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SERENDIPITY

Etats d'âmes : sur Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari - une lecture critique de Stéphane

21 Octobre 2010, 22:15pm

Publié par Seren Dipity

Nous avions laissé Jérôme Ferrari après la remise du Prix Landerneau (souvenez vous, ici). Il travaillait déjà à son nouveau roman qui est sorti au mois d'août, toujours chez Actes Sud. 

C'est, dit-il, le documentaire de Rotman, L'Ennemi Intime, qui lui a donné l'idée du roman et c'est son long séjour en Algérie, et donc sa familiarité avec le pays, qui lui a permis d'écrire ce nouveau roman. ferrari.jpg

Le roman se déroule en pleine bataille d'Alger. Les militaires français sont chargés d'obtenir des renseignements et de combattre, coûte que coûte, les réseaux des indigènes et des hors-la-loi - pour rappeler la filmographie de Rachid Bouchareb.

Deux voix se partagent le roman : le capitaine Degorce et le lieutenant Andreani. Deux militaires qui ont fait l'Indochine et qui ont subi des tortures. Sortis vivants du bourbier et de l'horreur, ils se retrouvent en Algérie. Ils sont devenus des bourreaux, leur passé a fait d'eux des experts en "résistance des corps", des pointures en tortures. 

Mais ce qui les rassemblent les séparent aussi : deux points de vue, deux manières d'appréhender leur tache. L'un sans scrupules et sans états d'âme, d'une efficacité toute militaire; l'autre se pourrit la vie et se perd à force d'une moralité qui le ronge.

Ce double tableau fait naître une ambiguïté terrible chez le lecteur et gomme tout jugement moral sur les actions de ces militaires.

C'est le refus de juger et l'écriture superbe de Jérôme Ferrari qui emmènent le roman et qui lui permettent, encore, de frapper fort.

Après le roman de Mauvignier l'an dernier chez Minuit, la guerre d'Algérie n'en finit pas de hanter la mémoire de nos auteurs.

L'incipit est une petite merveille :

 "Je me souviens de vous, mon capitaine, je m'en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d'abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu'il s'était pendu."

Cette nuit qui revient, véritable leitmotiv dans le roman, comme une douleur qui vous lance ou qui vous permet d'échapper au reste:

"Chaque matin, il faut retrouver la honte d'être soi-même."

 

Signé Stéphane

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