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SERENDIPITY

Follow the white rabbit* : sur Claustria de Régis Jauffret - une lecture critique de Jérémy

4 Mars 2012, 11:32am

Publié par Seren Dipity

J’avais remarqué ce livre lors de sa mise en rayon au mois de Janvier et, Stéphane, m’en avait parlé rapidement dans le cadre du prix Landerneau, qu’il était très fort mais qu’il avait arrêté de le lire au bout de trois cents bonnes pages. Peut-être un peu long, lourd, on peut penser qu’on tourne toujours en rond mais j’avais quand même envie de le lire car la quatrième était quand même prometteuse, jugez plutôt :

« Platon, le mythe de la caverne. Des prisonniers qui ne verront jamais de la réalité que des ombres d’humains projetées sur la paroi de la grotte où ils sont enchainés. Dans le souterrain les enfants n’ont vu de l’extérieur que les images tombées du ciel qui leur parvenaient par le câble de l’antenne. » 9782021022513_1_75.jpg

 

 

Moi qui suis très attaché au film Matrix des frères Wachowski, et raffole des adaptations de la caverne que l’on peut faire dans la littérature, je me suis « jeté dessus comme  une éthiopienne sur un mac de luxe »**. Cependant je me suis aperçu, au bout de quelques pages que ce n’était pas forcément l’histoire de la caverne mise au goût du jour, mais la reprise d’un fait divers de 2008, celui de l’affaire Fritzl, accusé d’avoir séquestré, violé et enfanté sa fille pendant vingt quatre ans dans la cave de sa maison. Je me suis senti relativement violé car je ne m’attendais pas vraiment à la réécriture d’un fait divers.

Pourtant quelle œuvre ! Une violence littéraire comme j’en ai rarement lues, on est proche de la terreur que nous transmet Au-delà du mal de Shane Stevens, mais ici elle est beaucoup plus psychologique que physique.

Le roman commence une trentaine d’années après l’évènement, relatant la vie d’un des enfants survivant de la cave, comment il s’en est sorti et comment il a pu réintégrer une vie à peu près sociale après des années d’emprisonnement. Puis on va suivre la jeunesse d’Angelika, la principale victime et fille de Josef Fritzl. Elle sera violée pour la première fois à l’âge de 12 ans, fera une fugue de quelques jours à 16 ans mais elle sera vite rattrapée par son père qui continuera son acte d’inceste. C’est à l’âge de 18 ans qu’Angelika se retrouvera enfermée dans la cave de sa propre maison, sa mère, les voisins et les locataires n’entendant même plus ses cris, ni les cris des enfants qu’enfantera Angelika le père voulant construire une famille de sang pur, la chair de sa chair accouchant d’un autre enfant avec un sang encore plus pur, dans cette cave où ils ne verront de la réalité que les images de la télévision.

Je voudrais finir sur une citation qui m’a terriblement touché, moi qui ne suis d’habitude pas très sensible à certains passages affreux, celui-ci m’a presque tiré les larmes des yeux tellement l’ambiance du livre est terrifiante. Sûrement un des livres de l’année 2012 pour moi.

« - Il s’appelle Stanislas.

Une moue dubitative. Elle se souvenait d’un condisciple nommé ainsi qui lui avait tiré les cheveux pendant des années à l’école primaire. À la même époque elle avait eu le béguin pour un petit Helmut aux yeux de chat.

- Il s’appelle Helmut.

- Très bien c’est très bien Helmut

[…] Il est parti, pressant le petit corps contre sa poitrine comme un pilleur de tombe. Cinq minutes plus tard, il se consumait dans la chaudière »

 

Signé Jérémy.

_______________________________

* Citation du film Matrix où Néo, le héros, devra suivre quelqu’un qui porte un lapin blanc afin de pouvoir rencontrer Morpheus qui lui fera enfin découvrir la vérité, à savoir que le monde dans lequel il vit n’est pas réel.

** Citation du livre La mort j’adore d’Alexis Brocas

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