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SERENDIPITY

European psycho : sur Les Confessions du monstre de Fanny Taillandier - une lecture critique de Stéphane

22 Janvier 2013, 22:55pm

Publié par Seren Dipity

Fanny Taillandier est prof de lettres et journaliste à LivresHebdo, sorte de bible des libraires pratiquants. Elle connaît donc, indubitablement, American Psycho de Bret Easton Ellis et il est peu probable qu'un lecteur initié n'y pense pas en lisant son roman, Les Confessions du monstre (et ce, pour diverses raisons).9782081286078FS.gif

Les Confessions du monstre - pas d'un, DU - est le grand déballage d'un trentenaire qui vient de clore sa vie de meurtrier en tuant ses parents. Avant ça, il y en a eu d'autres, beaucoup d'autres.

Ça débute comme ça :

"Injonction liminaire : si vous ne savez pas lire, si les mots que vous proférez, que vous entendez, vous ne les pesez pas, si vous ne connaissez pas le poids des mots, si pour aller plus vite vous vous êtes vous-même rendu esclave de phrases que vous n'avez pas choisies, si enfin pour vous, et sans même que vous ayez pris le temps de vous en rendre compte, le langage est l'aliénation suprême, qui vient s'ajouter à toutes celles que vous avez déjà admises avec la même inconscience morne, faites-moi le plaisir de refermer ce livre."

Contrat de lecture poétique donc : derrière le monstre se cache un homme de mots (Humbert Humbert offrait un contrat similaire au seuil de Lolita - poétique est à prendre bien sûr au sens narratologique du terme.)

Mais rassurez-vous, notre narrateur/tueur nous le dit un peu plus loin, évoquant son premier meurtre : "Cela me plaît de m'en souvenir maintenant : voilà de quoi créer, au moment de la parution de ce livre, un scandale des plus vendeurs. Vous en aurez pour votre argent!"

Nous voilà rassurés, même si ce n'est pas de très bon goût. Ce qui nous intéresse, passé l'effroi des meurtres commis froidement, c'est la genèse de ce type, et c'est là que le DU du titre prend son sens :

"Il suffit de dire, pour caractériser mon enfance, qu'elle fut standard. C'est le terme qu'on emploie. J'ai été, dans les années mil-neuf-cent-quatre-vingt, un petit garçon dont on a surveillé la santé bucco-dentaire. Blond, fortuitement blond. Issu des classes moyennes : ni vraiment pauvre, ni vraiment riche. Issu de la médiocrité." Sur ce chemin-là, tout devient standardisé : la banlieue devient Banlieue (sans article, et avec une majuscule) et l'Eldorado devient donc City. Argh! Sorti d'une ligne de montage standardisé, le Monstre n'est qu'un produit, un exemplaire parmi d'autres et il s'en amuse. Son enfance normale n'explique rien, son histoire est la nôtre. Son récit n'est donc qu'un palimpseste, le sien, le nôtre.

"Vous la connaissez déjà mon histoire ! C'est la vôtre. C'est la vôtre qui se répète une fois de plus, se duplique, se duplique, votre histoire qui finit au pilon. Et ensuite le papier est recyclé, et réimprimé. Cela ne s'arrête jamais ! Jamais ! cela continue parce que c'est ce que vous désirez. je vous hais, mes lecteurs. Mes semblables ! elle est bonne, celle-là. Au pilon, mon lecteur ! au pilon !

Vous désirez le bruit. Voici du bruit. Voici du bruit."

 

 Les Confessions du monstre n'est pas le récit à la première personne d'un tueur en série, c'est le récit glacial et parfois onirique d'un tueur de série! Un premier roman troublant.

 

Signé Stéphane

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