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SERENDIPITY

Boys boys boys ! : sur Les Assoiffées de Bernard Quiriny - une lecture critique de Stéphane & Jean-Philippe

3 Septembre 2010, 13:14pm

Publié par Seren Dipity

   Les Assoiffées

de Bernard Quiriny

Ed. Le Seuil

 

 

 

Pour son premier roman Bernard Quiriny n'a pas choisi la facilité. Il imagine que dans les années soixante-dix une révolution féministe a eu lieu et pris le pouvoir en Belgique. L'état a fermé ses frontières et personne ne sait vraiment ce qu'il s'y passe depuis. Jusqu'au jour ou un groupe d'intellectuels français est convié à visité le pays. Le point de départ est séduisant mais casse-gueule, et puis ça m'a rappelé une aventure de Pascal Brutal qui va voir un pote en Belgique qui est devenu une dictature féministe ou les hommes se baladent en burqua et sont des esclaves sexuels, je crois que c'est dans le tome 2. assoiffees.jpg

 

 

Ici point de burqua et d'esclavagisme sexuel (quoique...), mais la Belgique qu'il imagine n'est guère plus rassurante. Il entrecroise deux récits, celui des français qui découvrent ce pays un peu comme un parc d'attraction féministe et celui d'une jeune femme belge, infirmière, qui va être amenée à devenir proche de la Bergère, c'est comme cela que l'on appelle la souveraine. Les deux récits se font échos, celui de la jeune femme révélant les aspects que les belges ne veulent pas montrer aux français.

 

 

Loin de la misogynie que son sujet pouvait faire craindre, le roman est drôle, enlevé, et c'est surtout aux intellectuels Français que Quiriny en met plein la poire, l'auteur nous rappelant que nos élites ont souvent été fascinées par les pouvoirs autoritaires.

Les descriptions de la société belge sont également savoureuses, aussi effrayantes que grotesques. On est souvent dans la farce, l'auteur n'hésitant pas à forcer le trait et s'il n'innove pas dans sa dénonciation des dérives totalitaires il le fait avec sarcasme, ironie et une énergie réjouissante.

 

 

En bref une belle découverte et un auteur dont on a envie de lire la suite.

 

Signé Jean Philippe.

 

____________________

 

J'attendais de voir ce que mon ami Jean Phi allait dire de cet étonnant roman. quiriny.jpg

J'avais prévu un autre titre pour l'article (BIENVENUE A VIRAGOLAND) mais Jean Phi est resté fidèle à nos titres de chansons (comment ferait-on sans le Top50 de nos années 80?) Dommage, j'aimais bien viragoland! Mais, passons...

J'avais découvert Quiriny en 2005-06 lors de la sortie, chez Phébus, d'un excellent receuil de nouvelles qui ne pouvait me laisser indifférent : L'Angoisse de la première phrase.  Et Quiriny ouvrait très ludiquement ce receuil et la nouvelle titre avec ces mots :

"La première phrase, voilà l'ennemi."

Pour ceux qui aiment les nouvelles singulières aux styles variés et travaillés : n'hésitez pas.

Bernard Quiriny est toujours aussi efficace gràce à son écriture et son travail sur les tons. L'alternance du journal d'Astrid et du récit de la visite des français fonctionne à merveille et le lecteur oscille en permanence entre l'horreur qui se cache dans les non-dits et les doutes du texte et la farce de ces français en expédition entièrement sous-contrôle. Le lecteur avance avec la troupe des intellectuels français (où l'on retrouve Gould, narrateur de L'Angoisse) et recule avec Astrid.

Entre 1984 d'Orwell et La Servante Ecarlate de Atwood, Quiriny joue avec la frontière entre utopie et dystopie et s'impose comme un écrivain aussi doué avec le roman qu'avec les nouvelles.

"Globalement, quoi qu'on fasse, on viole toujours une loi ou une autre : là se tient le génie du système, qui nous rend toujours coupables."

Je n'ai pas encore lu Contes Carnivores. Ca tombe bien : il ressort en poche (Point Seuil) début septembre, avec une préface de Enrique Vila-Matas. Quand on vous dit que c'est un écrivain à découvrir, on ne vous ment pas!

 

Signé Stéphane

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