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SERENDIPITY

Génération désenchantée : sur Les Lisières d'Olivier Adam - une lecture critique d'Isabelle et Alexandre

1 Septembre 2012, 09:46am

Publié par Seren Dipity

Paul Steiner est un écrivain à succès divorcé (faut-il y voir un clin d'oeil à Jean-Paulolivier-adam-les-lisieres.jpg Dubois?). Il ne supporte pas la situation. Il est obligé de se rendre chez ses parents, en banlieue, suite à une chute de sa mère. Il ne s'est jamais senti à sa place dans cette banlieue, ni dans sa famille. Il a l'impression de vivre à la marge, à la lisière d'un monde "normal".

L'auteur nous entraîne dans un roman engagé, un roman sombre sur notre époque, sans concessions pour les les quadras d'aujourd'hui qui ont du mal à trouver leur place entre une vie fantasmée et les tracas du quotidien. c'est sans doute le roman d'une génération car plus d'un d'entre nous pourrait dire Olivier Adam, c'est moi.

C'est un roman très fort et particulièrement lucide que nous offre Olivier Adam.

 

Signé Isabelle

 

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Paul est un être périphérique, incapable de se placer au centre de son existence, toujours à ses lisières. Ecrivain, sujet à une Maladie sans nom, sorte de mélange entre dépression et alcoolisme, il traverse une période particulièrement difficile. Sa femme vient de le quitter, ses deux enfants (Manon et Clément) sont restés vivre avec elle et sa mère est à l'hôpital. Il doit retourner à V. à la périphérie de Paris dans cette petite banlieue où il a passé la majeur partie de son enfance. Une banlieue ni bourgeoise, ni pauvre, où il a laissé ses mauvais souvenirs de jeunesse. Des souvenirs ? Pas tant que cela, puisque Paul n'a gardé de son enfance que très peu d'images. V. lui inspire une amertume, un malaise. A V. il ne sent pas chez lui, alors qu'y sont sont ses seuls racines. Mais V. n'a pas vraiment d'identité, alors comment se sentir de venir d'ici ?

        A l'hôpital sa mère ne le reconnaît qu'un coup sur deux. Son père et son frère s'obstinent à nier une évidence. Se sont les médicaments qui lui font perdre la mémoire, ce n'est rien. Et toujours, les rapports conflictuels avec ce père qui ne cesse de lui reprocher ce qu'il est et son frère qui le prend de haut. Tout les oppose le fils modèle, le père sévère et lui.

        A V. Paul croise ses anciens amis d'école et de travail. Des amis que Paul a effacé de sa vie par ses fuites récurrentes. Lui qui n'a jamais cessé d'effacer les autres, pour distancer la maladie. Fuir de V. à Paris. Fuir Paris pour le Finistère. Fuir la France pour le Japon. Toujours à la périphérie car dans quelque milieu qu'il fréquente on ne cesse de lui rappeler qu'il n'en vient pas. Paul ne vient de nul part (même dans son cercle éditorial où il est taxé de provincial à la vie pépère) Et pourtant c'est à lui que tous, amis ou inconnus confient leur malheurs, de manière naturel. Paul est une oreille attentive et des récits des autres il fait les briques de ses oeuvres.

        Grâce à ses rencontres d'ancien(ne)s ami(e)s Paul analyse son rapport aux autres. Ce qui la rapproché de certains qui ont été comme des guides, du grand écart qu'il a imposé à certains autres pour des raisons idéologique ou culturels, indues par ses propres préjugées.

        Ses enfants lui manque. Sarah sa femme lui manque. Et quelques cours coup de fil ne lui suffisent pas. Il se sent perdu. Valdingué par les houles de son existence. Sonné comme KO. D'autant que le seul havre de paix qu'il est connu, le Japon, vient d'être ravagé par un séisme gigantesque qui a détruit la centrale de Fukushima.

        Peu à peu il devient évident que sa mère ne pourra plus vivre dans la maison familiale, le père se décide à la vendre et à acquérir un appartement étroit dans une résidence pour personnes âgées. En vidant la maison Paul découvre une photographie qui va éclairer l'origine de la maladie.

        C'est une photographie. Celle de la France préélectorales de 2011 dans une France pourrie par les idées rances du Front National, du populisme nauséabond de l'UMP, du racisme quotidien. La société découverte strate après strate, des couches populaires à celle de la bourgeoisie parisienne. De ses errements à ses vues hautaines. Tandis que le monde connaît des crises économiques, écologiques, identitaires.

        C'est un porte voix d'une génération entre 35 et 40 ans qui ne parvient pas à entrer dans l'âge adulte (l'éternel adolescent) qui souffre de parents n'ayant pas de mots pour l'amour la fierté portés à leurs fils et leurs secrets.

        « Soudain la mer s'est répandue devant mes yeux et j'ai eu la sensation qu'on ouvrait mon cerveau pour le laisser libre de s'étendre après des jours entiers dans un Tupperware. »

        L'appareil photographique pourrait très bien être posé face à la mer, diaphragme bloqué. Les vagues de mots se déversent sur la plage de papier, tantôt sereines, tantôt agitées, tantôt violentes.

        Alors oui il faut s'adapter au texte, enclin à de longues phrases énumératives.

        Alors oui, on peut, ou pas, se reconnaître dans ce roman. Mais telle est le destin de la littérature de nous confronter à des idées auxquelles on adhère ou qui nous sont étrangères. Car la littérature a pour but soit de nous apprendre quelque chose sur le soi ou sur l'autre.

        Et tant mieux si la voix d'Olivier Adam porte. Peut être ainsi nos pères nous entendront-ils.

 

Signé Alexandre

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