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SERENDIPITY

Des compositions : sur Décomposition de Miller et sur Oliver Samso et sur Claro aussi... - une lecture critique de Stéphane

5 Novembre 2010, 19:11pm

Publié par Seren Dipity

Les livres sont parfois l'occasion de rencontres étonnantes. Avec un auteur, évidemment, ou un narrateur, ou un héros... Mais aussi avec un lecteur. Un autre lecteur, évidemment - je ne suis pas encore si schizo que ça.

 

Cet été, un type est venu me voir, à l'ouverture de la librairie, pour me demander si j'avais des livres en anglais.

Of course, sir.

Je lui montre et j'explique la sélection qui se présentait à lui. Avec mes mots à moi, du matin, ayant jugé qu'à son style, ce sir là était prêt à m'entendre défendre les lettres et descendre les best.

Bref, je lui dis que j'ai du Paul Auster et du Dan Brown.

 

Il aime bien mon discours (que je vous ai fait en racourci : ceux qui me connaissent savent que je suis plus bavard que ça - même le matin)

Il me dit qu'il aime bien mon discours.

 

Je le laisse flaner un peu et retourne le voir. Et nous partons dans une discussion sur tout et rien. Surtout sur tout, d'ailleurs.

 

Il est en panne de voiture et demeure coincé dans le Perche pendant 24h.

Il était dans la grande distrib. Il a tout plaqué pour vivre sa passion, la musique.

 

J'aime bien son discours.

Je lui dis que j'aime bien son discours.

 

Il prend un ou deux livres. Et revient quelques minutes après et me donne un flyer pour m'inviter à découvrir ce qu'il compose.

Je vous invite très fortement à faire ce que j'ai fait le soir même : me reposer les yeux et adoucir mes oreilles :

 

http://www.myspace.com/oliversamso

 

Dès l'ouverture de sa page, je vois des noms qui retiennent toute mon attention et emporte généralement mon affection :

The Beatles, Rickie Lee Jones, Steely Dan et John Hiatt pour ne citer que quelques noms presque relevés au hasard...

Rien que de voir le nom de ma bien-aimée Rickie Lee Jones me donne des frissons.

Ne le dites pas à ma femme. Elle pense que je dis ça pour plaisanter.

 

 

Mais voilà Oliver Samso m'a demandé un livre, Décomposition de J. Eric Miller. Un livre qui était là mais que je n'ai pas trouvé - ce qui est très agaçant pour un libraire à 9h30. Et je me souviens que ce livre que j'avais eu dans les mains, j'avais eu envie de le lire. Je l'ai sans doute mis de côté mais il a disparu...

Je l'ai retrouvé la semaine dernière (c'est vous dire si je range bien les choses) et j'ai repensé à Oliver. J'ai ouvert le roman, paru chez 10/18 et en voyant le nom du traducteur, j'ai su pourquoi je l'avais repéré : Claro. Encore lui.

Déjà quelques semaines auparavant J. Eric Miller m'avait titillé (bien que le mot soit assez malheureux, vous allez comprendre tout de suite pourquoi :) avec le scandaleux Défense des animaux et pornographie (aux excellentes et audacieuses éditions Passage du Nord-Ouest) où les nouvelles font la part belle à la pédophilie et à l'inceste. Finalement, je crois que je vais le lire. C'est l'effet Décomposition : ce type est doué et intrigue. 

 

Mais pour le moment, Décomposition. Un road-movie en solitaire, ou presque : la narratrice taille la route, fuyant la Nouvelle9782264049582 1 75 Orléans et l'ouragan qui arrive, mais elle emporte avec elle le corps de son amant, Jack, qu'elle vient de tuer. Un conte de fée postmoderne (Dieu que je n'aime pas ce mot auquel je crois à peu près autant que le concept caché derrière Dieu) où la princesse sait à quoi elle a droit tout en sachant qu'elle ne l'aura pas. Une Thelma sans Louise ou plutôt, si je me souviens bien, ça serait plutôt Louise sans Thelma : faut pas l'emmerder la Louise.

Tout commence avec un départ :

 

"George était un type bien et je ne l'ai pas tué; mais je lui ai brisé le coeur. Il m'a offert cette Mustang et quand j'arriverai enfin à Seattle je me garerai devant chez lui, il descendra les marches de sa véranda en courant, il se penchera par la vitre baissée et il m'embrassera. Tout sera alors parfait.

Mais avant d'arriver là-bas, il faut que je me débarrasse de Jack. Lui, ce n'était pas un type bien, et je l'ai tué."

 

Voilà ce que j'appelle un putain de bon début de roman... Et figurez-vous, ça continue tout au long des 200 pages où le morbide se mêle au comique et au sublime dans un style sec et d'une simpicité confondante.

"Arriver jusqu'à Seattle devrait être un jeu d'enfant.CosmoZ_couv.jpg

Bien sûr , je sais que ça ne sera pas le cas.

Toutes les routes de briques jaunes passent par de sombres forêts."

 

Une dernière phrase qui a dû plaire énormément au traducteur, Christophe Claro, dont le dernier roman, CosmoZ revisite justement la mythologie et la cosmogonie du Magicien d'Oz dans un feu d'artifice qui laisse le lecteur hanté par les personnages d'Oz et hagard sur les yellow brick roads...

Des rencontres surprenantes, tout bonnement.

 

Signé Stéphane.

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