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SERENDIPITY

Shotgun down the avalanche* : sur Balistique de D.W Wilson - une lecture critique de Gaëlig

29 Mars 2015, 15:30pm

Publié par Seren Dipity

"J'ai caressé une cicatrice sur ma joue, à peu près aussi longue qu'un canif et je me suis interrogé un instant sur les morts et les disparus."

"Si je devais mettre le doigt sur l'instant où tout a Commencé avec un C majuscule, l'été où le passé de ma famille est venu frapper à ma porte, je dirai ceci : à quatre-vingt-deux ans, Granp' a fait un infarctus."

 

Si ces deux phrases que l'on trouve dès les premières pages du roman ne vous donnent pas envie de poursuive, soit. Mais, pour ma part, elles ont contribué fortement à me happer. Je me souviens avoir ressenti cette excitation singulière qui m'assaille toujours dès que je sens que j'ai entre les mains un EXCELLENT livre.

 

Si on choisit de poursuivre notre lecture, on plonge alors dans la vie -de famille- d'Alan West, jeune trentenaire paumé à la fois dans l'écriture de sa thèse et dans sa vie sentimentale. Il trouve refuge chez Cecil West, son grand-père qui l'a élevé, le temps de souffler un peu. Seulement voilà, le Granp' a 82 ans et fait donc un infarctus.

A son réveil, il demande à Alan de partir à la recherche de Jack West, son fils unique et aussi le père d'Alan qui l'a abandonné très tôt, tout comme sa mère d'ailleurs...

S'en suit un road trip dans les montagnes rocheuses canadiennes en proie à des incendies sans précédents, où la chaleur et l'odeur de brûlé colorent le voyage. Alan sera accompagné par le chien de Cecil, Puck, un animal extrêmement bien conté, quasi réel, et par Archer Cole, son grand-père maternel, dont il n'avait jusqu'alors aucun souvenir...

"Le truc lorsqu'on voyage sans destination précise, c'est que le voyage devient la destination, un champ infini de destinations."

 

En fait, cet été-là, Alan va faire la connaissance de sa famille au complet, lui qui s'était construit autour d'un seul être - mais pas n'importe lequel - Cecil West. Un homme têtu, de peu de mots, assombri par la mort brutale de sa première femme. Et bien qu'il ait trouvé à nouveau l'amour avec Nora, superbe femme au caractère trempé, il n'arrive pas à la demander en mariage, à l'aimer comme il le faudrait... Et on comprend très vite qu'elle ne restera pas avec Cecil et qu'un triangle amoureux sera la pièce centrale du puzzle de l'histoire familiale.

 

En effet, dès le départ, le récit du road trip d'Alan, d'Archer et de Puck alterne avec les souvenirs d'Archer, depuis sa rencontre avec Cecil et Jack jusqu'au moment où le cercle familial se brisera, peu après la naissance d'Alan. Cette construction donne d'ailleurs un effet de suspense à l'histoire, très bien rythmé et finement dosé.

 

Secrets de famille mais surtout complexité des relations humaines sont au coeur de ce roman où, dans ce milieu très masculin, on ne dit pas ses sentiments facilement. Une histoire dramatique où pourtant l'humour est de mise  dans des dialogues truculents et les personnages hors du commun que sont Cecil et Archer.

Une histoire de famille peu ordinaire donc, où les sentiments amoureux et amicaux prônent sur le rationnel. Le prix à payer étant l'éclatement de la famille, les souffrances et, peut être, la liberté de chacun : "On ne choisit pas sa famille  et pour reprendre les mots de ma mère, on ne choisit pas vraiment ceux à qui on tient." ou plus loin : "La vérité la plus triste de toutes, c'est que soit on perd ceux qu'on aime, soit ce sont eux qui nous perdent".

 

Dans ce Canada rural au coeur des montagnes, le dépaysement est garanti. On y trouve un microcosme de personnalités très fortes qui entourent ce "gamin" en proie à un voyage initiatique des plus mouvementé où il rencontrera sa mère Linnea... qui l'accueillera de la manière la plus improbable (et pourtant, on y croit) : "Pas même un froncement de sourcils - elle ne regrettait rien et elle n'allait pas nier la vérité". Et au bout du voyage, il y aura son père, ermite solitaire qui attendait ce moment depuis trente ans : retrouver son propre père...

"Tous les chemins mènent à Jack West, même le mien, même si j'avais réussi vingt neuf années durant à tracer ma route sans être hanté par son spectre."

 

J'ajouterai que la traductrice Madeleine Nasalik a fait de l'excellent boulot pour retranscrire si parfaitement les effets de cette prose à la fois poétique et très masculine...

Deux petites citations pour clore tout ça :

Une qui m'a fait rire:

"Le plat pays- si plat qu'on pouvait regarder son chien fuguer durant deux semaines."

L'autre, si vraie :

"La plus grosse peur d'un gamin de vingt ans, c'est que le meilleur soit déjà derrière lui."

 

Signé Gaëlig

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* L'immense Shawn Colvin ICI. Et comme nous sommes sympas sur Serendipity, nous vous avons trouvé une version avec la non moins grande Alson Krauss... 2 belles femmes, 2 voix, 10 cordes. La classe.

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Marie-Claude 31/03/2015 15:49

Vilaine tentatrice... Un de plus que je veux absolument lire.