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SERENDIPITY

A l'ombre des jeunes filles en pleurs : sur Les Affligés de Chris Womersley - une lecture critique de Stéphane

4 Juin 2012, 22:53pm

Publié par Seren Dipity

La couvertue est belle. Le titre est simple et fort (en anglais, Bereft). Une fois tourné, le livre fait toujours envie. La quatrième de couv' semble confirmer : on tient là quelque chose.    9782226241467.jpg

Et dès les premières pages, l'alchimie est là, sans aucun doute. Une ouverture magnifique servie par une écriture d'abord simplement efficace et qui rapidement devient envoûtante.

" Prologue

Le jour où la petite Sarah Walker fut assassinée, en 1909, un ouragan déboula brutalement à travers les plaines de la Nouvelle-Galles du Sud avant de se déchaîner sur la minuscule ville de Flint. Un tel meurtre devait constituer le point focal de ces quelques journées d'agitation fébrile où presque chacun des deux cent habitants eut quelque chose à déplorer."

 

L'histoire est riche, les personnages bien campés, par touches successives. Le roman commence en 1909, par un meurtre et un ouragan. Une entrée en matière brutale, qui préfigure le corps du roman et le monde en 1919. Quinn Walker, le frère de Sarah a fui le jour du meurtre, après que son oncle et son père l'aient découvert, l'arme à la main et couvert du sang de sa soeur. En 1916, il est déclaré mort par l'armée. Mais, en 1919, alors que la guerre est finie, on le retrouve, hanté par les horreurs des combats, revenant vers ces terres et ces habitants qui l'ont condamné et pas encore oublié. Il est même devenu le Boo Radley* du coin, l'épouvantail monstrueux que l'on agite pour faire peur aux enfants. La mort n'a pas fini son oeuvre avec la guerre puisque l'épidémie de grippe espagnole fait des ravages partout sur le globe, et tout le monde se méfie de son prochain, pour ne pas être la prochaine victime.

"A présent, quand il se reposait dans une ravine ou sous un arbre, Quinn était comme en suspens dans l'ambre figé de ses souvenirs, parfois pendant plusieurs minutes d'affilée. Un concentré écoeurant de nostalgie et de regrets. Étonnant comme peu de choses avaient changé en dix ans. Le monde semblait identique, à ceci près qu'il avait dévié de son axe pour toujours depuis l'assassinat de Sarah. Il se redressa contre un arbre et prit peur. Tel un autre genre de Paradis, l'air ici vibrait et miroitait comme s'il luttait pour contenir la variété des formes de vie qu'il était obligé de subir. C'était facile d'imaginer le Commencement des Temps ici - mais aussi, peut-être, la Fin."

Arrivé à Flint, Quinn revoit secrètement sa mère, malade et toujours affligée par ses pertes, et il fait une rencontre surprenante, une petite fille mystérieuse qui va modifier son destin.

"Tu sais qu'il n'y a pas de mot pour désigner celui qui a perdu un enfant? Bizarre, non? Ce serait naturel, après tous ces siècles pleins de guerres, d'épidémies et d'émeutes, mais non, c'est une lacune de notre vocabulaire. C'est quelque chose d'innommable, d'indicible...

Quinn se garda de remarquer qu'il n'y avait pas de mot, non plus, pour le jeune homme qui avait perdu  son unique soeur."

Un roman splendide, ténébreux et onirique, sur la vengeance, le pardon et la rédemption.

 

Chris Womersley, Les Affligés (Bereft), traduit de l'anglais (Australie) par Valérie Malfoy** - Ed. Albin Michel.

 

Signé Stéphane.

__________________

* Personnage clef de Ne Tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, devenu une sorte de croque mitaine aux Etats Unis.

** traductrice, chez Albin, de Peter Robinson, Laura Wilson, Sara Gruen, Ron McLarty, Nicholas Evans, and many more!

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seren dipity 24/06/2012 14:09


Voir l'entretien de Yann Suty avec Chris Womersley sur La Cause Littéraire, là :


http://www.lacauselitteraire.fr/entretien-avec-chris-womersley-a-propos-du-livre-les-affliges.html


Stéphane