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SERENDIPITY

Even cowgirls (like Gaëlig) get the blues : sur Faillir être flingué de Céline Minard et Homesman de Glendon Swarthout - une lecture critique de Gaëlig

9 Juillet 2014, 11:55am

Publié par Seren Dipity

En ce début de mois de juillet, je vous présente deux livres aux allures de westerns, l’un français et l’autre américain.

Le premier, Faillir être flingué de Céline Minard*, paru en août 2013 aux éditions Rivages, vient de remporter le prestigieux prix France Inter.
C’est un western, pur et simple, où cet écrivain brillant nous amène crapahuter dans le Far West en compagnie de personnages truculents et passionnants. Tous, rencontrés au gré des champs, plaines et rivières, au cours d’épopées, de drames familiaux et de batailles, finissent par s’arrêter dans cette ville, toute nouvelle, dont nous assistons à la création. Chacun amenant ses qualités et ses envies d’entreprendre et se transformant de cowboys en hommes d’affaires.
Au départ, il y a déjà un saloon, évidemment, géré par Sally, une femme mystérieuse et au caractère trempé, et qui gère aussi un petit bordel, pour le plaisir de ces messieurs les cowboys.
Il y a également un campement qui fait office d’hôtel dont s’occupe un père, également berger, et ses deux filles, qui passent leurs journées à confectionner des merveilleuses couvertures en laine et à s’occuper du registre de l’ »hôtel ».
Une ou deux échoppes vivotent, ainsi qu’un barbier, également médecin et chirurgien à ses heures perdues, souvent sollicité quand arrive dans la ville un homme blessé par les indiens ou par un règlement de compte entre cowboys.
Ceux qui vont arriver ici viennent de partout ailleurs, ont traversé des épreuves diverses et variées et sont à la recherche de calme et de sédentarité. Nous les avons suivis, l’un après l’autre, se croisant, se dépassant.
Des cowboys aux allures de dur à cuire, mais bien humains, avec leurs faiblesses qui nous ont été soufflées au cours de leurs périples.

C’est ainsi que Céline Minard nous conte un western, un vrai, où les blancs se confrontent aux Indiens et vice et versa, et où aussi, certains s’ouvre aux différentes cultures qui peuplent les plaines. Où l’idée de vivre ensemble, de marchander ensemble se forme peu à peu. Et où, aussi, les blancs, cowboys et colons se pourchassent entre eux, comme des êtres humains d’hier et d’aujourd’hui.
Une langue travaillée, des dialogues truculents, un humour de situation parfaitement maitrisé font de ce livre un étonnant western. En effet, Céline Minard frappe (encore) où on ne l’attend pas. C’est une surprise française, c’est un plaisir de bout en bout de lecture et de dépaysement.
Un livre qui a amplement mérité son prix et son coup de projecteur!

Le second livre du genre s’intitule Homesman** et nous vient d’un Américain, Glendon Swarthout (1918-1992), et fut publié en 1988 aux USA.
Les éditions Gallmeister l’ont publié à leur tour en mai 2014 avec une nouvelle traduction de Laura Derajinski.
(Il avait déjà été publié en France aux Presses de la cité en 1992 -édition épuisée aujourd’hui- sous le nom 
Le chariot des damnées.)
On a beaucoup parlé du film aussi, sorti en salle en même temps et signé Tommy Lee Jones, avec lui-même et Hilary Swank.

C’est un beau livre, où, pour le coup, l’auteur place les femmes au premier plan. Au milieu du XIXème siècle, dans les grandes plaines de l’Ouest américain, les femmes faisaient aussi parties des pionnières.
Swarthout met l’accent sur la vie difficile qu’elles ont dû supporter. Dans ces contrées reculées, éloignées de leurs familles, elles se marient à des hommes qui les amènent au loin, pour prospérer et monter leur propre famille, descendance.
Etre les premiers fermiers de ces contrées lointaines n’était pas une mince affaire. Il fallait faire avec la solitude, l’éloignement, le dur métier de la ferme et des plantations et surtout aussi, avec le temps qui pouvait se montrer impitoyable, les isoler des mois durant dans leurs maisons, loin de tout et de tous.
Et c’est ainsi que le roman s’ouvre : sur les histoires personnelles de quatre femmes qui ont sombré dans la folie.
Après avoir perdu ses enfants, ou bien avoir vécu la peur extrême d’une invasion de loups affamés dans sa maison, ou le plus souvent, ne pas avoir supporté l’isolement.
Les hommes, eux, étant souvent contraints de partir « faire les courses » pendant des voyages de plusieurs jours, elles étaient laissées seules ou avec leurs enfants, qui à l’époque, tombaient aussi comme des mouches à la moindre petite épidémie…
Des épreuves trop difficiles à supporter pour ces femmes qui perdaient la raison. Elles étaient incapables de parler, de se mouvoir, ou devenaient démentes, violentes, du jour au lendemain.
Ces quatre femmes sont donc obligées de partir, laissées par leurs maris (car plus bonnes à rien à la maison et pour la famille), pour faire un voyage à cheval de cinq semaines vers l’Est du pays afin d’être reprises à charge par leurs parents si ceux-ci sont toujours vivants ou bien être amenées dans un des premiers asiles crées.
Pour les accompagner, faute de mieux, c’est une autre femme, Mary Bee Cudy, une catholique célibataire, indépendante, plus forte que les autres, un hybride de femme. Enfin, de l’extérieur.
Celle-ci, lors d’un concours de circonstance, se retrouve affublée d’un bandit, G. Briggs, qui lui doit une dette. Il va devoir conduire ce chariot de femmes malades avec elle, jusqu’à destination, en échange d’une somme d’argent. C’est un bandit peu scrupuleux, un homme brutal et taciturne.
Tout au long de ce voyage périlleux, long et exténuant, la relation entre Cuddy et Briggs évoluera, mettant à l’épreuve leurs certitudes, et leurs regards sur eux-mêmes comme l’un sur l’autre changera peu à peu.
Pour autant, nous ne sommes pas dans le cliché de la brute qui devient agneau; ce n’est pas un conte de fées, loin de là. Même si l’on peut être un peu déçu par le manque de finesse psychologique, G. Swarthout cherche, avec intelligence, à creuser au plus profond la psychologie de l’être humain.
Homesman est donc un bon roman, un western complètement différent de celui de Céline Minard, ressemblant plus à un road book psychologique très romanesque qui nous laisse avec un sentiment de dépaysement et de lecture plus qu’agréable.
Alors, amateurs de western, vous avez le choix! Il y a même bien d’autres livres du genre qui fleurissent en librairie ces derniers temps! Et si cela nous permet de découvrir des auteurs et des romans fabuleux, on ne peut qu’être ravi!


Signé Gaëlig.

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* Lire le papier de Jean-Philippe, ICI.

** Lire le papier de Stéphane, ICI.

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