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SERENDIPITY

Astrolabe romanesque : sur Les Luminaires d'Eleanor Catton - une lecture critique de Stéphane

15 Février 2015, 15:43pm

Publié par Seren Dipity

En 988 pages Eleanor Catton démontre que le grand roman du XIXe siècle n'est pas mort.

Ca débute comme ça :

"Les douze hommes assemblés au fumoir de l'hôtel de la Couronne donnaient l'impression d'un groupe réuni par le hasard."

Mais l'impression est évidemment trompeuse. Et puisque cette idée ouvre le livre, gardons-la en tête : ce sera souvent le cas dans ce grand roman du mensonge, de la tromperie, des faux-semblants, de l'arnaque.

Les douze hommes réunis cette soirée de 1866 dans la ville portuaire de Hokitika, sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande, sont là pour tenter de faire la lumière sur une série d'événements qui se sont produit dans la petite communauté des chercheurs d'or et des notables de la ville.

Un homme est mort, une fortune a été retrouvée sur sa propriété rapidement réclamée par une veuve dont on ignorait l'existence. Une prostituée opiomane a voulu se donner la mort et se réveille en prison, la robe pleine d'or caché dans les coutures. Un jeune homme riche a disparu après avoir passé la nuit avec cette prostituée. Une malle s'est évaporée mais pas pour tout le monde. Un inconnu vient d'arriver sous une fausse identité, à bord du bateau d'un mystérieux capitaine balafré...

Roman d'aventures, roman policier aux allures de western parfois, grand roman d'amour, flirtant avec le mystérieux et l'ésotérisme en vogue de l'époque, Les Luminaires bénéficie d'un art de la narration hors pair. Brassant les genres, multipliant les points de vue, Eleanor Catton promène son lecteur des comptoirs de Hong Kong dans les années 50, aux camps de chercheurs d'or, des tentes à opium aux bordels... La construction, très habile et qui ose afficher sa présence (avec ces introductions/résumés en début de chapitres) dévoile la conception du roman presque matériellement.... : plus nous avançons dans le roman, plus les chapitres se font courts, jusqu'à ce point de fuite, à la fin du roman, où les résumés introductifs sont trois fois plus longs que les chapitres mêmes... Eleanor Catton travaille ses personnages comme son intrigue et ses multiples affluents, couche après couche, au gré du mouvement des étoiles dans le ciel.

Brillant!

 

Audiobook lu par le caméléon des accents, Mark Meadows. Traduction lumineuse d'Erika Abrams.

Signé Stéphane

 

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"I am a great beliver in serendipity !" / "Je crois énormément aux caprices du hasard !"