Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SERENDIPITY

Lost child* : sur Dans la remise d'Inès Benaroya - une lecture critique de Cornélia

6 Avril 2014, 10:56am

Publié par Seren Dipity

Anna est une femme moderne, qui sait ce qu’elle veut : une carrière étincelante, une vie excitante et hyperactive, et surtout ce qu’elle ne veut pas : des enfants, un lien étroit avec sa famille, montrer des faiblesses devant ses collègues avocats ou même son mari. Mais le décès de sa mère avec laquelle elle avait rompu les ponts depuis de longues années, fait craqueler le vernis de cette vie parfaite sans attaches, ni au passé, ni au futur. Petit à petit les certitudes se fissurent, des souvenirs et des blessures remontent et les masques bien rodés deviennent trop lourds à porter.

Et puis il y a cet enfant, ce garçon qui s’insinue dans sa vie ; elle l’observe la nuit qui s’introduit pour dormir dans la remise au fond du jardin, elle s’attache à lui et sa présence secrète remet en question ses convictions. Mais ne devrait-elle pas parler de cet intrus à son mari ? Pourquoi hésite-t-elle à partager cette découverte avec lui, pourtant si attaché à elle ?

Ce premier roman d’Inès Benaroya raconte quelques semaines dans la vie d’une femme ébranlée au plus profond d’elle-même par un deuil qu’elle nie et qui lui fait perdre pied dans la réalité. Toute la première partie est écrite du point de vue d’Anna, ce qui emmène le lecteur de façon subtile dans les méandres de son esprit à la dérive et créé un réel suspense. Tout en délicatesse et en sobriété, l’auteur nous fait vivre les émotions d’Anna à fleur de peau.

Une lecture touchante, intense et intimiste.

« Elle se penche par la mince ouverture entre les volets. L'intérieur est plongé dans un demi-jour qui contraste avec la lumière du dehors. Il fait frais là-dedans, ce n'est pas désagréable si ce n'est l'odeur de moisi qui picote le nez. De l'obscurité se détache un bric-à-brac confus, les ombres grises des vélos posés contre le mur, un lampadaire oblique, des cartons pêle-mêle. Sur le vieux canapé au fond de la pièce, une couverture a été dépliée et recouvre une masse dont les plis suggèrent la forme d'un corps. D'ailleurs, un bras pend à l'extérieur, main dans le vide. Une petite main crasseuse. L'autre bras est replié en oreiller, sur lequel repose une touffe noire de cheveux. Au sol, un sac à dos décoré d'un Mickey.

Un enfant dort sur le canapé, allongé de tout son long, dans un relâchement total. »

 

Signé Cornélia

______________

Ryuichi Sakamoto, ICI.

Le roman fait partie de la sélection Prix de la Closerie des lilas, voir , aux côtés d'excellents romans.

Commenter cet article