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SERENDIPITY

Perfect Day* : La ballade d'Hester Day de Mercedes Helnwein - une lecture critique d'Alexandre

14 Mai 2014, 12:00pm

Publié par Seren Dipity

            C'est l'histoire d'une fille qui n'aimait pas vraiment sa famille sans pour autant la détester. Une fille qui se demande comment les voisins peuvent les prendre pour des gens normaux ? Et pourtant le bruit court dans le quartier qu’il s’agit d'un « superbe spécimen de bourgeoisie de banlieue ». Un père architecte, une mère investie dans les œuvres caritatives, leur aînée qui se prépare à entrer en faculté de psychologie et... et... Hester.

            En prologue de ce roman, Hester Day dresse un tableau d'elle même, court mais et efficace. Sept pages pour résumer à l'essentiel sa petite enfance, sa vie sociale (événements marquants), ses amis, son état mental, son apparence physique, sa santé, sa famille, sa ville natale ; histoire de détricoter tous ses préjugés.

            Et puis cela commence comme cela «  UNE TYPO QUI CRAINT A dix-sept ans, j'ai labouré ma vie avec une moissonneuse à combustion. Enfin, pour être franche, je ne suis pas sûre que les moissonneuses à combustion existent vraiment, mais si c'est le cas, c'est exactement le genre d'engin avec lequel j'ai labouré ma vie. »

            On est en juin et Hester Day s'apprête à recevoir son diplôme de fin d'études devant un « nombre incalculable d'adolescents acnéiques aux yeux écarquillés, sur-sexualisés, sous-éduqués, aussi ignorants que le jour de leur naissance, mais moins curieux et plus sûrs que jamais de l'acuité de leurs capacités intellectuelles. »

            Sa préoccupation principale du moment est d'éviter d'aller au bal de fin d'année et de faire comprendre à sa mère qu'elle ne veut pas faire d'études. Mais pour sa mère c'est un véritable choc des cultures. Le bal fait partie intégrante de la vie d'une jeune américaine. « Crois-moi quand je te dis que le succès d'une vie repose sur ce bal. » Hester doit donc si rendre et de surcroît accompagnée. Et les études sont obligatoires.

            Sa mère répond exactement aux réflexes de sa condition sociale sauf peut-être quand elle balance à sa fille : « Comment peux-tu me traiter comme ça ? Est-ce que tu te rends compte que j'ai sacrifié neuf mois de ma vie pour toi ? Neuf mois ! Combien de sang, de sueur et de larmes tu m'as coûté ? » Et son père qui reste toujours droit comme un pic derrière son épouse en s'impatientant de rejoindre ses clubs de golf. Et sa sœur qui en profitera toujours pour en rajouter, car « Je te hais Hester. C'est pas juste un truc à la con entre sœurs, c'est vrai. Je te hais vraiment. »

            En fait depuis l'âge de quatorze ans vit complètement en marge de la société (« une existence de champignon dans ma chambre ») et ne se sent réellement bien qu'en arpentant les couloirs de la bibliothèque pour se gaver du catalogue entier. C'est là qu'elle a rencontré Philosophie Man alias Fenton Flaherty. Hester Day est le genre de fille qui arrive à se mettre dans des situations critiques sans se soucier des conséquences avant qu'elles ne lui retombent sur la tête.

            Comment et pourquoi Hester Day finit-elle par épouser Fenton et s'embarquer dans son camping-car pour une ballade non conventionnelle ? C'est à la fois simple et compliquée. Parce que, lorsqu'elle le regarde elle est quasiment certaine « qu'il serait plus prudent d'épouser une bombe à plutonium. Et plus satisfaisant, romantiquement parlant, d'épouser un tournevis. »

            Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'en dire plus, si ce n'est qu'un troisième personnage va augmenter le duo en trio. Un garçon rondouillard qui a la tête dans les étoiles, Jethro, dix ans.

            Je me demande presque si j'en ai pas trop écrit car ce roman se déguste à la formule, j'en ai  déjà servi une bonne ventrée ci-dessus. Ceci dit, il ne faut pas craindre l'indigestion, son style est aéré. Derrière une histoire simple le sujet est plus complexe, la vie de couple, l'amour, la prise d'indépendance. Rocambolesque à souhait, j'ai franchement rit sur certains passages. Je n'ai pas résisté à l'envie de voir qui est Mercedes Helnwein, dont les éditeurs (en 4ème de couverture) comparent la beauté à celle de la pin-up dans un film de David Lynch ; je comprends ce qu'ils ont voulu dire.

            Pour conclure je cite un dernier dialogue pour insister sur un point important, ce roman est plutôt positif.

« - C'est le destin ?

- D'un point de vue purement esthétique, je trouve qu'il se passe trop de trucs inhabituels pour invoquer le destin. Histoire que tu comprennes : ma vie est devenue un chef-d’œuvre. J'ai juste envie de m'asseoir un peu en retrait avec des pop-corn et de l'observer à distance. Le destin est trop maladroit pour ça.

- T'as raison. Ça doit être la chance, alors.

- Pourquoi tu cherches tellement à ce qu'il y ait un responsable ?

- Je ne sais pas.

- Si j'étais toi, je n'attribuerais ce crédit à personne. Je le revendiquerais. Je dirais :  "Tout est de ma faute !" »

Signé Alexandre

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* Pour le patronyme d'Hester et pour l'harmonie de la première journée à bord du camping car. Velvet Underground, ICI.

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