2 : sur D'Acier de Silvia Avallone - une lecture critique de Stéphane

16 Juin 2011, 22:38pm

Publié par Seren Dipity

De ma lecture de Germinal de Zola, j'ai un excellent souvenir, associé, un peu bizarrement, à une chanson de Van Morrison, The way young lovers do (sur un des meilleurs albums de tous les temps, Astral Weeks). L'adolescent post-pubère que j'étais alors avait été marqué par la bestialité des rapports humains à l'oeuvre dans le roman.d-acier.jpg La bestialité. J'ai cherché et je n'ai pas trouvé mieux pour décrire ce mélange de violence, de rudesse des liens (sociaux, familiaux) qui unissent et désunissent les personnages. La comparaison avec D'Acier ne s'arrête évidemment pas ici : la pauvreté, le climat social, le travail de la matière font parti du tableau.

 

D'Acier est un premier roman, écrit par une jeune italienne (elle a 26 ans aujourd'hui). Le succès est colossal : 350 000 exemplaires vendus en Italie, douze traductions et une adaptation en cours. Ca fait rêver, non? Ce qui est bien c'est quand des chiffres pareils viennent récompenser une oeuvre qui est déjà une réussite en soi. L'inverse, donc, d'une bande rouge (aah, ces fameuses bandes rouges! est-ce qu'un jour quelqu'un va enfin écrire là-dessus?!) qui proclame DEJA 200 000 EXEMPLAIRES VENDUS - vous invitant donc à vous dépêcher d'être l'heureux 200 001 ème, comme si le chiffre valait plus qu'une lecture ou une critique.

Et mon cul, c'est du poulet?

Mais je m'emballe.

 

Silvia Avallone brosse les portraits d'une galerie magnifique de personnages forts et humains, et d'une cité ouvrière pauvre, avec ses bruits de cages d'escalier, la promiscuité, les indiscrétions. Mais au coeur du roman il y a aussi l'aciérie qui, après avoir été le poumon de la région, se meurt tout doucement (le rachat est imminent.)

Il y a Elbe en face, l'île de tous les fantasmes de grandeur et d'échappatoire (comme disait Baudelaire, "là-bas, le superlatif d'ici")

Et il y a Anna et Francesca, deux adolescentes belles à se damner (certains n'hésiterons pas.)

The way young lovers do, donc. Car la jeunesse est ici déployée avec une gràce et une justesse incroyables. Les rêves d'avenir, les regrets du passé raté, la découverte du sexe et des drogues, la soif d'argent et de gloire, l'apprentissage de la désillusion - tout y passe, porté par l'écriture poétique et charnelle de Silvia Avallone.

Sans rien dévoiler, je peux vous garantir que D'Acier comporte des moments d'une force incroyable - le 11 septembre 2001 vu dans un bar paumé d'Italie (terrifiant), la fin de l'innocence et de l'amitié, un accident en kaléidoscope, la violence, etc, etc.

Bref, elle a 26 ans et semble pouvoir tout faire. C'est presque énervant. Ca me rappelle mon éblouissement à la lecture de Sourire de loup de Zadie Smith.

Saluons également le travail de la traductrice, Françoise Brun et profitons-en pour rappeler (et vous inviter à découvrir) les autres auteurs italiens brillants qu'elle a traduits par le passé : Alessandro Baricco, Giuseppe Culicchia (Un Eté à la mer ICI, vient de sortir en poche), Rosetta Loy, Milena Agus.

Petit bonus, entretien avec l'auteur sur une maquette des éditions Liana Lévi (merci Elodie) :

 

jn05_001.jpg 

Autre bonus, l'émission L'Humeur Vagabonde consacrée à Silvia Avlllone et D'Acier :

http://www.vosradios.com/id/franceinter_silvia_avallone_2388817

Que vous partiez en Italie ou en Bretagne, cet été, n'oubliez pas ce roman splendide qui devrait vous donner envie de lire d'autres italiens!  Fait-on encore des romans comme ça en France? Personnellement, ça m'a fait regretter, une nouvelle fois de ne pas avoir continué l'apprentissage délicieux de cette langue.

L'Italie, on en reparlera encore et encore... La rentrée littéraire 2011 nous promet quelques pépites de la Botte :  Persécution d'Alessandro Piperno, Ils Ont tous raison de Paolo Sorrentino, Father de Vito Bruschini, Trois Amis de Mario Tobino, L'offensede Francesco De Filippo, Mon Frère Italien de Giovanni Arpino feront parti des quelques italiens dont vous entendrez sans doute parlé à l'automne.

 

Signé Stéphane

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