Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SERENDIPITY

Priceless : sur Price de Steve Tesich - une lecture critique et enthousiaste de Gaëlig

29 Août 2014, 09:09am

Publié par Seren Dipity

« Je mettrais ma main au feu,

Oui, je mettrais ma main au feu

Que tout homme est une île.

Et contrairement à ceux qui disent

Que toujours il étincelle,

Moi, je mettrais ma main au feu

Que le soleil

Parfois ne brûle nulle part.

Et je mettrais ma main au feu,

Bien que nous soyons tous bons à crever,

Qu’un jour un salaud, un pourri

Trouvera le moyen de passer au travers

Et de vivre éternellement

Sans en payer le prix. »


Quand Larry Misiora se lève au cours d’anglais pour lire son poème, on (lecteur et personnages) est tous subjugué. Larry « le teigneux » révèle une nouvelle face de lui. Larry est un jeune homme en quête de liberté, en rage contre son avenir déjà tracé. Car dans ce quartier industriel et prolétaire d’East Chicago, à Aberdeen Lane, si vous n’avez pas de projets spéciaux ou de compétences particulières et que vous êtes un homme, vous savez que vous allez travailler toute votre vie dans l’usine de pétrole qui domine la ville.


Et à dix-huit ans, Larry a bien conscience de ce qu’il l’attend s’il ne s’enfuit pas de sa ville natale. Il est consumé par ce désir intense de s’affranchir de tout. Car l’amour fait mal, l’avenir fait horreur, la fuite séduit. Et la colère fait rage. Larry est un personnage passionnant. Et pourtant, c’est un personnage secondaire. Daniel Price est celui que nous suivons tout au long du 1er roman de Steve Tesich. Celui-ci termine, en compagnie de ses deux copains Larry et Billy « la bonne pâte », sa dernière année de lycée à Aberdeen Lane. Les trois comparses sont un peu paumés, et durant l’été que durera le livre, ils vont s’éloigner les uns des autres, trop concentrés sur leur propre vie à venir, et prendre des directions opposées.

Daniel Price aurait pu être un excellent lutteur et obtenir une bourse pour l’université. Mais il ne se l’accorde pas.

Il est trop tôt pour prendre des décisions sur son avenir. C’est le flou total.

Et quand, un soir au début de l’été, il rencontre Rachel, il sait enfin ce qu’il veut. Etre amoureux, plonger de tout son saoul dans cet amour, et l’avoir en retour.

Mais cet été va être exceptionnellement spécial…

Rachel, pour commencer, n’est pas facile à cerner.

Elle est même complètement déroutante, mystérieuse et donc, pour Daniel, envoûtante. Il ne peut pas s’en passer.


Dans le même temps, tout comme son noyau amical, son cocon familial va éclater.

Le père est atteint d’un cancer, devient paranoïaque et entretient avec Daniel une relation plutôt dure et violente. Sa mère, quant à elle, se tourne vers la spiritualité, et tient sa famille debout avec force et courage. La relation mère-fils est superbe, toute en retenue et respect de l’autre. Elle lui dira des mots qu’une mère a rarement pour un fils, au sujet de l’amour et du couple. Daniel essaiera de s’affranchir de ses parents pour ne vivre que pour lui et sa vie amoureuse. Mais au moment où son père souffre et où sa mère se démène pour que son mari et son fils s’en sortent, il n’arrive plus à gérer quoi que ce soit, tel l’ado en crise qu’on connaît tous, plus ou moins.

C’est l’enfance et l’adolescence de Daniel qui prennent fin. Le pas vers l’âge adulte va être difficile et douloureux, proche du chaos intime, de la mise en question, de l’introspection intense.

Pour s’évader, il va aller jusqu’à s’inventer un double, écrire les journaux intimes de ses proches, se mettre à la poésie.

Il veut sortir de sa tête, de sa vie mais est physiquement paralysé, incapable de partir de son cocon familial, de sa chambre d’ado.

Daniel est entouré de personnages hors-normes absolument fantastiques qui font de lui un être extrêmement classique auquel on s’attache, pour lequel on ressent de l’empathie voire même de l’agacement : nous, avec notre expérience adolescente révolue, on veut l’aider quand il galère au milieu du marasme que cause Rachel dans leur couple. Quand chaque mot, chaque geste est analysé, comme dans tout début de relation amoureuse. Il se sent seul, perdu. (La solitude est un des thèmes ultra présent dans le roman. Jeune comme adultes, hommes comme femmes, on est seul avec nous-même.)

Et en même temps, bien sûr, si vivant.

Price, tout comme Karoo, est un grand livre. Il n’est pas le énième roman d’apprentissage, il est unique par ses personnages hors-normes.

Tesich signe, en 1982, un roman d’une justesse, d’une noirceur et d’un réalisme sur les profondeurs de l’âme humaine (et de l’adolescence) absolument bluffants.

 

Voici le lien vers lequel vous pourrez lire le 1er chapitre : http://issuu.com/toussaintlouverture/docs/booklet_hm

 

Signé Gaëlig.

_______________________

Voir la lecture de Stéphane, ICI.

Commenter cet article

Stéphanie 16/10/2014 10:53

Merci pour cet article.