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SERENDIPITY

Bienvenue en banlieue : sur Le Coeur en dehors de Benchetrit et Mon Père est femme de ménage d'Azzeddine - une lecture critique de Stéphane

2 Novembre 2009, 21:23pm

Publié par Seren Dipity

Samuel Benchetrit, Le coeur en dehors (Ed. Grasset)
Saphia Azzeddine, Mon père est femme de ménage (Ed. Léo Scheer)


Samuel Benchetrit est un chic type. Il a une bonne gueule de poète-maudit-un-peu-voyou de la zone. Ca tombe bien : il vient de là, il vient du blues!
Eh bah, non, figurez-vous. Il vient pas du blues, Samuel, il a la banane. Avec lui, la cité c'est pas morose, ça peut être rose. C'est le sujet de son dernier roman (c'était déjà là dans Chroniques de l'asphalte, chez Julliard) et, pour avoir vécu pas mal d'années dans des tours HLM, c'est plutôt bien vu. Bien vu parce que c'est un gamin le narrateur homodiégétique comme dirait Gérard (vous
affolez pas : il n'est pas malade, ça veut juste dire qu'il est un personnage de l'histoire -ça tombe bien, c'est la sienne) Et croyez-moi, si Samuel nous fait la suite (ce que je ne lui souhaite pas) du gamin quelques années après, le ton serait différent. Je vais pas vous la faire témoignage à la XO (ou Lafon ou Oh éditions! - la vache, ce catalogue, ça fout la trouille!) mais croyez-moi avoir dix ans en banlieue, ça peut être fun mais ça l'est moins à 18.
Charly vit avec sa mère et son grand frère, toxico. Son prénom c'est Charles mais il aime pas. Il a dix ans. Il habite la tour Rimbaud (ainsi nommée "pour faire croire que c'est joli".) Il aime Mélanie, en secret. Il aime la lecture, Chaplin, le foot. Un matin, alors qu'il part au collège, il voit la police qui emmène sa mère. Faut prévenir le frangin. Il n'ira pas à l'école aujourd'hui. Il va errer toute la journée, et nous avec lui.
Quelle visite guidée!
Quel guide!
Ca vous rappelle rien, le gamin qui erre dans une ville et vous parle de la vie comme si vous étiez son pote? Si? Non? Eh bah, moi, oui, les amis. Pendant toute ma lecture, j'ai pensé à Salinger et son Attrape-Coeur. Croyez-moi, c'est pas de la petite comparaison, ça.
Y a des trucs comme ça, faut pas s'y frotter. D'ailleurs, peut-être le savez-vous, la suite des aventures d'Holden Caufield (des années plus tard) a été interdite après jugement. Holden Caufield, a-t-on jugé, est la propriété de Salinger.
En réalité, c'est faux bien sûr, Holden est à nous, à tous les lecteurs qui l'ont croisé un jour et qui en ont été retournés.
Donc, c'était casse gueule.
Vous savez quoi? Samuel Benchetrit n'a pas fait L'Attrape-Coeur 2? Mais il a fait Le Coeur en dehors.
C'est parfois triste. C'est (très) très souvent drôle. C'est poétique, juste, touchant.
Benchetrit a fait du cinéma : il a le sens de la séquence et du rythme. Il a fait du théatre : il a le sens du dialogue. C'est aussi pour ça qu'on peut penser à Salinger, le langage, car Charly a des expressions et des tournures qui rappellent Holden.

Ca commence comme ça :
Chapitre Un / La"Au début, je croyais que Rimbaud c'était une tour."


 

Saphia Azzeddine n'est pas la soeur de Samuel Benchetrit. Mais Paulo, le narrateur de Mon père est femme de ménage, est un peu le grand frère de Charly. Paulo a treize ans. Toutes les semaines, il apprend un mot dans le dico. Pour ne pas finir comme papa qui fait un boulot honteux pendant que maman ne fait rien. Comme Charly, Paulo aime une fille. Et comme Charly, Paulo a le sens de la formule... Quand son cousin de la campagne est obligé d'aller chez le médecin pour se faire soigner un pénis purulent à cause de ses rapports avec une brebis non consentante et que le docteur lui conseille de ne pas récidiver :
"Il a promis au médecin de ne plus recommencer. Bambi était peinarde."
Il y en a plein des sorties comme ça!
Et il y a les fantasmes désopilants de Paulo. Et ses mensonges, son baratin. Et ses rêves de futur. Et son désir de communauté. L'écriture est féroce (ah la jeunesse!), le ton est tendre (les rapports avec le père) et c'est à la fois juste et drôle.
N'hésitez pas, la
banlieue vous ouvre ses portes : entrez vite, vous en sortirez changés.

Signé Stéphane.

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