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SERENDIPITY

A L'OUEST ENFIN DU NOUVEAU (sur David MITCHELL + interview)

10 Juillet 2009, 22:00pm

Publié par Seren Dipity

Ecrivain anglais né en 1970, David Mitchell est l’un des auteurs les plus passionnants du moment. Son premier roman « Ecrits fantômes », est publié en 2004 aux éditions de l’Olivier. On découvre alors un talent hors norme, héritier de Pynchon et de Ballard, n’hésitant pas à mélanger les genres et élaborer une narration complexe. L’une des premières qualités qui saute aux yeux chez Mitchell, c’est sa capacité à mêler virtuosité formelle et plaisir narratif.
« Ecrits fantômes » raconte le destin de plusieurs personnages, chacun liés entre eux, mais ça on ne le saura qu’à la fin du roman. Il y a plusieurs manières d’appréhender cet ouvrage complexe qui mélange géopolitique (on se déplace d’orient vers l’occident au fur et à mesure des chapitres) et physique quantique. Mais Mitchell possède une prose limpide et ne perd jamais le lecteur en cours de route. Bref voilà un premier roman qui propose une vraie expérience de lecture comme on n’en lit pas tous les jours.

Trois ans plus tard était publié toujours chez l’Olivier « Cartographie des nuages », en réalité son troisième roman, le second « number9dream », n’étant toujours pas traduit en Français, vive les aléas de la traduction. Toujours inconnu chez nous, Mitchell commence à se faire une solide réputation de l’autre côté de l’atlantique, plusieurs fois finaliste pour le Booker prize. On retrouve dans « Cartographie des nuages » un peu le même dispositif narratif que dans son précédent roman. 6 histoires, 6 personnages, 6 époques, qui se recoupent, toutes plus au moins liés entre elles, mais ici le mouvement narratif n’est plus géographique mais temporel. On commence par l’histoire la plus ancienne, au XIXème siècle jusqu’à la plus moderne, (où là on se retrouve carrément dans de l’anticipation), puis on revient en arrière pour faire une boucle et créer une symétrie narrative. « Cartographie des nuages » possède les mêmes qualités que le précédent opus, en plus ambitieux (chaque histoire possède son propre style littéraire), la surprise de la découverte en moins.

Avec « Le fond des forêts », publié en janvier dernier, David Mitchell laisse de côté les expérimentations narratives pour nous conter une chronique douce amère, un an dans la vie de Jason Taylor en Angleterre, en 1982. Thatcher est au gouvernement, la guerre des Malouines fait rage, Kate Bush passe à la radio et superman à la télé. Le jeune Jason expérimente l’entrée dans le monde complexe de l’adolescence, ce qui est encore plus difficile quand on est bègue et qu’on écrit de la poésie, où toutes faiblesses peut être sujet de railleries et d’humiliation ultime. « Le fond des forêts » est à la fois un roman sur la fin de l’enfance et la fin des illusions, traversé par moment d’une vraie tristesse, par exemple quand Jason voit les relations entre ses parents se dégrader, mais aussi parfois très drôle et souvent émouvant. On pourrait se dire que l’on a déjà lu ça mille fois, sauf que non, car le roman est porté par une écriture solide et poétique qui confère un supplément d’âme et est bercé par un climat onirique, presque fantastique. Et encore une fois c’est dans la narration que Mitchell s’impose, avec un art affirmé de l’ellipse qui évite tout pathos et toute sensiblerie.
Mitchell ne cesse de confirmer son talent et devient de plus en plus indispensable. On a hâte de lire la suite.

Signé Jean-Philippe.


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Quand Jean-Philippe m'a parlé de son projet d'un papier sur David Mitchell, j'ai fouillé sur internet. Et j'ai trouvé l'adresse email d'un agent londonien. Je lui ai écrit en lui demandant s'il pouvait transmettre des questions à l'auteur. David Mitchell m'a écrit directement deux jours après, m'indiquant qu'il serait ravi de répondre à nos questions. Jean-Philippe a donc rédigé une série de questions que j'ai traduites et envoyées. Quelques dix jours plus tard, les réponses étaient là. Il ne restait plus qu'à traduire. Cela m'a rappelé mes versions à la fac... C'était il y a dix ans. Et dix ans, c'est long...
Mais le voilà enfin... Pour rester fidèle à la pensée de David Mitchell j'ai inclus ses réponses en anglais. (A comme answer)

Je remercie encore et encore David Mitchell pour son temps précieux (il a un roman à finir!) et sa gentillesse.

Signé Stéphane


And now, ladies and gentlemen, l'interview de David Mitchell :
 

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Q  - Comment est né votre désir d’être écrivain ?

 

R - Dans l'enfance, en lisant Ursula Le Guin et Isaac Asimov, et pensant "Oh comme je voudrais faire à tous l'effet que ces livres m'ont fait!"; en fixant les motifs du carrelage de la salle de bain et en sautant par dessus comme le cavalier aux échecs et en rêvant d'un livre avec mon nom sur la couverture; en étant de le bain et en construisant des îles  avec de la mousse, provoquant la dérive et la colision des continents.

Dans l'adolescence, en écrivant une poésie épouvantable et quelques histoires pas terribles, parce que le faire me donnait une satisfaction particulière.

Dans la vingtaine quand je vivais au Japon, parce que j'ai enfin compris que la discipline était essentielle pour transformer des projets chimériques en réalité. Je me suis débarassé de la télé.

 A - During boyhood, reading Ursula le Guin and Isaac Asimov, thinking 'Oh how I want to do to other people what these books just did to me!'; staring at patterns on tiled bathroom floors, jumping between them like a knight on a chessboard and fantasizing about seeing a book with my name on the cover; being in the bath, making island empires out of bubblebath, causing landmasses to merge or split apart.  During my late teens, writing appalling poetry and a few rubbishy stories, because doing so gave me a singular satisfaction.  During my 20s when I was living in Japan, because I *finally* realized that discipline is needed to turn pipe-dreams into reality.  I got rid of the TV.

 

 

Q - Quels sont les auteurs qui vous ont influencés ?

 

R - De nombreux écrivains pour de nombreuses raisons, à des moments différents, mais voici une liste : Borges, Kundera, Perec, Calvino, Dickens, Alice Munro, Marilynne Robinson, John McGahern, Bulgakov, DeLillo, Zola, Peter Carey, 1984, Ishiguro, Hesse, Tanizaki, Helen Simpson, Nabokov, Chekhov, Chekhov and Chekhov. Je pourrais changer le sac de l'aspirateur de Tchekhov et considérer ça comme un grand honneur.

A - Numerous writers for numerous reasons at different times, but here's a list: Borges, Kundera, Perec, Calvino, Dickens, Alice Munro, Marilynne Robinson, John McGahern, Bulgakov, DeLillo, Zola, Peter Carey, 1984, Ishiguro, Hesse, Tanizaki, Helen Simpson, Nabokov, Chekhov, Chekhov and Chekhov.  I would change Chekhov's vaccuum cleaner bag and consider it a great honour.


 

Q - la critique vous a qualifié d’écrivain post-moderne, qu’en pensez-vous ? Que signifie post-moderne pour vous ?

 

R - Un mal de crane. Je ne veux vraiment, vraiment pas paraître irrévérencieux aux critiques ou à toi, mais puis-je passer la question? {:-]

 A - A headache.  I really really don't want to seem disrespectful either to you or to literary critics, but please could I skip this question? {:-]

 

Q - Ecrits Fantômes et Cartographie des Nuages sont des romans très élaborés au niveau narratif. Pour ces deux romans aviez-vous une idée précise de la forme avant l’écriture ?

 

R - Pour ce qui est de Ecrits Fantômes j'ai écrit 3 ou 4 histoires avant de trouver l'idée de les interconnecter dans un roman sur l'interconnction. Pour Cartographie des Nuages, oui, je savais ce que je faisais avant de commencer. (Bien que si tu penses à une phrase comme "je savais ce que je faisais" trop longtemps, tout se mélange)

 A - In the case of Ghostwritten, I wrote about 3 or 4 of the stories before hitting upon the idea of interconnecting them in a novel about interconnectedness.  With Cloud Atlas, yes, I knew what I was doing before I started.  (Although if you think about the phrase 'I knew what I was doing' too long it starts turning into mist.)

 

Q - Dans Cartographie des Nuages vous reprenez le même type de narration que Ecrits Fantômes, était-ce parce que vous aviez l’impression  de pouvoir aller encore plus loin ?

 

R - Ai-je utilisé le même procédé? Hum, je suppose que les livres se ressemblent par certains aspects. Je pense que la structure demeure un élément relativement mal étudié du roman et peut-être vais je passer ma carrière (si tout va bien) à perdre mon temps avec la structure. Je ne serais pas le premier écrivain à remarquer que le roman est une métaphore naturelle pour l'existence, où la courbe du récit = causalité; le passé, le présent et le futur = 'temps réel'; et les événements enregistrés = mémoire... et donc, en examinant et farfouillant dans le moteur du roman, on peut examiner et farfouiller dans les moteurs du temps et de l'espace.

 A - Do I use the same narration? Um, the books do resemble each other in some ways, I suppose.  Structure is still a relatively unexplored element of the novel, I think, and maybe I'll spend my career (if all goes well) monkeying about with structure, to some degree.  I'd not be the first writer to notice that the novel is a naturally-occurring metaphor for existence, where narrative arc = causality, the past, present and future tenses = 'real' time, amd recorded events = memory... and so by examining and tinkering with the engine of a novel you can examine and tinker with the engines of time and space.

 

Q - On peut lire vos deux premiers romans comme des nouvelles. Cela ne vous dérange pas, ou revendiquez-vous ces deux ouvrages comme des romans à part entière ?

 

R - Ca ne me dérange pas du tout. Je crois que tous les romans sont faits de nouvelles dont les débuts et les fins se mélangent et se fondent. J'espère que Le Fond des Forêts peut également être lu comme un receuil de nouvelles, et d'ailleurs certains des chapitres ont été publiés en tant que nouvelles pendant que je l'écrivais. Les nouvelles relèvent d'un art plus élevé et plus exigeant que j'espère découvrir en vieillissant et en m'adoucissant.

A - I'm not bothered at all.  I think all novels are made of short stories whose beginnings and ends melt and bleed into one another.  I hope Black Swan Green is also readable as short stories, and I even had a few of the chapters published as short stories whilst I was still writing it.  Short stories is a higher and more exacting art which I hope to learn more about as I age and mellow.


Q - Dans Cartographie des Nuages chaque personnage à son propre langage en fonction du contexte historique. N’aviez-vous pas peur de tomber dans l’exercice de style ?

 

R - Ce qui me fait peur est que les lecteurs puissent ne pas croire en mes personnages d'enfants. Si le style participe à la séduction du lecteur, ça marche. Si le lecteur pense, 'Humm, c'est juste un exercice de style!' alors ça ne fonctionne pas.

A - I'm afraid of readers not caring about or believing in my fictitious children.  If the style is helping the reader to be seduced, it's working.  If the reader is thinking, 'Hmm, this is just an exercise in style!' then it's not working.


Q - Dans vos romans vous utilisez tout le temps la première personne du singulier, est-ce conscient de votre part ?

 

 

R - Non, c'était la connaissance familière de la première personne et la peur de ne pas réussir avec la troisième personne. Puis un ami écrivain m'a transmis le grand secret (roulement de tambours) : la troisième personne c'est juste la première mais tu écris 'il' ou 'elle' à la place de 'je'. Je me suis dis, 'Naaan, ça peut pas être aussi simple!' mais j'ai essayé et bingo, il avait raison. Je suis en train d'écrire mon nouveau roman (date butoire dans 30 jours, d'où ces réponses plutôt courtes!) à la troisième personne. En fait ce n'est pas si simple - vous devez savoir si la voix narrative aura une présence et une connaissance, comme dans les romans du XVIIIème, ou si la voix narrative sera juste un spectateur qui enregistre comme une caméra - mais ce n'est pas si compliqué à saisir et à s'y tenir.

A - No, it was the familiarity of the 1st and the fear that I couldn't do 3rd person.   Then a writer friend gave me the great secret (drum-roll): the 3rd Person is just the 1st person but you write 'he' or 'she' instead of 'I'.  I thought, "Nahhh, it can't be that simple!" but I tried it and hell's bells he was right.  I'm writing my new novel (deadline 30 days away, hence these rather short answers!) in the 3rd person.  Actually it's not quite that simple - you have to work out whether your narrative voice is going to have a personality and knowledge, like the eighteenth century crew, or whether the narrative voice is just going to be a digicam, but that's not such a hard thing to work out and adhere to.

 

Q - Est-ce que vous avez écrit Le Fond des Forêts en réaction à vos précédents romans ?

 

R - J'ai effectué beaucoup de recherches pour Cartographie des Nuages (bien qu'on soit loin des recherches pour le nouveau), alors Le Fond des Forêts fut une sorte de vacance pour moi en termes de recherches. Je voulais également écrire un livre qui m'aide à me comprendre davantage, ce que je n'avais jamais fait avant. Avant Le Fond des Forêts, j'avais évité les personnages pris dans des tourmentes familiales - ils étaient libres, flottants et sans famille, comme les personnages chez Murakami - mais en devenant papa, je me suis intéressé davantage aux situations familiales complexes comme sources d'inspiration pour ma fiction. Je voulais aussi écrire quelque chose à propos des feux d'artifices et de l'acrobatie. Enfin j'étais plutôt enclin à éviter de devenir connu comme le ventriloque Monsieur Postmoderne aux voix métatextuelles nombreuses et de me ballader avec un mal de tête permanent :-)

A - I did a lot of research for Cloud Atlas (though not remotely as much as I've been doing for the new one), so Black Swan Green was a sort of holiday from research for me.  I also wanted to write a book to help me understand myself better, which I'd never done before.  Previous to Black Swan Green. I had avoided characters in tangled family situations - they were free and floating and familyless, like Murakami characters - but since becoming a dad, I became more interested in tangled family situations as sources of fiction.  I also wanted to write something without fireworks or acrobatics.  Lastly I was keen to avoid becoming known as a ventriloquist metatextual multi-levelled Mr Postmodernism and walk around with a permanent headache :-). 

 

Q - Il me semble que Le Fond des Forêts est une nouvelle à l’origine, avez-vous décidé d’en faire un roman plus tard, ou c’était prévu dès le début ?

 

R - J'ai décidé d'en faire un roman après la première histoire.

A - I decided to turn it into a novel after the first story.

 

Q - Avez-vous pensé à un roman ou un auteur en particulier en écrivant Le Fond des Forêts ?

 

R - Sa dette au Grand Meaulnes est déclarée. A part celle-ci, pas particulièrement.

A - Its debt to Le grand Meaulnes is stated.  Other than that, not especially.

 

 

Q - Dans Le Fond des Forêts, le passage avec Mme Crommelynck fait référence à deux passages de Cartographie des Nuages. L’effet est saisissant  car en plus de créer une connexion inattendue entre vos romans, cela rajoute un vécu au personnage et crée une réelle connivence avec le lecteur. Comment avez-vous imaginez cette connexion ?

 

R - Si ta question veut dire "Comment t'est venu l'idée de relier tes romans?" alors la réponse est : ça devient une des mes habitudes. Tout ce que j'écris a, ou aura, ces 'tunnels' entre les oeuvres, si bien que mes romans formeront sur une étagère les chapitres d'un sur-livre qui grandira aussi longtemps que je serai un auteur publiable.

Si ta question veut dire "Pourquoi faire ces connections?" alors les réponses sont :

a) c'est drôle

b)  la croyance/crédulité dans un monde fictionnel (peut-on l'appeler sa 'réalité ontologique'?) est un bien transferrable, et si vous croyez en un personnage dans un roman, et que ce personnage apparaisse dans un autre roman, alors il confère la crédulité en sa réalité obtenu précédemment au nouveau roman. (Bon courage pour traduire ça! Merci!*) C'est un peu comme un vendeur qui en changeant de boutique apporte ses clients fidèles.

A - If your question means, 'How did you find the idea to connect your novels?' then the answer would be that it's a growing habit of mine.  Everything I write has, and will have, these 'worm-holes' between them, so that my novels on a shelf will form the chapters of an uber-book that will grow for as long as I am a publishable wrter.  If your question means 'Why do you make these connections?' then the answers are (a) it's fun (b) belief in a fictional world (may we call it 'ontological concreteness'?) is a transferable asset, and if you believed in a character in one novel, and that character appears in another novel, then he or she bestows his or her previously-earnt 'believability' onto the new novel.  (Good luck translating that sentence!)  It's a bit like a sales agent who gets a job with a new agency to which he or she brings his or her long-standing customers.

 

Q - Il y a beaucoup de références à la musique dans vos romans. Quel est votre rapport à la musique.

 

R - La musique pose des jalons dans la vie. La musique a été une source d'identité quand j'étais jeune et moins sûr de qui j'étais. La musique vous aide à aller mieux quand la vie vous semble merdique. La musique peut être le doudou de mon enfant. La musique peut être un baiser dans le cou. La musique peut transformer la vaisselle en quelque chose d'assez agréable. La musique peut être un continent à explorer. La musique peut être comme macher un chewing-gum pour se maintenir éveillé. La musique peut être un soduku force 4, surtout les très modernes de la famille des casse-têtes. La musique peut être aussi douloureuse que de définir le postmodernisme, en particulier quand vous avez juste envie de bière brune dans le coin d'un pub et qu'une daube sort des enceintes à 50 décibels. La vie sans musique serait un sachet de thé sans le thé.

A - Music marks milestones in life.  Music was a source of identity when I was young and less certain who I am.  Music makes life feel better when life feels crap.  Music can be my child's comfort-blanket.  Music can be a kiss on the back of the neck.  Music can make doing the washing up quite enjoyable.  Music can be a continent to explore.  Music can be chewing gum to keep your face awake.  Music can be advanced sudoku, especially the very modern plinky-plonky sort.  Music can be as big as headache as defining postmodernism, especially when you just want to quiet black beer in the corner of a pub and a piece of crap comes on over the speakers at 50 decibels.  Life without music would be a tea-bag without the tea.

 

Q - Vos trois romans publiés en France sont traduits par Manuel Berri. Est-ce un choix de votre part ? Quel rapport entretenez-vous avec votre traducteur ?

 

R -  Je ne peux pas dire comment M. Berri me voit, mais je le considère comme un ami proche et sérieux. Nous ne nous sommes rencontrés qu'une seule fois mais il sait comment mes pensées se transforment en mes mots, ce qui est la connaissance la plus intime que vous pouvez avoir d'une personne. Nous avons aussi plusieurs points communs dans nos vies. Aussi longtemps qu'il voudra me traduire et appréciera mes livres, j'espère qu'il trouvera le temps d'être ma voix française.

A - I can't say how M. Berri views me, but I consider him a close and thoughtful friend.  We've only met once, but he knows how my thought turns into my language, which is one of the most intimate ways to know a person.  We have a few things in common in our personal lives, too.  For as long as he wants to translate me and enjoys my books, I hope he can find the time to be my French voice.

 

Q - Ressentez-vous des affinités avec des auteurs contemporains ?

 

 

R - Pas particulièrement : je vis dans un village de quelques centaines d'âmes, près d'une ville de 4000 habitants, dans le sud-ouest de l'Irlande. J'ai quelques amis écrivains, un ou deux sont proches, mais nous ne formons certainement pas une école. Je ne suis pas sûr que notre âge individualiste permette les écoles artistiques... elles ont peut-être disparues comme les manifestes et les dauphins de rivière. 

A - Not especially: I live in a village of a few hundred, near a town of 4,000, in the south-west of Ireland.  I have a few friends who are writers, one or two are close, but we certainly don't constitute a school.  I'm not sure if our individualistic age does artistic schools... they may have gone the way of manifestos and the river dolphin.

Q - Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

 

R - Je termine juste un roman (xxx en cours de trad xxx) longtemps retardé, ou plutôt c'est lui qui me finit. J'ai une énorme vision lumineuse pour mon prochain roman, mais j'essaie de ne pas trop y penser parce que ma pauvre éditrice à Londres a déjà modifié deux fois ces vacances à cause de mon retard, et je dois vraiment me concentrer pour finir le texte.

A - I'm finishing off a long-delayed Dutch-Japanese-Nagasaki-maritime-psychotropic nunnery-Enlightenment novel right now, or rather it is finishing off me.  I've got a big gleaming vision for my next novel, but I'm trying not to think about it too much because my poor editor in London has already re-arranged her holiday twice around my broken deadlines, and I really *must* concentrate on finishing the thing.

 

Q - Quels sont les livres que vous emporteriez sur une île déserte ?

 

 A - Books: Joyce's Ulysses, Memorize Japanese Kanji, Monster Book of Twentieth Century Poetry, Mathematics for Idiots, and a First Edition of Da Vinci's Notebooks, signed by the author.

Musics: Shostakovich's Preludes and Fugues; Bach's 6 Suites for Solo Cello; Bill Evans' Alone; Call of the Valley, a famous EMI Indian recording that has been deleted for years; and You Got It by Roy Orbison to remind me of dancing in the kitchen one night with my family.

* note du traducteur! le plus dur fut l'avant dernière réponse (xxx)...

Questions de Jean-Philippe. Traduction aller-retour de Stéphane.
 

 

 

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BA dissertation 17/10/2009 13:55


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lig 15/07/2009 20:45

Et bien, tu m'en avais déjà parler mais c'est vrai que là, si je l'avais sous la main je le commencerai bien Le Fond Des Forêts! Mr. Mitchell me semble très sympathique!très chouette interview! ;)