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SERENDIPITY

A dos d'ane : sur Béatrice et Virgile de Yann Martel - une lecture critique de Stéphane

30 Novembre 2010, 23:08pm

Publié par Seren Dipity

Il est l'auteur de l'un des grands succès des années 00. Un roman qui avait fait embarquer des lecteurs au "fond de l'inconnu pour trouver du nouveau", comme disait le poète.

Le monde entier et quelques animaux l'attendaient pour son nouveau roman. Et ça tombe bien puisqu'on trouve dans Béatrice et Virgile, les aventures éditoriales d'un écrivain, Henry, qui est sur le point de sortir son nouveau livre. martel.jpg

"Le second roman de Henry, écrit, comme le premier, sous un pseudonyme, avait été bien reçu."

Ainsi commence le nouveau roman de Yann Martel. 

Dans la première, courte, partie de ce nouveau roman, Martel met en scène le désir de ce double écrivain de parler du génocide juif sous l'angle de la fiction et de l'essai, dans un flip-book (tête-bêche.) Il est satisfait de son ouvrage et semble convaincu du succès du livre. Mais il sera refusé lors d'un repas terriblement éprouvant où chaque expert es livres (éditeur, libraire, historien, critique) s'en donne à coeur joie de réduire l'originalité du projet à néant.

L'écrivain s'exile dans un pays européen et dans le silence.

Commence alors la seconde partie. Et le lecteur bascule. Complètement.

C'est vraiment l'un des livres les plus étranges que j'ai lus.

"Tout ce qui restait, maintenant, c'était leur histoire, cette histoire incomplète d'attente et de peur et d'espérance et de bavardage. Une histoire d'amour, conclut Henry."

Henry retiré du monde des lettres reçoit une enveloppe contenant des extraits du conte de Flaubert, La Légende de saint Julien l'Hospitalier et un extrait d'une pièce mettant en scène un singe et une ânesse. Et un appel à l'aide. Il va rencontrer son étrange auteur, taxidermiste. Et voilà, comment cet auteur, également nommé Henry, justifie son recours aux animaux comme personnages :

"Le lecteur fait plus attention au récit [...] L'incrédulité du lecteur se lève, comme un rideau de scène. Rien de tel que l'inimaginable pour faire croire les gens." 

Le fait que l'auteur taciturne soit taxidermiste et apparaisse vieux comme le monde est évidemment lourd de sens. Les dialogues entre Béatrice et Virgile (autre renvoi littéraire - on trouve également Jacques le Fataliste de Diderot) sont au départ d'une simplicité confondante et s'entremêle à la nouvelle vie du Henry auteur à succès. Mais les rencontres entre les deux hommes se font de plus en plus curieuse, en écho à l'histoire de Béatrice et Virgile, avec les horreurs de la guerre qui se profile en filigrane.

« Si l'Histoire ne devient pas une histoire, elle s'éteint »

Difficile de sortir indifférent ou indemne d'un tel roman qui manipule le lecteur avec brio. La série de jeux, en fin de volume, est absolument terrible et bouleversante.

Un tour de force.

 

Signé Stéphane

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