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SERENDIPITY

Prix Landerneau 2011 + interview Delphine Coulin

9 Février 2011, 19:00pm

Publié par Seren Dipity

Le Prix Landerneau 2011 est remis à

 

Delphine Coulin pour Samba pour la France

 

 

publié aux Editions du Seuil.

  coulin samba

 

Pour fêter l'événement, les membres du jury du Prix Landerneau ont tenu à vous offrir une interview de l'auteur en lui posant quelques questions. Delphine Coulin a gentiment accepté l'invitation.

 

Voici donc la gagnante et ses supporters : delphine-coulin_francesca-mantovani_opale.jpg

 

1 -   Delphine Coulin, vous venez de recevoir le Prix Landerneau. Qu'est-ce que ce prix représente pour vous, dans la perspective de votre roman Samba pour la France?

 

Une possibilité de faire connaître Samba et mes autres personnages plus largement.

 

2 - Le titre de votre livre, "Samba pour la France", pourrait sembler trompeur. Il ne s'agit pas d'une danse joyeuse en l'honneur de la nation, mais du parcours en France d'un malien sans papier prénommé Samba. Un projet polémique ? Politique ? Un acte de résistance?

 

J’aime les titres qui évoluent au cours d’un livre. Celui-ci est d’abord à prendre littéralement (mon héros s’appelle Samba, et c’est un patriote, il aime la France), puis il décrit la danse improvisée d’un groupe de travestis brésiliens au centre de rétention de Vincennes, et il finit par décrire la dernière danse de Samba, à la fin du livre, lorsqu’il essaie de crier son identité.

 

3 - Quel a été le facteur déclenchant à l'écriture de ce texte militant?

 

Je suis devenue bénévole à la Cimade il y a trois ans. Chaque semaine, j’aidais des sans-papiers qui avaient demandé à rester légalement en France, mais auxquels on avait refusé ce droit et qui étaient en voie d’expulsion. Leurs histoires étaient si riches, si violentes, si surprenantes, que je n’arrivais plus à travailler au roman que j’écrivais alors. Je l’ai laissé de côté pour écrire celui-ci. 

 

 

4 - Le personnage de Samba est le fruit de votre expérience comme bénévole au sein de la Cimade, et dès le début du roman, il est victime d'un système administratif et politique. Pour autant, Samba pour la France n'est pas un roman manichéen, le souhaitiez-vous ainsi? Que souhaitiez-vous communiquer à travers le voyage au bout de la français-ité de Samba?

 

La vie n’est jamais manichéenne, les hommes sont complexes. J’avais envie que mes personnages aient l’épaisseur de vraies personnes, qu’ils ne soient pas que des victimes, qu’ils soient incarnés.

 

5 - Ecrire Samba pour la France vous a-t-il rendu plus ou moins patriote ? Votre roman renvoie à la notion de nation. Où en est-elle, selon votre vision, la nation ?

 

Je détestais toute forme de patriotisme, mais j’en ai découvert une, inédite : le patriotisme d’hommes qui aiment la France plus que tout, alors même qu’elle les punit pour ça. Ce patriotisme-là me fait mal au ventre, mais d’une autre manière.

 

6 - Le romanesque, aujourd'hui, beaucoup d'écrivains s'en servent dans une perspective sociétale. Quel est pour vous le pouvoir de la littérature, aujourd'hui, dans un monde im-média et archi politique ?

 

Je ne sais pas si la littérature a le pouvoir que vous décrivez. Elle a celui d’émouvoir et de faire réfléchir, c’est déjà beaucoup.

 

7 - Comment s'est déroulée l'écriture du roman? Et, plus largement, comment écrivez-vous?

 

L’écriture du roman s’est déroulée dans la colère. Pour moi la liberté est la plus grande valeur, et j’étais confrontée en permanence à des gens que l’on enfermait et que l’on cherchait à expulser de force.

 

8 - Votre plus grande fierté dans l'écriture de ce roman ? Ou votre plus grand enthousiasme au cours de son écriture ?

 

Peut-être les passages qui décrivent les migrations naturelles : l’oiseau, la tortue de mer ou les poissons cherchent eux aussi un lieu où leurs besoins essentiels seront comblés. Le monde est en mouvement, et il est illusoire de vouloir l’arrêter. Ces passages permettaient de suggérer cette idée tout en créant des ruptures formelles. C’était pour moi une autre manière de faire du documentaire au cœur d’un livre de fiction.

 

9 - Avez-vous envisagé une autre fin à votre beau roman ? Et pourquoi, finalement, avoir opté pour ce choix ?

 

Non. Au fil du livre, Samba perd tout ce qui faisait son identité, et de patriote, il devient criminel. Il n’y avait pas, pour lui, d’autre issue possible.

 

10 - Le début est absolument parfait, à commencer par l'incipit : êtes-vous partie de là dans votre écriture du roman?

 

Au départ, c’était une adresse au président, comme le sont les recours auprès du tribunal, ou la lettre du Déserteur de Boris Vian : « Monsieur le Président, je vous fais une lettre… » Mais il m’était désagréable de faire les recours juridiques à la première personne : je trouvais qu’on volait, une fois de plus, les sans-papiers en s’exprimant à leur place. Alors la troisième personne s’est imposée – à condition qu’une deuxième personne existe, elle aussi, dans le roman : la seule réponse possible à la politique gouvernementale actuelle, c’est la création de relations humaines entre les sans-papiers et les avec-papiers.

 

 

11 - Vous êtes également réalisatrice, pourriez-vous adapter votre roman à l'écran?  Si un scénariste s'emparait de Samba pour la France, auquel de vos pairs rêveriez-vous que soit confié le projet de le porter à l'écran ?

 

Je ne sais pas.

 

12 - Qu'aimeriez-vous qu'on puisse dire de votre oeuvre dans quelques années?

 

Ce n’est pas à moi de formuler ce genre de phrases. J’aurais l’impression d’être comme ces enfants qui s’imaginent leur enterrement pour s’émouvoir de leur propre disparition et des réactions de leurs proches !

 

13 - Vous travaillez sur un nouveau projet de roman ? Pouvez-vous nous mettre l'eau à la bouche ?

  

Je travaille à un film. Il s’intitule « 17 filles » et sortira avant la fin de cette année.

Quand le film sera fini, je reprendrai l’écriture du roman que j’avais commencé avant « Samba pour la France ».

 

14 - Question rituelle du blog : quels sont les 5 livres que vous emmèneriez sur une île déserte?

 

-  Voyage au bout de la Nuit , de Céline

-  Le Cul de Judas , d’Antonio Lobo Antunes

-  Sanctuaire , de William Faulkner

-  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie , de Yoko Ogawa.

-  Terrasse à Rome , de Pascal Quignard.

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Nous tenons à remercier Delphine Coulin pour sa patience et sa gentillesse.

Longue et belle vie à ce beau et puissant roman !

Le jury est composé de neuf libraires :

 

  • Carole Luziak – Bayeux (Calvados)
  • Jean Philippe Durant – Clichy sous bois (Seine-Saint-Denis)
  • Isabelle Anoman – Limoges (Haute-Vienne)
  • Alexandre Muller – Saint Gilles Croix de Vie (Vendée)
  • Gaêlig Christien – Landerneau (Finistère)
  • Stéphane Vinckel – Margon (Eure-et-Loir)
  • Armelle Bayon – Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines)
  • Emmanuel Gak – Saint Denis les Sens (Yonne)
  • Gwen Duguy – Gouesnou (Finistère)

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Bonus : interview télévisé de Delphine Coulin :

http://www.youtube.com/watch?v=zqxTAJwS4oo

Commenter cet article

Avis de lecture 27/01/2015 23:06

Merci pour cet interview. C'est intéressant de lire cet échange

Virginie 09/02/2011 23:57



A défaut d'avoir pu prendre le temps mais aussi l'audace de taire ma timidité pour aborder Delphine Coulin lors de la remise du prix,  je suis contente de lire ces précieuses infos.


Et j'ai quand même eu ma dédicace, hep !!