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SERENDIPITY

Across the universe : sur des livres, de l'art et de l'émotion : Marie-Cécile Zinsou

13 Novembre 2012, 23:17pm

Publié par Seren Dipity

Serendipity n'est pas un blog intime façon raconte-ta-life : sa vocation n'est pas d'y étaler sa petite vie afin de lui donner une importance. Malgré tout, nos vies s'y révèlent parfois, au détour de nos lectures, à travers nos choix mêmes et de notre manière d'en rendre compte en partageant nos enthousiasmes de lecteurs.

Une fois n'est pas coutume donc, je ne peux résister à l'envie de partager les quelques jours incroyables que je viens de vivre.

1320409367676026600.jpgComme la vie est bien faite, tout a commencé avec quelques livres conseillés à une jeune femme qui m'a demandé conseil, il y a un peu moins de deux ans. Ouverte, à l'écoute et désireuse de découvrir d'autres horizons, elle m'a fait confiance. Une fois, deux fois, trois fois... au rythme de ses voyages en France. Quelques auteurs italiens, anglais, américains, allemands, français plus tard nous avions noué une amitié.

J'attendais d'entendre ses réactions, elle attendait mes prochaines trouvailles.

Nous partagions.

Curieux à la limite de l'indiscrétion, je l'interroge sur sa vie.

Et je découvre alors un univers, une galaxie de personnes, de lieux, de soif de partage, de curiosité infinie, de générosité, d'émotions... Bref, je découvre vraiment qui est Marie-Cécile Zinsou et ce qu'est la Fondation Zinsou, à Cotonou, au Bénin. Mes premiers pas furent virtuels, ICI.

Au début de l'année 2012, Marie Cécile me parle de ses projets de mini-bibliothèques à Cotonou. Gratuites, situées dans des quartiers populaires, ces mini bibliothèques me plaisent immédiatement (j'ai profité des bibliothèques plus jeune). Une première bibliothèque a été ouverte en 2009, soutenue par Sotheby's, puis une seconde nommée Enrico Navarra en remerciement de ses prêts d'oeuvres de Basquiat lors de l'exposition organisée à la Fondation.Copy-of-P1000670.JPG

Après quelques détails administratifs d'usage, j'offre mes services pour les sélections des mini-bibliothèques qui vont composer l'espace Jean Monnet (quatre salles - générale, arts, jeunesse et média) et une autre bibliothèque, rendue possible par la générosité de M. et Mme Léridon.

S'en suivent plusieurs semaines de discussions, de recherches bibliographiques, de définitions des besoins liés aux projets locaux, aux publics visés. Les livres arrivent, les livres partent.

 

Et l'invitation incroyable : Marie-Cécile me propose de venir voir les résultats de ces mois de travail, d'attente, de logistique. 

Cinq jours intenses dont voici les moments forts :

- l'inauguration de la dernière mini-bibliothèque (avant la prochaine!) en présence des mécènes, de deux ministres (culture, et sports et loisirs), de l'ambassadeur français, de beaucoup de journalistes (béninois et étrangers) et de beaucoup d'enfants... Forcément très 'officielle' cette première expérience m'a permis d'avoir une idée de mon séjour. Ce n'était que le début!

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- une ballade dans la ville en compagnie de Martin, chauffeur, me fait découvrir Cotonou où les contrastes sont saisissants entre l'opulence des bâtiments officiels et les quartiers populaires, les monuments qui rappellent le passé communiste (Place de l'Etoile rouge) et la jeunesse vibrante du pays (Stade de l'amitié), les larges boulevards et la conduite frénétique des deux roues qui fusent de toute part dans un ballet fluide et pourtant périlleux. Interrogé, Martin me confirme qu'il y a bien un code de la route... Ah bon? Les règles paraissent bien aléatoires et le seul code qui vaille, c'est le coup de klaxon qui annonce aux motards et piétons qu'un 4x4 passe... Les bords de route sont à la fête, tout s'y vend : d'un porte manteau au canapé, d'un poster des personnalités du Bénin à l'essence de contrebande, vendue tout le long des routes. Des couleurs, des sons, des visages.

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- la ballade fait une escale à la Fondation et rapidement, après un détour par le café, où la douceur de vivre est palpable et l'accueil chaleureux, je rencontre un autre univers, celui de Bruce Clarke :

Copy-of-P1000714.JPGCopy-of-P1000716.JPGImmédiatement touché par le travail de Bruce Clarke, je suis impatient de le rencontrer. Il arrive ce soir. Nous devons dîner ensemble, parmi d'autres invités. Génial! Mais avant...

 

- la visite à la "grande" bibliothèque Jean Monnet, composé de quatre espaces. Ici, pas de cérémonie officielle. Nous arrivons en fin d'après midi. Je suis accompagné de Renaud Huberlant, un graphiste belge qui travaille avec la Fondation depuis les premiers mois de sa création. Et là... c'est l'un des deux ou trois moments les plus forts de mon séjour. Je découvre un lieu bouillonnant de vie. Des salles où chaque table est occupée par un ou plusieurs lecteurs, plongé dans sa lecture. Une salle de projection à l'étage ouverte sur la mer accueille tout le monde les week ends. Les enfants doivent parfois patienter pour entrer dans la salle de petits... C'est vraiment magique et sacrément bouleversant.

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Roméo Tessy, le directeur de bibliothèques, avec qui j'ai travaillé pendant de nombreuses semaines, m'accompagne (en photo, de dos). Le bus de la Fondation Zinsou, un schoolbus américain redécoré et qui permet d'aller chercher les enfants pour les ateliers de la Fondation, est là, à l'image de tout ce que fait la Fondation Zinsou : surprenant et vivant.

Project2.jpg- nous enchaînons avec l'inauguration de la Biennale Bénin. Re-discours incontournables... Ministres, ambassadeur, artistes... tous rappellent l'implication et l'importance de la Fondation Zinsou dans l'art et le partage de la culture ici au Bénin. Oh que oui! La vraie locomotive de l'art ici, c'est la Fondation!

Il y a foule, du monde entier : artistes du Bénin mais aussi de toute l'Afrique, et de nombreux pays (de l'Amériqe du sud à l'Asie), des collectionneurs, la Fondation Cartier et j'en passe... Voyez l'article ICI de Nicolas Michel (journaliste à Jeune Afrique et écrivain - Goncourt du Premier roman pour Un Revenant en 99, en BD avec Emmanuel Lepage, et auteur de polars - son autre talent, porter des lunettes rondes, nous avons d'ailleurs envisagé, après quelques verres d'en relancer la mode! On vous tiendra au courant!)

La Biennale est installée dans un ancien supermarché... Les caisses sont encore en place. C'est étonnant et les symboles fusent, cyniquement. Bref. L'oeuvre monumentale de l'artiste Béninois Aston (produite par la Fondation!) intitulée La Solution Finale (des milliers de mégots de cigarette représentent les juifs) est bouleversante par son ambition, sa démesure et par les détails qui la composent, et remporte d'ailleurs le premier prix de cette édition 2012. Aston est en haut à droite, en costume traditionnel :

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- Diner aux Trois Mousquetaires (tenu -à la tienne!- par un Normand - nous parlons des huîtres de Saint Vaast la Hougue!) et Bruce Clarke nous rejoint. Mais j'apprends qu'il y a mieux... je dois passer la journée du vendredi en sa compagnie! Marie Cécile m'a offert le livre édité par la Fondation, Avec Bruce Clarke. Je rentre trop tard, trop fatigué et trop saoul pour potasser.

9789057791444FS

 

- la route vers Abomey est longue et chaotique mais me fait découvrir un autre Bénin, plus rural... des paysages auxquels aucune de mes photos ne fait justice... Nous discutons d'art, de livres, de livres d'art (le livre qui lui est consacré, sous forme d'abécédaire a été réalisé par Renaud (mon plus proche compagnon de route pendant ses folles journées, guide à sa manière fine et perspicace du Bénin et du monde de l'art) et son équipe, Salutpublic, à Bruxelles**.

Bruce Clarke m'explique son travail et son projet actuel (sur deux ans) qu'il inaugure, au Bénin, dans un atelier de quinze jours organisé par la Fondation, avec d'autres artistes et amateurs. Le projet "Hommes debout" pour le Rwanda, pour les commémorations du génocide, en 2014. Un mur de huit mètres est en train d'être dressé près de Ouidah, au pied de la Porte de Non-Retour, d'où sont partis des milliers d'esclaves (en haut à gauche, le tableau Homme debout) :

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- une visite rapide (ils sont en train de terminer pour l'inauguration quelques heures plus tard) à un autre lieu de la Biennale, la résidence d'artistes Unik où nous retrouvons le responsable du projet, Dominique Zinkpe. Perdu au milieu de nulle part... Unique, oh oui! La sculpture "Amazone" d'André Ducos impressionne :

Project4.jpgL'art et la vie...

Copy-of-P1000694.JPG- Détour obligatoire, le Musée Historique des Palais Royaux, vestiges du Royaume d'Abomey nous raconte l'histoire fondatrice du lieu et son importance au Bénin. Collé au musée, une autre annexe de la Biennale. Deux artistes marquants y travaillent, deux connaissances de Bruce Clarke (le monde, pendant ces quelques jours, semble bien petit!) : Barthélémy Toguo (qui est, malgré son nom, "du Cameroun!!!", insiste-t-il, tonitruant) et Freddy Tsimba et leurs oeuvres spectaculaires. Voyez l'autre article de Nicolas Michel, ICI.

 

- un autre cocktail nous conduit dans la demeure surprenante de Marie Cécile où le jardin est un véritable musée! Je n'avais pas compris qu'il y aurait de l'officiel... j'ai mis mon tee shirt Sex Pistols. Pas grave, je serre la main de l'ambassadeur. Il me reconnaît, sourit, baisse les yeux et s'éloigne. Bruce Clarke veut me piquer mon tee shirt...

 

- la table ronde du lendemain matin ne paraissait pas très excitante (sur le papier) et pourtant la discussion des chorégraphes invités pour le festival de danse contemporaine Dansons Maintenant ! également organisé par la Fondation, et de Bruce Clarke autour de " l'art et sa place dans l'espace public", est passionnante. Animé par José Marinho de RFI, les deux heures de réflexion vont s'avérer cruciales pour la suite de la journée. José Marinho est pro. Lui aussi va s'avérer indispensable pour le reste de mon séjour!

- la réponse à la question posée par le débat du matin, nous l'avons de la plus belle des manières le samedi après midi lors d'un spectacle de rue issu d'un atelier de la Fondation avec le chorégraphe Salia Sanou : Souvenirs de la rue princesse, avec une centaine de danseurs, amateurs et professionnels. Le soleil est là, inondant le Champs de Foire... mais la chaleur vient d'ailleurs : des centaines de spectateurs sont au rendez-vous. Des centaines et des centaines de gamins venus au spectacle sur invitation, judicieusement distribuées dans les écoles de Cotonou (il fallait les voir brandir ce sésame!) Le spectacle fait vibrer la foule dès les premières notes de l'excellent saxophoniste, lentement rejoint par un groupe performant. L'ensemble (la danse, le public, le lieu, l'engouement) est tellement incroyable que je suis ému aux larmes, plusieurs fois...

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 - le soir, pour l'ouverture officielle du festival à l'Institut Français, une autre présentation de Salia Sanou provoque presque une émeute d'enfants venus voir le spectacle. Des familles endimanchées, des enfants parfois turbulents se pressent aux côtés de professionnels du milieu et des officiels auxquels je commence à m'habituer (ministre, ambassadeur). L'une des questions du matin était comment faire se rencontrer le public et l'art contemporain. La réponse semble ici simple : demander à la Fondation Zinsou. Ça marche!

Copy-of-P1000740.JPG- dernière étape marquante de ce voyage, la Route des pêches, le paradis dominical de Cotonou où les palmiers abritent des centaines de familles le dimanche après-midi... avec un déjeuner au Wado, paillote où les plateaux de fruits de mer sont à l'image du lieu : délicieux. Nous continuons jusqu'à Ouidah où le futur projet de la Fondation est en train de naître, un lieu d'exposition permanent des oeuvres de la très grande collection de la Fondation. Le lieu, encore en travaux il y a une semaine est surprenant : des pièces dans des pièces, des fenêtres partout. J'erre de pièce en pièce découvrant des photos, des peintures et des sculptures. L'air circule dans cette ancienne demeure coloniale brésilienne. Encore une fois, c'est magique et impressionnant!

 

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Il manque des choses à ce récit, certaines impossibles à raconter sans briser des carrières (José Marinho à RFI, Renaud à Salutpublic, Bruce Clarke et la scène internationale de l'art contemporain) !!!, d'autres pas forcément intéressantes sinon à vivre (3h du matin au bord la piscine à refaire le monde en buvant, nos délires de picassiettes avec Bruce, Renaud et José à l'ambassade de France, ma rencontre avec l'exubérant Barthélémy Toguo - alors ce projet au Cameroun, on le fait?, Lionel Zinsou me félicitant pour mes bibliothèques, etc).

Mais ce qu'il manque vraiment ici, c'est la rencontre avec l'équipe rapprochée de Marie Cécile Zinsou : Lucille, Nicole, Aurélie et Elisabeth*. En digne descendantes des célèbres Amazones du Royaume d'Abomey, ces guerrières que l'on disait plus redoutables que les hommes, les Amazones de la Fondation Zinsou sont d'une énergie et d'un enthousiasme infernals. Du coup, impossible de les saisir sur photo, et encore moins en groupe. Avec Marie-Cécile, elles forment une tornade qui emporte tout sur son passage et elles répandent une chaleur humaine que même les clim's, pourtant très performantes, n'arrivent à rafraîchir.  

 

Merci beaucoup les filles, vous êtes exceptionnelles!

 

Cinq jours, cinq mille kilomètres et autant de surprises, d'émotions, de rencontres, de découvertes.

 

Et évidemment : mille mercis à Marie-Cécile Zinsou, pour tout!

 

Signé Stéphane

 

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* Un des nombreux interviews de Marie-Cécile, c'est ICI.

Le site de la Fondation, c'est ICI !

Le blog, c'est ICI !

Surveillez tout ça, beaucoup de choses sont en projet! Ouidah, Le Louvre, etc!

** Voyez la présentation du livre sur le photographe Malick Sidibé, l'un des ouvrages réalisés pour la Fondation, ICI !

 

 

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