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SERENDIPITY

I'm looking through you : interview Claro/Beatles

5 Juin 2009, 18:26pm

Publié par Seren Dipity

Christophe Claro a gentiment accepté de répondre à quelques questions. Nous reproduisons ici l'ensemble.

 

En hommage à votre livre Black Box Beatles, nous allons faire un entretien Beatles :







 
Q_ You know my name (look up the number) : d'où vient le titre Le Clavier Cannibale?

A_ C’est un titre que j’ai imaginé il y a une quinzaine d’années, pour un recueil de textes, recueil que j’ai oublié un jour dans le train  909 de la déception. Quand j’ai décidé de renommer mon blog, il m’a semblé on ne peut plus approprié. C’est la vision que j’ai de mon ordi, et que j’avais de mes machines à écrire : une machine avide qui se nourrit de sa propre matière, les lettres. (En plus, je tape fort et du coup je consomme pas mal de claviers…)
 
Q_ A day in the life: c'est quoi le quotidien de Claro?

A_ Je me lève vers onze heures du matin, je vais au café prendre un crème en lisant la presse, puis je rentre faire un ou deux courriers, après je mate mon feuilleton préféré à la télé et en général je fais une longue sieste. Vient alors l’heure de faire les courses, puis c’est l’apéro, le repas et s’il n’y a pas de bons films à la télé je lis quelques pages d’un bon polar puis j’éteins, jamais plus tard que vingt-deux heures. Sinon, il m’arrive de déroger à ce rythme, et alors je traduis et j’écris de cinq heures du matin jusqu’à 19h. Passé 19h, je préfère écrire et traduire jusqu’à minuit.
 
Q_ The long and winding road : quelle est la traduction qui a été la plus difficile et pourquoi?

A_Je pense qu’il s’agit de O Révolutions, de Danielewski. Il fallait traduire en aveugle, à tâtons, tout réinventer en ne se fiant qu’à son instinct. C’était vraiment casse-gueule, il ne fallait pas lâcher le morceau une seule seconde. Vraiment épuisant.
 
Q_ I am the walrus (I am he as you are he as you are me and we are all together) : le traducteur est-il un double du romancier ou tout autre chose?

A_

Q_ Carry that weight : en lisant certaines pages du Clavier Cannibale, on a parfois l'impression que vous êtes en mission?

A_ A pig on a mission? Mon côté “Babe” est de pure surface. Ecrire, traduire: c’est surtout un non-choix. Je ne sais pas faire autre chose, je ne peux pas faire autre chose. Je n’essaie pas de faire changer les choses, je pense que le capitalisme s’en charge très bien.
 
Q_ When I'm sixty four : vous êtes romancier, directeur de collection (Lot49 au Cherche Midi   

http://www.cherche-midi.com/pro/collection.php?id=2806) et traducteur, allez vous conserver toutes ses activités ou choisir l'une d'entre elles?

A_ Je vais arrêter la traduction à la fin de l’année, écrire davantage. J’ai aussi le vague projet d’aller sur la lune, mais il paraît que c’est très surfait.
 
Q_ With a little help from my friends : vous citez d'autres traducteurs dans le Clavier, qui estimez vous parmi vos pairs?

A_ Michel Lederer, André Markowicz, Nicolas Richard, Jean-Yves Pellegrin, Claude Riehl (rest in peace…)… la liste est longue, en fait.
 
Q_ I should have known better / Not a second time : y a-t-il des livres qui souffrent d'une mauvaise traduction que vous aimeriez refaire?

A_ J’essaie de résister à la tentation, car c’est toujours compliqué. Mais j’aimerais bien retraduire, idéalement, les livres de William Burroughs (sauf le Festin Nu).
 
Q_ From me to you : Danielewski (auteur de La Maison aux feuilles et de O Révolutions) vous a dédicacé son dernier livre, vous n'êtes pas un simple traducteur : ce statut de traducteur référence vous agace? vous flatte?

A_Je ne sache pas qu’il me l’ai dédicacé (c’est James Flint qui m’a dédicacé son recueil de nouvelles publié au Diable Vauvert…). Flatté/agacé: oui, l’un ne va jamais sans l’autre, parce que la flatterie a forcément un petit côté méprisant pour les autres. Mais j’aime forcément l’idée que des lecteurs lisent mes traductions parce qu’elles sont signées de mon nom, ça veut dire qu’il existe une communauté invisible, des personnes partageant les mêmes goûts et sensibles au travail de la langue.
 
Q_ Do you want to know a secret: toujours à propos de Danielewski, on m'a raconté votre rencontre lors de la sortie de O Revolutions, mais j'ai un vague souvenir de l'anecdote... racontez nous l'histoire avec le us/nous/no us?

A_J’ai oublié. Je ne me rappelle jamais les détails de traduction, les problèmes précis.
 
Q_ I want you (she's so heavy) : est-ce vous qui choisissez vos traductions? Et pourquoi tous ses ouvrages monumentaux?

A_ Je choisis mes traductions, même si j’ai souvent l’impression que ce sont elles qui me choisissent. Pourquoi des gros livres? Parce que j’aime vivre un an, deux ans, avec le même livre. Parce que j’aime les gros livres, aussi, tout simplement, ça en jette, c’est mon côté frimeur.
 
Q_ Don't let me down /It won't be long: quels sont les prochains auteurs anglo-saxons à découvrir en France?

A_Richard Grossman. Lydia Millet. Evan Dara. (On pourrait en rajouter une bonne centaine.)
 
Q_ How do you sleep? / God (I don't believe in...) : dans un article du Clavier ("plutôt que") vous maltraitez la scène littéraire française actuelle, tout est vraiment à jeter?

A_Pas du tout. Qui aime bien châtie bien. Je lis Cadiot, Frédéric Léale, Volodine, tout ce qui me passe sous les yeux, la littérature se porte comme un charme. C’est juste que certains ne font pas le même métier mais le croient.
 
Q_ I feel fine / Cloud Nine: pas d'île déserte chez les Beatles (y a un sous-marin jaune, au pire), quels sont les 5 livres à emmener dans le sous-marin?

A_ L’arc en ciel de la gravité, de Pynchon ;
Soirs bordées d’or,  d’Arno Schmidt; Voyage au bout de la nuit, de Céline;
Pour en finir avec le jugement de dieu, d’ Artaud;
Miracle de la rose, de Jean Genet.
 


BONUS
Q_ Et l'amour dans tout ça : que pensez vous du travail de George Martin sur LOVE, la relecture des morceaux des Beatles?
 
A_IL aurait dû vomir, on aurait gagné du temps.

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Merci encore à Claro d'avoir pris du temps sur l'apéro pour répondre à nos questions.

Signé Stéphane.

BONUS 2 :
Le portrait d'Artaud par un ami qui commence à faire parler de lui, Gravleur (on en reparlera cet été puisqu'un livre est prévu chez Somogy, avec des textes de Nick Tosches)

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