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SERENDIPITY

Two for the road* : sur Le voyage de Robey Childs de Robert Olmstead - une lecture critique d'Alexandre

5 Avril 2014, 09:00am

Publié par Seren Dipity

Le dimanche 10 mai de l'année 1863 Hettie Childs appelle son fils Robey et lui demande de redescendre des anciens champs. Le jeune garçon n'a que 14 ans et ce soir-là, un brin d'herbe  coincé entre les lèvres en longeant la clôture de la haute prairie où broutent les bêtes, il a la démarche de ses 14 ans bien que l'on sente en lui poindre la force de l'adulte à marche-forcée.

Hettie Childs est douée d'un certain don de voyance, c'est un fait qu'il faut accepter, et l'un de ses rêves lui a laissé de bien sombres sentiments. « Thomas Jackson est mort. » Ce qu'elle possède de plus c'est un caractère dont l'on ne discute pas les décisions. En quelques instructions dictées avec calme et détermination, elle boucle le sort de son fils. « Tu vas partir à la recherche de ton père et tu vas le ramener chez lui. » « Tu iras vers le sud ensuite tu rejoindras la vallée à l'est, et là, tu prendras vers le nord. »

C'est ainsi que le jeune Robey Childs s'embarque la nuit même dans un voyage à l'issue incertaine : le 10 mai 1863 cela fait un peu plus d'une année que les confédérés ont attaqué le Fort Summer et à coups de canons ont déclenché la guerre civile dite de sécession, une véritable boucherie, un conflit qui a le mérite d'avoir fait passer l'art de se massacrer de l'ère napoléoniennes à celle moderne digne des techniques de 14/18. Pour le progrès du génie militaire dans la discipline de l'extermination de l'ennemi, le rôle de la balle Minié à son importance. Une balle striée à sa base et dont la rotation permet une trajectoire plus précise et plus stable. La légende répandue par certains soldats attribue à cette balle la capacité de parcourir plus de 1000 mètres pour abattre son homme. Or les légendes traduisent souvent les peurs...**

 

Robey porte un uniforme confectionné par sa mère avec des galons de caporal et des boutons en os de poulet sciés et blanchis. L'astuce de Hettie : avoir doublé la veste d'un tissu brun-gris pour permettre à son fils de passer d'une armée à une autre en fonction des besoins. « Sois sur tes gardes avec ceux dont tu acceptes l'aide comme avec ceux à qui tu ne demandes rien. » « Procure-toi des revolvers le plus rapidement possible. » « Et n'oublie pas le danger ne s'attarde pas auprès de ceux qui ne craignent pas de l'affronter. »

Le voyage de Robey Childs est une quête initiatique. Comme il se doit pour un voyage il y a des rencontres, de celles que l’on n’aurait pas dû faire comme de celles qui profitent.

Le matin qui suit son départ Robey arrive exténué et affamé chez Morphew, un voisin. Sa jument quant-à-elle, refuse d'avancer. Visiblement ni l'un, ni l'autre, du cavalier ou de la monture, ne sont préparés pour la longue route qui les attend. Morphew un commerçant qui désigne les objets du bout de tuyau de sa pipe comprend immédiatement que la situation est désespérée dans l'état actuel des choses. Il sait aussi que l'on ne pourrait pas faire faire demi-tour au garçon, connaissant le caractère d'Hettie et ses dons. Morphew offre à Robey des colts army calibre .44 et surtout un cheval dont le propriétaire est mort sans que l'on sache vraiment qui il était. Le cheval est un demi-sang noir, probablement un Hanovrien et c'est en lui que Robey va trouver son principal allié pour atteindre son objectif.

Robey Childs possède maintenant un cap, des revolvers et une monture vraiment pas ordinaire. Son voyage vers le sud le mène vers la guerre, il le sait, il en porte déjà l'habit. Avant cela il y a des instants de liberté, de la nature, de la fatigue, des rencontres et des dangers.

Comment Robey Childs, grâce au don de sa mère, va-t-il retrouver son pères dans un pays en ruine lorsque chaque étranger rencontré peut s'avérer être dangereux ? Que découvre-t-il en chemin sur la nature humaine ? Et qui arrive au terme, le jeune Robey ou un autre homme ?

« Robey se souleva sur la pointe des pieds pour amortir les tremblements qui parcouraient le sol ; une peur panique s'empara de lui et il eut l’impression que du sirop caramélisé coulait dans ses veines aux extrémités de ses membres. Son estomac s'affaissa, refluant brutalement vers son bas-ventre, où il se mit à palpiter. Cette nuit était une nuit de guerre. La guerre était dans la pluie qui tombait. La guerre était dans le mince croissant de lune. La guerre était dans la terre sur laquelle il posait les pieds, et dans le ciel sous lequel ils se tenaient. Il dut se faire violence pour repousser l'envie de se pisser dessus, et quand l'envie lui fut passée, il s'arma du revolver pris sur un homme mort, puis il en prit un deuxième qu'il fourra dans sa ceinture. Il se dit, comme si c'était à lui qu'il appartenait d'en décider, qu'il ne laisserait plus personne lui tirer dessus -qui que ce fût, et de quelque camp qu'il fût sur cette petite terre-, pas s'il pouvait abattre ce salaud d'abord. La guerre ne parviendrait pas à le tuer. »

 

Signé Alexandre

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* Metheny & Haden, ICI. Tiré du merveilleux album Beyond the Missoui Sky (short stories)

** Bon, désolé, mais l'occasion (la Guerre Civile, la balle) est trop belle... Ca m'a immédiatement fait penser à une blague de Tom Waits qu'on trouve sur son album live (l'officiel) et que vous pouvez écouter ! [Stéphane]

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